15.10.2008
Calexico fait danser la poussière
RENCONTRE
Qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse. Voilà qui sied bien à Calexico. Le prolifique combo originaire de Tucson, Arizona, joue et enregistre sans arrêt. Comme nous l'a confié Joey Burns, le chanteur et guitariste, lundi un peu avant leur concert bruxellois : "Dès que le matériel est prêt, on enregistre et on met ça sur disque. On élague juste ce qu'il faut, tout de même." Cela donne tantôt un album d'une quinzaine de titres en moyenne et, entre les coups, des mini-albums (EP) de six à huit titres. Sans parler des disques en public. La scène, l'endroit où la troupe de Calexico donne le meilleur d'elle-même depuis douze ans. Elle l'a encore prouvé ce lundi à l'Ancienne Belgique. Avec son comparse batteur John Convertino, Joey Burns est venu défendre le petit dernier, "Carried To Dust", quinze titres "réglementaires" au compteur, deux ans après le maigre "Garden Ruin" - onze pièces seulement.
Au menu du nouvel opus, on retrouve la quintessence du son protéiforme de Calexico. Une musique où s'entremêlent élégamment pop, rock, country, folk d'inspiration western, mariachi, le jazz aussi, mais pas de tex-mex. Leur son a sans doute tendance à s'arrondir un peu depuis l'album "Feast Of Wire", plus pop dans son ensemble. A moins que l'on ne s'y soit trop accoutumé... "En fait, ça n'a jamais été si western qu'on le dit. Le fait est que les gens s'en tiennent vite à quelques chansons et que pas mal sonnent comme tel. Mais on ne fait jamais mention de morceaux comme "Sideshow", "Old Man Waltz", "Mazurka", qui ont plutôt un aspect oriental. C'est sans doute parce qu'on ne les joue pas tant que ça sur scène. Mais il est vrai que les trompettes jouées dans le style mexicain, ça marque les esprits, mais il y a tellement d'autres choses, tellement plus de nuances dans notre musique. Mais ce n'est pas grave", concède Joey Burns.
Nuance et diversité
Calexico se tient à la diversité. C'est dans celle-ci que le combo puise ses couleurs pour composer ses fresques sonores. Une diversité que l'on trouve encore dans les paroles, où se lient plusieurs langues, l'anglais, l'espagnol, le français. "C'est pour cela que j'aime tant être en Europe, poursuit Joey. La musique que j'aime vient du vieux jazz, de la musique expérimentale, l'électronique, le folk, le new folk ou le freak folk, comme on dit aujourd'hui, la musique classique, la world... C'est le raffinement de l'esthétique, la qualité de ces musiques, de ces sons qui résonnent en vous. On ne prend pas tout, il y a juste quelques éléments dans ces styles qui se connectent à vous à certains moments. Un exemple, il y a dix ans, j'étais en studio et j'ai entendu une session de mariachis. Ça été la révélation pour moi. Il y avait ces mouvements rapides et lents aussi comme dans la musique classique, tout était là au sein d'un morceau."
Ce sens de la nuance, des variations de tempos et de styles, Calexico le cultive au point d'en faire une marque de fabrique. "Il y a beaucoup de mouvements dans notre musique, même dans les titres plus lents."
Du mouvement au changement, il y a peu. Quelques grains de poussière, ou de sable. "Il y a un changement en cours. La perspective des gens aux Etats-Unis change. Il y a d'abord une révolution du café, puis une révolution du vin, une révolution de la nouvelle cuisine. Ces changements viennent des côtes, et notamment de la Côte Est, où sont arrivés les immigrés européens, mais aussi de l'Ouest, et tentent de se rejoindre au milieu. Mais c'est très difficile. Aux Etats-Unis, tout est toujours aux mains des entreprises. Mais il y a une ouverture, soutient Joey Burns. Le plus intéressant, c'est que les Etats-Unis sont de plus en plus représentés par des personnes issues d es minorités. Et ce sera très intéressant de voir les résultats des votes dans des Etats comme le Nevada, le Nouveau-Mexique, le Colorado, l'Arizona. Les plus jeunes vont-ils voter pour un gars de 72 ans (NdlR : sénateur de l'Arizona) ? C'est une très bonne chose parce que cela fait resurgir un nombre de problématiques dont les Etats-Unis doivent s'occuper : économie, représentation... Cela permet de retrouver le sens de la modération, c'est tout de même mieux que le facteur peur que l'administration Bush a agité éhontément."
Vincent Braun
14:08 Publié dans Sorties - Albums | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : calexico







































































































