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Mountain Bike fait sa crise de la trentaine

Mountain Bike Press 2017-2@Boris G+Ârtz.jpgMountain Bike reprend du service avec un 2e disque qui confirme tout le bien que l’on pensait déjà du quatuor.

Trois ans après son album éponyme et introductif, la plus belle bécane garage-rock du royaume de Belgique publie "Too Sorry for Any Sorrow", délicate seconde plaque à l’élégance électrique. Un titre tiré du single - "This Lonely Place" - récemment dévoilé par Mountain Bike, qui ne rappelle qu’à peine la verve hédoniste et adolescente qui était leur jadis. Le ton a changé, ses membres ont grandi, les envies pop se sont imposées, et il aura fallu le temps de la redécouverte pour à nouveau être séduits. (crédits : Boris Görtz).

Dans l’intervalle, outre une gargantuesque tournée, chacun a vaqué. Etienne Marsal avec ses compatriotes français de Warm Toy Machine, et Charles-Antoine Vanderborght derrière les fûts de la formation tournaisienne Thee Marvin Gays. Aurélien Auchain et Stefano Bedani dans leurs projets solos, respectivement June Moan et Billie Joe. Il y a un an à peu près, toutes ces belles énergies se sont retrouvées à l’abri des sentiers hennuyers pour concocter l’excellent deuxième disque qu’ils présenteront au Cirque Royal en mai.

Nous les interceptions récemment en fin de tournée minérale du côté de Flagey.

Si le ton s'est affiné, le propos semble lui aussi avoir pas mal changé...

Etienne : Les textes ont pas mal évolué, c'est beaucoup plus personnel. C'est moi qui les écris, j'ai dû me sortir les doigts… Pour la musique par contre, cela a été plus collectif, on a vraiment bossé et peaufiné les compos à quatre. Côté thématiques, cela tourne souvent autour du même sujet : la crise de la trentaine (rires). On est un peu tous en plein dedans (sauf le cadet Aurélien qui ne se sent pas concerné et n'a encore que 27 ans, ndlR.), c'était difficile de faire autrement. D'autant qu'on a toujours fonctionné de manière impulsive et spontanée avec Mountain Bike.

Mountain Bike Press 2017-6@Boris G+Ârtz.jpgAinsi s'immisce discrètement mais d'entrée le titre "Future Son", surprenante projection où l'on sent poindre l'envie de devenir papa.

Etienne : Ce sont des questions qu'on se pose tous. Des hésitations... Quand on en parle avec nos parents, ils nous ont eu jeunes, les miens à 24 ans. Pour eux et à l'époque, c'était normal. Nous, on attend le bon moment, mais je suppose qu'il n'y en a pas vraiment.

Aurélien : C'est comme une lettre qu'écrirait Etienne à un gamin hypothétique pour le prévenir, le mettre un peu en garde…

Etienne : Lui dire : 'désolé de te mettre dans la m***'. Parce que la vie c'est cool oui, mais c'est quand même pas la fête tout le temps.

Aurélien : Mais tout cela est teinté d'optimisme, ce n'est pas un album 'down'. On a gardé le côté surf du premier album, inséré des mélodies qui nous faisaient envie, assumé une certaine mélancolie. Le fait d'avoir appris à se connaître mieux ces dernières années le permet, sans avoir peur de verser dans le kitsch.

Il se passe quoi pour Mountain Bike des lendemains de la sortie de votre premier éponyme (2014) à son successeur aujourd'hui ?

Etienne : Il y a eu deux années de tournée. Plus de cent cinquante dates. Et, sans trop s'en rendre compte, on s'est quand même pas mal épuisés. Dans la foulée, on a un peu soufflé, ce qui nous a permis de terminer l'album. Mais on a beaucoup joué en France, en Belgique évidemment, quelques gigs en Allemagne, en Italie, en Suisse aussi. Et quasiment dans toutes les villes des Pays-Bas, dont une dizaine de dates avec le groupe The Afterpartees, et sa horde de groupies de 18 ans.

Vous n'avez pas les mêmes ?

Stefano : Nous !!? On n'en a jamais eu ! Mountain Bike, ça n'a jamais marché au niveau de la gent féminine.

Etienne : Quand on a commencé à monter sur scène en robes ou en caleçons avec nos maillots de basket, le ton était donné. Et ça n'a ramené que des groupies barbus. Mais ces costumes de scène-là, c'est fini a priori.

Charles : Moi, j'aimerai bien qu'on se déguise en clowns tristes, mais j'ai trouvé peu d'échos au sein du groupe.

Stefano : On a fait notre part de blagues. Là, je crois qu'on va y aller normal.

Aurélien : Mais c'est bizarre de jouer en pantalon...

Etienne : Ça colle.

Y a-t'il eu des tensions entre vous lors de cette longue tournée ?

Charles : Vers la fin, Etienne devenait infernal, il ne voulait pas rentrer à la maison. Il a fallu apprendre à gérer le diable.

