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Frànçois Marry à tout prix

ftam_-_pc_tom_joye_-_alexis_0384_-_300_dpi.jpgNouvelle plaque et nouveau sortilège pop imparable pour Frànçois & the Atlas Mountains.

François Marry a 34 ans, et vit le jour un matin de novembre 1982, année "grand-cru" s'il en est à laquelle il dédie d'ailleurs un morceau de son 6e album sorti vendredi. Originaire de Saintes en Charente-Maritime, où il conduisit à l'époque des études d’histoire, le jeune homme bifurque rapidement vers le Royaume-Uni et devient assistant en français dans une faculté de Bristol. C'est là qu'il monte le groupe en 2005 (crédits : Tom Joye).

Frànçois & the Atlas Mountains, c'est la douceur des mots, la volupté de refrains rêveurs, l'envol des narrations bucoliques, le romantisme psyché, les percussions tribales et les danses extatiques… Ce sont aussi les pull-overs surprenants d'un leader au charisme magnétique, sa voix suave et ses pas chassés hypnotiques. C'est enfin la première signature française de Domino Records. "Solide Mirage" est son 3e disque frappé du sceau de la prestigieuse officine anglaise des Arctic Monkeys, Kills et autre Franz Ferdinand.

Une plaque qui surprend par son engagement, mais aussi avec le remuant "Après Après" – morceau "clubable" comme le fut "La Piscine" à l'époque – ou le curieux "Bête Morcelée", concentré de rock pied au plancher, de batterie énervée et de guitares saturées, qui laisse un peu circonspect. Mais on retrouve surtout ces mélodies pop qui caressent les tympans, de "Tendre est l'Âme" à ce très tentant "Perpétuel Été", sans oublier l'idylle de "Jamais deux pareils" ou l'imparable "Apocalypse à Ipsos" et ses coups de soleil.

ftam_-_pc_tom_joye_-_alexis_0157_-_300_dpi.jpgCela va faire deux ans que tu vis à Bruxelles. Alors heureux ?

J'ai emménagé à Bruxelles en 2015 et je ne regrette pas ma décision. Il règne une espèce de chaos bienveillant, de douceur de vivre… Je suis vraiment comblé ici, de créativité, de petits lieux de concerts underground ou de salles plus établies comme les Ateliers Claus ou le Bota dont les programmations sont géniales. Chaque mois, je vais voir 7, 8, 9, parfois 10 concerts. C'est une ville que je redécouvre à chaque fois que j'y reviens, je m'y perds volontiers mais tout le temps… J'ai vécu à Bristol et Bordeaux, qui sont sans doute plus grandes niveau superficie, mais il n'y avait pas cette confusion protéiforme que j'ai trouvé à Bruxelles.

En prélude de ce nouvel album, sortait le EP "L'Homme Tranquille", une petite parenthèse africaine.

C'est mon côté Paul Simon... (rires) T'as écouté son nouvel album? Il est bien hein? J'adore le morceau "Wristband", il est hyper élégant, frais, sans complexe, un beau retour simple au songwriting... Je voudrais trop le voir sur scène (...) Avec les autres, on fantasme sur la musique africaine depuis toujours, ce n'est pas un secret. J'étais allé passer un mois à Dakar il y a quelques années, et j'y avais rencontré le Directeur de l'Institut français pour lui présenter mon projet. Suite à ça, nous avions réussi à monter une petite tournée là-bas plus tard, passée par le Sénégal, le Burkina Faso, le Bénin et l’Éthiopie. Le but était de rencontrer des musiciens sur place, de jouer avec eux… Nous avions pris une carte-son avec nous, ce qui s'est avéré être une bonne idée.

Il y eut aussi une escapade et plusieurs dates au Moyen-Orient, qui vous ont également pas mal marqués.

A nouveau, cela faisait suite à une invitation des Instituts français, à l'occasion de la Fête de la Musique. On jouait en plein air, sur des places publiques face à la population. Ce fut assez émouvant, en Egypte particulièrement. Le groupe qui jouait avec nous ce soir-là s'était fait connaître en jouant sur la Place Tahrir durant la révolution du Printemps arabe. Il y avait une grosse électricité dans l'air. Je savais qu'on avait une chance incroyable d'être là, qu'on n'y reviendrait peut-être pas… Et cela s'est avéré. Autant sous l'Egypte de Sissi que dans la Turquie d'Erdogan, ce serait compliqué de retourner là-bas. (...)

Ce que communique le plus ces groupes-là, c'est l'intention d'énergie. Et pour nous, qui sommes des musiciens occidentaux autodidactes, cette énergie-là peut être associée à la musique que l'on écoutait quand on était ados, des trucs grunge avec ce côté très direct, des morceaux en distorsion… Cela a du inspirer en partie le morceau "Bête Morcelée".

"Plaine inondable" était sous eaux, "E Volo Love" gorgé de soleil et "Piano Ombre" une mise au vert à l’abri des ramures… Où sommes-nous avec "Solide Mirage" ?

Cette fois, on se balade en ville, au cœur de l'Europe, dans l’œil de la tornade. Je l'associe à Bruxelles car j'ai tout fait ici. Avec ce balancement perpétuel entre l'impression de comprendre ce qui nous entoure et, en même temps, le sentiment d'être totalement écrasé par cet environnement. D'être sollicité de mille et une parts mais aussi d'être seul, de n'exister que par le prisme d'une position sociale. Cela fait écho à tout ça.

