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10.10.2008

L'inextinguible flamme

d323df146d07a5714cd7a0eaa416f36a.jpgIl faut l'entendre pour le croire. Au tout début du printemps 1967, Otis Redding (9 septembre 1941, Dawson, Géorgie) tourne dans les grandes villes européennes au sein de la revue Stax, l'étiquette de Memphis pour laquelle il enregistre et dont, à lui tout seul, il a quasi défini l'approche artistique et le son. Originellement, le disque a paru en 1967, peu avant la mort du chanteur, dans un crash aérien, le 10 décembre à Madison, dans le Wisconsin. Sous le nom de "Live in Europe", il contenait sept titres enregistrés au Finsbury Park Astoria le 17 mars. A prix léger, la présente livraison ajoute dix chansons, captées, elles, à l'Olympia de Paris lors des deux shows qui eurent lieu le 21 mars, le premier à 19 heures, le second à 22 heures. Dans tous les cas, Otis Redding est accompagné par Booker T.&the MG's, quartet fameux tenu par l'organiste Booker T. Jones et où s'illustre le guitariste réalisateur Steve Cropper. Les cuivres, soit une trompette et deux saxes ténor, sont assurés par les Mar-Keys.

Décrire l'ambiance lors de ces spectacles par des qualificatifs du genre "volcanique" ou "explosive" n'a pas de sens, tant l'électricité à haute tension qui règne là est perceptible jusque dans ces enregistrements, quarante ans plus tard. Le travail de la maison de disques y est d'ailleurs pour quelque chose : le mixage a été refait à partir des bandes originales, dont le meilleur a été tiré sans trahison aucune, ce qui distingue, de loin, cette édition de toutes les précédentes.

Lors de son passage en Grande-Bretagne, Redding a fait sensation avec ses reprises des Beatles ("Day Tripper") et des Rolling Stones ("(I Can 't Get No) Satisfaction"), renvoyant ainsi la balle de l' "Invasion britannique" aux Etats-Unis dans le camp d'origine. Mais, au passage, le chanteur en a fait des standards soul qui complètent les siens, "Respect", "Fa-Fa-Fa-Fa-Fa (Sad Song)" ou "Shake" de Sam Cooke. Géant physiquement, il l'est aussi comme interprète, avec un chant à l'arraché en permanence, sans donner une seule fois l'impression que ça va lâcher. Pas besoin d'image pour voir son cou tendu, la transpiration dégouliner sur son visage et son grand corps dodeliner en groove. La seconde partie, à Paris, comporte trois titres de plus, tous signés par Otis Redding, dont l'excellent "I've Been Loving You Too Long". Les deux concerts se terminent par le splendide "Try a Little Tenderness" qui fait dire à un chroniqueur : "Si vous ne connaissez pas l'amour, écoutez ça !"

Otis Redding, "Live in London and Paris"   Volt/Stax 8807230892, Univsersal. Midprice. 

Dominique Simonet