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IAM, Jurassic Rap

58d93c42cd7077bc222820e3.jpgLa mythique clique de Marseille reprend du service et retrouve la scène. Akhenaton et les siens publiaient il y a peu leur 8e album, "Rêvolution". Le disque désuet d’une légende qui garde les poings serrés. (photo : Didier Deroin)

Bio Express:

1989: Akhenaton, Shurik’n, Kheops, Imhotep, Kephren et Freeman (seul ex-membre) montent le groupe IAM à Marseille.

1991: Sortie du premier album : "…de la planète Mars".

1994: Gros succès dans les soirées et sur la bande FM avec le tube "Je danse le mia" .

1995: IAM est sacré "Groupe de l’année" aux Victoires de la musique. Les Marseillais participent en outre à la B.O. du film "La Haine" de Mathieu Kassovitz cette année-là.

1997: Consécration populaire avec "L’Ecole du Micro d’Argent". Aujourd’hui écoulé à plus de 1 600 000 exemplaires, il est l’album de rap français le plus vendu de l’histoire.

2017: Iam publie son 8e album, "Rêvolution" et annonce une tournée pour les 20 ans de "L’Ecole du Micro d’Argent".

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En 2017, acheter le nouvel album d’IAM pour un fan de rap, c’est un peu comme s’offrir un magnétoscope pour un mordu de 7e art. Cela tient de l’amour du vintage, de l’âme de brocanteur. La dernière fois que nous avions eu l’occasion de les croiser en festival, il ne restait plus grand-chose d’Akhenaton et de sa vieille école un peu larguée. Bien sûr, leurs tubes excitent encore des jeunes qui les découvrent en live et ravissent les trentenaires et quadras qui peuvent du coup réciter les couplets à gorge déployée. Mais, pendant ce temps-là, les fans de hip hop contemporain se tournent les pouces. Force est de constater que leur carnet de rimes commence à dater. Des jeux de mots comme "Arts martiens", "Raisons de la colère" ou "Rêvolution" peuvent en attester. Ce dernier est le titre d’un nouvel et huitième album qui malheureusement ne changera pas la donne.

Pourtant, quand on aime le hip hop, on doit un minimum de respect à ces gars-là. C’est entre autres grâce à eux que cette musique est arrivée jusqu’à nos oreilles jadis, et jusqu’où elle en est aujourd’hui, au sommet de la pyramide des genres populaires. Grâce à cette plaque devenue iconique qu’est "L’Ecole du Micro d’Argent" aussi, dont Akhenaton et les siens fêteront le 20e anniversaire sur scène (et chez nous le 29 novembre au Palais12). Pour ces raisons, il nous fallait croiser le vers avec IAM.

IAM a aujourd’hui 27 ans de carrière, et désormais un 8e album dans son escarcelle. Y-a-t-il des projets que vous n’auriez pas encore osé tenter ?

Akhenaton : Oser, on ose en général. Mais il y a des choses qu’on a envie de faire et qu’on n’a pas eu l’occasion d’essayer. Le domaine du rap est tellement vaste et cette musique ouvre tellement de portes… Beaucoup de choses nous intéressent, des collaborations entre autres. Et puis, j’ai toujours en tête l’idée d’aller donner un concert au Japon, dans l’esprit de ceux que nous avions fait en Egypte et en Chine. Le Japon compte au moins autant que ces deux-là dans l’imagerie d’IAM. La chose était bookée, mais la catastrophe de Fukushima a eu lieu une semaine avant la date… On y retournera.

Pour enregistrer ce disque, et avant un petit détour par la Grosse Pomme, c’est vers la Thaïlande (au Karma Sound Studio avec Rhys Fletcher) que vous vous êtes envolés.

Akh : Rester un mois et loger sur place, aussi nombreux, peu de studios qui entrent dans notre budget le permettaient. Donc la première raison était financière. Pour le mix à New York idem (aux Germano Studios avec Prince Charles Alexander, NdlR), il a fallu être concis, efficace et précis, car c’était autre chose niveau prix. Ensuite, être loin de chez soi, à l’âge qu’on a, c’est nécessaire pour travailler et ne pas être rattrapé par les obligations liées à nos vies. Même si ça peut paraître égoïste par rapport aux familles. Enfin, le soleil au-dessus, c’était bien aussi. Ça doit être le seul album qu’on a réalisé pieds nus et en maillot de bain. Ça restera, en ce qui me concerne, l’un des meilleurs souvenirs d’enregistrement depuis les débuts.

Un mot sur ce titre à tiroirs, "Rêvolution".