L'album a été enregistré à Molenbeek, au Jet – jadis studio d'Adamo – , aux côtés du génial producteur anglais Ash Workman (Christine & The Queens, Metronomy, etc.).

C'est un endroit assez mythique, le plus vieux studio de Belgique, qui date des années quarante. Il a cette allure humble mais a accueilli des pointures comme Piaf, les Stones, etc. C'est Dominique A qui m'en avait parlé. Ash Workman, ce sont les gens de Domino qui me l'ont suggéré sur l'album précédent déjà. C'est un gars très pro, très terre-à-terre. Il aime enregistrer des morceaux simples et beaux, avec de bons instruments et de bons micros, prend ses décisions à la prise… Tout va très vite avec lui. Le mix a duré 4 jours.

Le clip du single "Grand Dérèglement" met en scène le danseur de dabké Mohammed Okal, rencontré dans un centre pour réfugiés à Bruxelles. Tu avais travaillé avec le chorégraphe I-Fang Li dans le passé. La danse semble importante pour toi...

Très. J'aime l'idée d'imposer une présence qui soit détachée du discours et de l'intellect. Une manière d'être au monde sans passer par la case réflexion (…) J'ai rencontré Mohammed par hasard, à l'occasion d'un événement culturel dans ce centre, et il m'a fasciné. Il était beau, fier et solennel. Je trouvais important de donner cette image-là du réfugié, plutôt que toutes les mauvaises images qui gravitent autour d'eux. C'est nécessaire de ramener de l'élégance et de l'esthétisme autour de ce phénomène-là. J'ai retrouvé sa trace et sa troupe du côté de Schaerbeek. Et il a participé au clip. L'idée était aussi de me ridiculiser un peu, et d'ainsi montrer que je n'avais pas les compétences d'un réfugié.

Doucement le propos de "Solide Mirage" se révèle engagé, une première...

«Engagé» est sans doute un terme trop honorifique pour quelqu'un qui ne fait que diffuser une parole. J'ai trop de respect pour les gens qui sont réellement engagés dans l'action sociale pour l'utiliser. Plus jeune, j'ai pris part à pas mal de mouvements militants, des associations anti-nucléaires, j'ai été bénévole à la Croix-Rouge quand je vivais à Glasgow… Et ça avait plus d'importance que de faire ce que je fais maintenant, à mon sens. L'année 2015 m'a donné envie d'un propos plus conscientisé, de la crise migratoire à l'économie en passant par les attentats.

D'aucuns magazines de presse féminine voit dans un changement de coupe de cheveux une envie de changement de vie. Ou l'inverse. C'est votre cas ? (François, aux cheveux courts il y a trois ans, arbore désormais une chevelure mi-longue et un faux air de Tom Cruise époque "Mission Impossible 2").

Elle est trop bien cette question… J'adore. Mais je ne m'y attendais pas, et je ne me suis pas trop posé la question de ma coupe de cheveux. On dit que la levure de bière est bonne pour les cheveux et les ongles. Disons que depuis que je vis à Bruxelles, mes cheveux poussent...

Enfin, qu'ont donc en commun les enfants de "1982" ?

Nous sommes une génération charnière. On a connu une adolescence sans internet, sans GSM… Mais qu'on a eu malgré tout accès à ça assez jeune, ou en tout cas suffisamment pour ne pas être trop largués. J'ai souvent des réminiscences de ce monde-là, avec peine. Le ressenti d'une après-midi où tu t'ennuies, sans portable ni internet. Ce que ça changeait par rapport à l'humeur, la création, l'inspiration, l'amitié, l'imaginaire surtout. Tour ce que ça permettait est devenu comme un rêve enfoui. Les natifs de 1982 ont eu la chance de toucher ça et, en même temps, d'appréhender ce que devient le monde. Nous sommes aussi le fruit d'une génération qui a vécu les 30 glorieuses, nourrit plein de rêves et d'espoirs. Les enfants d'un désenchantement.

Rencontre : Nicolas Capart

"Solide Mirage", 1CD (Domino/V2). En concert le 4/05 aux Aralunaires, le 20/5 aux Nuits Botanique.


10616199_400465923434313_7161913134535759521_n.jpgEPINGLE : 
Recrutement national

L'équipe de Frànçois Marry a subit quelques changements de personnel. Et compte désormais en ses rangs une recrue venue de Belgique. "Deux musiciens sont partis vers leurs propres projets : Gerard (Black) qui se concentre sur Babe, et Pierre (Loustaunau) qui se consacre à Petit Fantôme. Puis, il y a David (Nzeyimana) du Colisée qui nous a rejoint pour composer l'album, et qui nous accompagne pour les premiers concerts, à la guitare, aux claviers et au chant. Ça a été une vraie rencontre artistique. L'idée est de l'intégrer au maximum dans le processus pour avoir son point de vue, ses idées de riffs, etc. J'ai remplacé mes arrangements déjà finis par les siens sur beaucoup de morceaux. Parce que j'aime bien sa patte d'abord, et que j'y vois un moyen de rendre les morceaux plus universels encore." David restera néanmoins aux commandes du Colisée, qui accompagnera Frànçois & the Atlas Mountains pour une série de dates. (N.Cap)

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