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Kendrick Lamar sur le toit du monde

10_15_11_273047558_afp_nm1or.jpgLe rappeur californien publiait il y a quelques jours DAMN, son 4e album. Un retour à une forme plus frontale mais toujours sur un fond engagé.

Le hip hop est le genre-roi des temps musicaux présents. Celui où des pages s'écrivent encore chaque jour, sans ressasser et d'un pas décidé. Celui dont l'hémisphère underground grouille au moins autant qu'une face mainstream dont les protagonistes trustent les hit parades de ventes du monde entier, depuis une dizaine d'années. Avec ce qui s'apparente à son quatrième album studio, Kendrick Lamar est plus que jamais assis sur le toit du rap, ce qui par syllogisme le place sur le toit du monde (culturel). Un homme qui devient donc des plus importants, comme vous le confirmeront vos adolescents. Mais, pas d'inquiétude cette fois, l'Américain déverse son tempérament bouillant dans un rap conscient.

S'il n'a pas encore trente ans, Kendrick a déjà connu plusieurs phases musicales. Des débuts qui sentaient le bitume (sa dernière mixtape "Overly Dedicated" et son premier LP "Section.80"), au début de succès populaire du déjà plus léché "Good Kid, M.A.A.D City". De la consécration d'un "To Pimp a Butterfly" ultra engagé tissé de G-funk et de jazz improvisé, au cinglant EP "untitled unmastered" rebelle et non titré. Dernier espoir, et non des moindres, des ultimes soldats d'un rap conscientisé, Lamar poursuit dans cette lignée avec "DAMN", frontal, pointu, moins porté sur le politique mais toujours des plus énervés. On y retrouve ces narrations à l'amertume grâcieuse, cette verve habitée, cette poésie de la misère sociale et du déterminisme, cette manière caractéristique de dénoncer la violence avec véhémence et, discrètement, encore l'un ou l'autre clin d'oeil au beurre noir adressé à l'oncle Donald (Trump).

08_01_31_476048221_a6dba79261094a6982e75ec0874f3d6a.jpgDémarrage en trombe

Sorti le 14 avril, l'album a cumulé en une semaine 603.000 exemplaires vendus ou l'équivalent en streaming et téléchargements. Il supplante ainsi "More Life" de Drake, jusqu'alors en tête des lancements aux Etats-Unis, mais reste en deça du démarrage de "Views", précédent album du rappeur canadien. Musicalement, Lamar revient à une forme hip hop plus actuelle, aux bons soins d'une brochette de producteurs aussi talentueux qu'issus d'univers contrastés (cf. encadré ci-dessus).

"DAMN" mêle des sonorités R'n'B/soul vintage (l'ambiance de l'excellent tandem avec Rihanna "LOYALTY", les cordes de l'intro "BLOOD") à une forme rap cette fois strictement contemporaine (l'envergure de "HUMBLE", l'uppercut "DNA", ci-dessous). C'est la force du kid de Compton : sur cette planète hip hop qui tourne plus vite que la musique, mute en temps réel, et enfante de nouvelles esthétiques tous les six mois, le emcee aux deux prénoms a réussi le pari fou de réconcilier les publics des deux testaments. Les nostalgiques, avides d'un rap nourri aux sonorités héritées de cinq décennies de musiques noires aux Etats-Unis, de textes engagés ou du moins porteurs de sens. Et les aficionados du rap nouveau, frontal, bondissant, éclectique ou festif, pour qui la manière dont les coups sont assénés importe plus que les raisons derrière la violence, pour qui la forme écrase le sens sous le poids de l'impact et d'un vocabulaire sans fard... Tous sous le charme de Kendrick Lamar.

Nicolas Capart

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Cachetonneur magnifique

Se payer le luxe d'avoir Kendrick Lamar en featuring sur un morceau coûte aujourd'hui au minimum la coquette somme de 200.000$. C'était en tout cas l’estimation de son cachet en tant qu'invité en l'année 2016. Un prix qui se justifie tant la musicalité et la technique du Californien font mouche dès les premiers éclats de voix. Les exemples sont légion, mais K-Dot a ainsi sublimé le "No More Parties in L.A." de Kanye, "Freedom" de Beyoncé, "Really Doe" avec Danny Brown, "Nosetalgia" avec Pusha T, "That Part" avec Schoolboy Q, "Goosebumps" en tandem avec Travis $cott ou plus anciennement les "Fuckin' Problems" de Drake. Mais, au-delà du talent, c'est surtout son nom – gage d'une sorte d'authenticité – et sa popularité qui ont fait monter les enchères. Et l'appât du gain, pour celui qui hier n'avait rien, provoque des dérapages certains. Cf. ses collaborations avec Dido, Imagine Dragons, Maroon5 ou Taylor Swift. (N.Cap)

Casting de luxe

S'il est invité de marque très prisé, Kendrick Duckworth – de son vrai nom – envoie lui aussi à l'envi des invitations. Et la guestlist de "DAMN", même improbable, ne fait pas exception. D'abord un solide casting côté production. Parmi les contributeurs, on croise le magicien James Blake, le vétérans The Alchemist et 9th Wonder, les enfants prodiges de Badbadnotgood, l'habituel Terrace Martin et l'un des boss du moment Mike Will Made It. Kaytranada aussi pour quelques voix de fond, le jazzman Kamasi Washington pour des arrangements de cordes, son collègue Thundercat sur une piste de basse. Citons encore Greg Kurstin (compositeur du "Chandelier" de Sia et du "Hello" d’Adele) et la légende hip hop Kid Capri qui scratche et rappe sur trois titres. Enfin, la présence même furtive des papys de U2 sur "XXX" laisse perplexe, mais est largement compensée par celle de Rihanna, à nouveau royale sur un "LOYALTY" hautement sexy. (N.Cap)

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