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Quand Timber Timbre atterrit

Caro-Desilets_4849@300.jpgTaylor Kirk publiait son 6e album, "Sincerely, Future Pollution", vendredi. Et vient le défendre en équipe au Botanique ce samedi.

Depuis les néons roses et la moiteur de "Hot Dreams", trois années à peine ont passé. Mais, dès les retrouvailles, nous réalisons à quel point le timbre du chantre ténébreux nous avait manqué. Nous l'écrivions déjà il y a quelques années, et la formule demeure appropriée : Taylor Kirk est un sorcier. Qui croone comme Elvis, groove comme Roy Orbison et empeste le whisky/clopes dans les graves comme Nick Cave. Comme les cinq précédents, "Sincerely, Future Pollution" conjugue folk, rock et soul dans une vieille marmite qui empeste le blues, mais apparaît plus direct, plus sophistiqué, plus composé aussi, ce qui en fait un chapitre à part dans la discographie du Canadien. Et, si les singles "Sewer Blues" et "Velvet Gloves & Spit" valaient de s'y attarder, "Western Questions" est à juste se damner... (Crédits : Caro Desilets)

Vous avez grandi dans la nature, entouré d'animaux. Comment cette enfance a-t-elle façonné la personne que vous êtes devenue ? Ma grand-mère m'a toujours dit que quelqu'un qui aime les animaux a forcément un bon fond… Qu'en pensez-vous ?

"C'est probablement vrai. J'ai grandi entouré de chiens, de chats, de chevaux… Il y avait aussi des loups, des coyotes, des lapins… On habitait au milieu des bois, à une heure de voiture au nord-est de Toronto. Mais, aujourd'hui, le fait est que je hais les oiseaux. Et les chats aussi, profondément. Si je pouvais éradiquer une espèce de la surface de la terre, j'aurais du mal à choisir entre les deux... Ce serait probablement les chats. Je déteste leur personnalité, leur odeur. Ils sont bizarres, et exercent un pouvoir sur leur maître, comme s'ils les possédaient. Je n'aime pas les chats."

Pour faire du bon blues, faut-il avoir goûté une vraie tristesse ? C'est votre cas ?

"J'ai réalisé dernièrement que lorsqu'un blanc essaie de chanter de manière émouvante ('soulful', difficilement traduisible, ndlR.), cela sonne généralement comme s'il éprouvait une grande douleur, comme s'il avait mal… Quand un noir chante le blues, c'est forcément différent. A la fois triste et joyeux… Je m'en suis même aperçu en réécoutant mes anciens disques, chose que je ne fais pas souvent. J'ai trouvé certains morceaux tellement… chargés ! Et je me suis dit : 'Est-ce bien nécessaire?' Avec cet album, j'ai essayé d'en faire moins, d'être un peu plus cool. Et de laisser la chanson faire le job, sans m'abîmer le cœur."

Vous avez souffert de dépression étant jeune. Quelle en était la cause ? Est-elle revenue vous combattre par la suite ?

"J'ai été diagnostiqué comme souffrant d'un trouble bipolaire il y a quelques années déjà. Ce qui peut, je crois, avoir une influence sur le pathos par endroit. Mais je me soigne, j''essaie de ne pas oublier de prendre mes médicaments, de ne pas boire trop d'alcool également… (dit-il en reprenant une rasade de bière spéciale, à 11h du matin, ndlR.) Histoire d''éviter les yeux fous injectés de sang et les crises en public... Il existe des formes très violentes de cette maladie, je n'ai pas la pire. Je suis sur terre avec vous la plupart du temps."

Vous restez la seule plume, mais Mathieu Charbonneau et Simon Trottier ont été impliqués durant tout le processus créatif cette fois. Olivier Fairfield est à la batterie. Si ce fut jadis votre bébé, le projet n'est plus solo et Timber Timbre plus que jamais un groupe désormais.

"Et j'en suis ravi ! C'est un soulagement de savoir que je peux m'appuyer sur eux. Il sont témoins des débuts de morceaux, des fragments d'idées, et peuvent de suite intervenir pour me dissuader ou déterminer s'il faut creuser. Puis, ce sont de vrais musiciens. Moi, je fais ce que je fais, mais je ne maîtrise pas d'instrument comme ils le font. Après, j'aime bosser en solitaire. Souvent, cette manière rudimentaire et simple d'écrire sert la musique. Et c'est gratifiant. Mais, lorsque je vois le résultat, quand j'écoute ce nouvel album, il n'y a aucune comparaison."

Un mot sur son titre, "Sincerely, Future Pollution".

"C'est assez abstrait, je n'ai pas développé l'idée ailleurs que dans ma tête jusqu'à présent. C'est donc la signature d'une lettre. Une sorte de note, envoyée vers nous par une génération qui vivrait dans le futur, voire une autre dimension temporelle. Cela pourrait être une lettre d'amour, un avertissement, un présage ou un conseil pour nous aider à gérer au mieux ce qu'il se passe dans ce monde. Ce monde de l'éphémère, où tout est jetable et où rien ne dure..."

Pour la première fois en six albums, on sent l'envie de s'aventurer sur un terrain politique, ou du moins de dire certaines choses.

"Je ne suis pas un activiste. Je n'estime pas que ce soit mon devoir. Jusqu'à présent, je me satisfaisais pleinement d'être une personne suffisamment privilégiée pour se permettre d'être apolitique dans son art. D'être égocentrique et d'écrire mes petites chansons, sans la moindre culpabilité. Mais avec l'année que le monde a vécu, cela m'a semblé irresponsable, puis impossible. Quand Trump a été élu, c'était trop tard. L'album était enregistré, déjà mixé. Et tous les commentaires sociaux-politiques que j'ai pu y mettre se retrouvaient re-contextualisés. Je n'ai rien pu modifier mais le ton avait changé. L'ironie n'était plus."

Entretien : Nicolas Capart

> 1CD (City Slang/Konkurrent). En concert ce 8/04 au Bota (complet) et le 10/7 à l'Openluchttheater.

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Commentaires

  • Tu écris toujours aussi bien, Nicolas :)

  • Bravo pour la cause pollution

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