10.09.2008
De Gorillaz à Monkey
Pour Damon Albarn, tous les prétextes semblent bons afin de contourner Blur, le groupe pop anglais dont il fut figure de proue. Il y a pourtant une certaine continuité dans sa démarche, car les références orientales abondent dans son projet électro Gorillaz, notamment grâce aux visuels de Jamie Hewlett. Enfin, de là à se lancer dans ce que le musicien appelle lui-même un "opéra pop", basé sur une histoire chinoise de l'époque Ming, composé essentiellement à partir d'une gamme pentatonique (à cinq sons), il y a une marge colossale que ce culotté de Damon n'a pas hésité à franchir.
Au départ de cette légende ancienne, a d'abord été conçu un opéra écrit par Chen Shi-Zheng et composé par Albarn, avec la collaboration de Jamie Hawlett pour les visuels. Créée au festival de Manchester l'an dernier, cette oeuvre a ensuite été donnée au Royal Opera House à Londres et au Châtelet à Paris, récoltant des avis teintés de perplexité, mais généralement positifs.
La version disque produit le même effet. Voix (et texte en mandarin), grand orchestre et choeur chinois conservent leur importance. Mais, sous l'impulsion d'Albarn, l'orchestration a quelque peu évolué vers une tendance electro plus poussée, mettant en oeuvre des instruments de synthèse anciens, analogiques, ondes Martenot, etc. L'ensemble évite le piège d'une nouvelle manière de "world music", et les images manquent cruellement pour se faire une idée du propos tournant autour de cet antipathique roi Singe.
Requérant une écoute attentive ou, à tout le moins, sans préjugé, l'oeuvre sous forme phonographique devient de plus en plus passionnante au fil des écoutes, malgré quelques longueurs dispensables sur ces 22 titres et l'absence de chanson ou de thème aux contours nets. On retrouve même, de-ci de-là, la griffe d'Albarn le compositeur pop, qu'on ne peut s'empêcher de regretter un peu. Il est aussi souhaitable qu'une version vidéo fasse un jour son apparition, qui ne soit pas la simple captation du spectacle: d'une paire comme Albarn-Lowett, on peut au moins attendre ça, non? Enfin, de la "brit pop" à une oeuvre d'une telle ampleur, le Monsieur Damon ne lasse pas d'étonner. Chapeau.
"Monkey: Journey to the West" version disque
D.S.
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