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Juniore, brune platine

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La Française Anna Jean alias Juniore publie son premier album en équipe. Qu’elle dévoile ce mercredi sur la scène du Botanique.

Il est des apartés dont on ressort charmé. Ce jour-là, sous le soleil et sur le toit d’un hôtel saint-gillois, la ténébreuse Anna Jean a envoûté chaque interlocuteur - fille ou garçon - venu l’interroger. Quasiment à l’insu de son plein gré, sans jamais minauder. De cette voix mutine qui, dès les guitares branchées, s’électrise, nous défie et se fait bien plus assurée (crédit photo : Sandra Matamoros).

A 35 ans, la Française - qui grandit entre Nice et le Nouveau-Mexique - conduit depuis peu en équipe (Swanny Elzingre à la batterie et Agnès Imbault aux claviers) le projet qu’elle initiait seule il y a quelques années. Enfin, pas tout à fait. Car, depuis la naissance de Juniore, dont elle a écrit, composé, gratté et chanté les treize pistes du premier LP, l’ombre de Samy Osta (également dans les coulisses de Rover, La Femme ou Feu ! Chatterton) ne l’a pas quittée. Il est son partenaire à la scène comme à la ville depuis les bancs du lycée.

Anna Jean est yéyé comme Jacqueline (Taieb), intense comme Françoise (Hardy), rock comme les Shadows, femme fatale comme Marie (Liminana) et voudrait être aussi insouciante que France (Gall). Une vraie muse sixties, nostalgique de ces années dorées, de toutes les possibilités, entre mélancolie, légèreté, candeur et naïveté. Mais qui n’aurait pas pour autant préféré y vivre plutôt que d’être là maintenant. "Il y a quelque chose de cette époque que j’aime profondément, je m’y reconnais, c’est l’époque de mon cœur… Et je pense que la vie était moins compliquée. Mais la pilule n’existait pas, il n’y avait pas d’anesthésie pour les dents de sagesse (sourire). Pour l’évolution des mœurs, de la science et de la société en général, on est quand même mieux loti."

F1010029.JPGLes prémices, l’amour et l’universalité

"J’ai commencé assez tard la musique finalement. Vers 25 ans. D’abord au moyen d’un projet en anglais, Domingo, avec Sammy Osta déjà. Puis, mes études de traductrice terminées (métier qu’elle exerce toujours à l’occasion, pour sous-titrer des séries notamment, NdlR) , je suis revenue vers lui avec ce projet, cette fois en français. On a fait un premier tri, enregistré les chansons que l’on gardait, sorti un premier 45T ("Christine", 2013), puis un second " ("La fin du monde", 2014). Derrière se profile vite un premier EP ("Marabout"), assorti d’une jolie ballade "A La Plage", dont on ressort "littoralement" du sable plein les poches du perfecto. Enfin, cet album sorti fin février, baptisé "Ouh là là" par amour des onomatopées.

Un disque qui parle de femmes, d’hésitations, d’attente et de difficultés à prendre des décisions, à l’ombre de guitares ultra-réverbérées et d’harmonies vocales qu’on croirait importées du passé. "Il n’y avait pas un seul morceau qui parlait d’amour dans le répertoire de Domingo. C’était volontaire, je refusais, je me l’interdisais. Mais quand j’ai commencé Juniore, j’ai eu l’élan inverse… J’ai réalisé, peut-être tard, l’universalité du sujet. J’ai des amitiés étranges en âge. Des gens que j’adore qui ont vingt ans de plus ou quinze ans de moins que moi. J’ai mesuré à quel point leurs histoires, leurs problèmes étaient les mêmes. C’est bizarre mais finalement rassurant."

F1040011.JPGCamouflage

Enfin, si elle s’est bien débrouillée jusqu’à présent pour ne pas trop l’ébruiter, la demoiselle a un secret. Elle est la fille cadette du prix Nobel de littérature J. M. G. Le Clézio. Albin de la Simone parlait "du poids ridicule de ce fantôme à particules". Visiblement trop encombrant pour elle également, elle a préféré utiliser Jean, le nom de jeune fille de sa mère. "D’abord, car je ne voulais pas qu’on assimile les gens avec qui je travaillais à mon père. Ensuite parce que je ne voulais pas attirer l’attention pour rien, susciter l’intérêt pour un truc qui n’était pas valable."

Pas forcément évident de se placer par rapport au populaire, au dérisoire ou à la culture de masse dans une famille où le qualitatif est sans doute, plus qu’un idéal, une fin en soi. "Mes parents étaient assez vieux. Les leurs aussi. Du coup, il y a toujours eu un décalage générationnel au sein de ma famille. Culturellement, ils appartiennent à une autre époque. Leurs goûts étaient forcément désuets et ils avaient une aversion pour la culture populaire. Du coup, on a grandi sans télé, j’étais à la traîne niveau mode, larguée dans la cour de récré. Mais j’en suis revenue, je me suis bien rattrapée. Et aujourd’hui, j’ai une sorte de tendresse pour la culture populaire. J’adore les Chtis à Miami et tout ça, je trouve ça hyper drôle…" (rires)

Rencontre : Nicolas Capart

> 1CD (Le Phonographe/Sony). En concert au Botanique ce mercredi 29 mars.

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