Akh : L’évolution par le rêve… Aujourd’hui, régénérer des choses constructives est essentiel pour pouvoir changer le cours des choses dans le monde. Elles ne se régleront ni seules, ni par la force ou au moyen de coups d’Etat. Les Printemps arabes en sont un bon exemple. Les populations ont fini par se faire confisquer leur pays par des gens parfois pires que ceux qu’ils étaient parvenus à déboulonner. La révolution commencera d’abord dans un petit cercle, pour devenir exponentielle. Grâce à l’école et l’éducation notamment.

Est-ce encore le rôle de la musique de guider une révolution sociétale ? En a-t-elle la capacité ? La musique conscientisée a-t-elle encore de l’impact ?

Akh : Ma mère écoutait Joan Baez quand j’étais môme, et j’avais l’impression d’être dans des réunions du parti communiste à chaque disque qui passait sur la platine. Mais ça m’a formé. J’ai aimé écouter des artistes qui disaient des choses. C’est de là qu’on vient et c’est vers ça que nous avons toujours voulu aller.

Tout fan de rap né avant les années nonante a connu cela. Mais la scène a évolué, et le rap 3.0 n’a plus cure du message ou du moins s’est délesté d’une quelconque portée engagée. Quel regard vous portez sur ce rap d’aujourd’hui et demain ?

Kheops : Je ne l’appellerai pas "rap 3.0" personnellement. Parce que ça signifierait que le genre a monté d’un niveau, ce qui à mon sens n’est pas le cas. Je l’appellerai "dérivation d’un autre rap". Juste une branche…

Akh : Le rap moderne est en fait une évolution qui existait, mais était minoritaire, dans les années nonante. Celui des Etats du sud, de 8Ball and MJG, de Three 6 Mafia ou de Master P, qui est devenu le rap mainstream d’aujourd’hui. Ce rap-là ne dit pas grand-chose car il n’a pas les mêmes objectifs. C’est un rap de gimmicks et d’entertainment.

Le rap originel, celui des block parties d’Harlem et du Bronx, était un rap de gimmicks et de divertissement. Un rap seulement festif. N’est-on pas revenu à ça ? Le texte n’est-il pas devenu secondaire.

Kephren : Peut-être, en effet […] Mais, contrairement à une musique comme le jazz, faire du rap ou des productions, c’est quelque chose qui ne demande pas de savoir-faire préalable, de jouer des instruments par exemple. Avec un peu de matériel, les jeunes d’aujourd’hui peuvent s’y lancer sans avoir à endosser cette culture hip hop dans son ensemble, son héritage, ses codes. Et pour beaucoup de jeunes artistes, ça ne les intéresse pas vraiment […] Nous, on est parents maintenant, et on essaie de faire évoluer nos enfants, et nous-mêmes.

Akh : Ce rap, un peu facile et dépourvu de plume, est en tout cas un rap qui nous laisse complètement froid […] Pour mesurer ce que vaut une société, à une époque, il suffit souvent de regarder quelle musique en général et quel genre de rap en particulier a le plus cours… Ce qui marche le plus. Aujourd’hui, la société est individualiste, auto-centrée, basée sur la réussite et l’exhibition des richesses. On a quand même eu un président qui a prononcé les mots "si tu n’as pas une Rolex à 50 ans, c’est que tu as raté ta vie…" Les jeunes entendent ça. C’est ce rap-là qu’on a désormais. CQFD.

Rencontre : Nicolas Capart

artwork_5873c2c100735_515CAstxJ3L.jpgNotre avis sur "Rêvolution"

Les papys du rap-jeu français font toujours de la résistance. Quatre ans après la sortie du déjà très pauvre "Arts martiens", puis de celle quasi passée inaperçue de "…IAM" dans la foulée, et alors que les samouraïs l’annonçaient à l’époque comme leur chant du cygne (vu le succès, leur label a prolongé leur contrat de deux disques), IAM persiste et signe un 8e album intitulé "Rêvolution". Du rap cousu main semblable à ce qu’ils ont toujours fait, classique dans sa structure, soigné dans l’écriture, engagé dans son ton. Un disque trop consistant qui s’épuise dans ses dix-neuf pistes. Du travail propre et quelques couplets bien lâchés. Sans doute trop de bons sentiments malgré de belles idées, et toujours cet accent du sud qui nous fait la morale. Une trame sans trop de saveur au final, et l’impression dérangeante que les bad boys de Marseille nous servent les mêmes morceaux depuis deux décennies. (N.Cap)

> En concert au festival Esperanzah ! le 5/08 et le 29/11 à Bruxelles (Palais 12).

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