Etienne : J'avoue, j'ai été chiant. Je suis comme ça parfois, quand j'ai bu un verre ou deux, j'ai envie que tout aille vite et comme je veux. C'est pour ça que cette année sans concert nous a fait du bien. Mais je me suis calmé, installé avec ma nana… L'époque où on vivait tous en colloc', c'était un peu le bordel, il y avait trop de fêtes. Mais Charles et Aurélien habitent toujours ensemble.

Aurélien : Mais, nous, on est sage.

Stefano : Tout le monde s'est calmé, c'est la crise de trentaine. Maintenant, on pense futur, pognon, bébé... (sourire)

Quels en furent les meilleurs moments ?

Etienne : On s'entend très bien avec notre ingé-son Pierre Valfrey, qui fut présent sur presque toutes nos dates. Du coup, des souvenirs sont liés à lui, et pas mal de conneries.

Charles : Il y a eu la fois où il a froissé les côtes d'Etienne.

Etienne : Oh oui, ça c'était monnaie courante !

Charles : J'avais adoré notre passage au Pukkelpop, il y a deux ans. On nous avait amenés sur scène en caddys de golf, c'était cool. Une fois, on a joué dans une piscine vide aussi.

Aurélien : Moi, je garde un bon souvenir de l'Eurosonic à Groningen. De l'AB avec Franz Ferdinand aussi. Ça s'était fait à l'arrache, on nous a appelés la veille, on était bien stressé.

Stefano : C'était plein à craquer, je savais pas où regarder… En une minute, tu commences à cogiter, tu te demandes ce que tu fais là. Mais ça s'est super bien passé au final.

Charles : Les mecs de Franz Ferdinand sont venus nous voir en loge avant pour nous remercier d'avoir accepté, puis après le gig pour nous dire qu'ils avaient aimé et qu'ils voulaient aller boire des bières avec nous.

Stefano : Mais on a refusé. On devait aller ranger le matos et c'était pas vraiment le plan de revenir après dans le centre donc…

Charles : T'as même refusé de leur donner ton numéro de téléphone.

Stefano : Mais oui, à quoi ça aurait servi ? J'étais encore dans le gaz du concert, je pense que j'étais trop honnête, j'avais envie de rentrer. Au final, on est allé faire la fête entre nous à St-Gilles.

Mountain Bike Press 2017-5@Boris G+Ârtz.jpgEt les pires souvenirs ?

Etienne : Cette date à Bordeaux, au Rocher de Palmer, dans le cadre de la tournée Europavox. D'abord, à cause de ce 'côté français' (dit le natif de l'Hexagone, ndlR.)… Et puis, la salle était trop grande, tout au bout de la ville. Personne ne va jamais jusque-là à part pour voir Michel Sardou. C'était glauque. Il y avait quinze personnes dans la salle, dont les parents de Stefano qui avaient fait 500 bornes pour venir.

Charles : Il faut savoir que la mère de Stef adore danser...

Stefano : Elle était aux anges, la salle était vide, elle a pu occuper tout l'espace… Je pense que mes parents ont adoré en fait.

Après la tournée, vous faites donc un an en dehors des radars ?

Stefano : Nous étions un peu obligés de prendre ce temps. Il y a eu pas mal de retard, deux enregistrements successifs avec les mêmes morceaux, les choses ont traîné, il a fallu changer de set up… On ne voulait pas reprendre les concerts sans nouveau morceau. Puis, chacun a aussi pas mal bossé en dehors de Mountain Bike.

Etienne : Le fait qu'Aurélien ait tout enregistré lui-même a également joué. Il fallait du temps pour avoir le recul nécessaire.

Comment s'est déroulé l'enregistrement cette fois ?

Stefano : On a fait ça chez les parents de Charles, à Rumes (dans le Tournaisis, ndlR.)...

Charles : A la campagne… En famille.

Stefano : Après l'enregistrement du premier au studio de Iacopo, on a pris l'habitude d'aller là-bas. On y est tranquille, on y bosse à notre rythme. Il y a une pièce spécialement pour nous où l'on a pu installer tout notre matériel.

Aurélien : La base et le gros du travail ont été faits à Rumes. Les voix et certains arrangements finalisés ailleurs. Un morceau terminé au Studio Pyramide (à Beersel), trois autres dans un petit studio à Anvers chez nos potes Double Veterans… Dans une cabane de jardin aménagée, le Hightime Studio.

Charles : On a commencé à un endroit, continué dans d'autres, pour finir à Anvers où Aurélien et Staf Verbeeck (dEUS, BRNS, Madensuyu) ont mis un peu d'ordre dans tout ça et mixé. Il reste ce côté 'bricolé', qui va bien au projet.

Vous vivez un peu de la musique désormais ?

Stefano : Oh non pas du tout ! Encore moins qu'avant, parce que maintenant tout est déclaré ! Et donc les cachets divisés par deux. Les gens pensent 'Mountain Bike, on entend parler de vous partout, vous vous en mettez plein les poches'… Rien à voir en fait.

Du coup, vous avez gardé vos jobs ? Pas de statut d'artistes ?

Charles : Complètement. C'est marrant, un jour tu joues au Pukkelpop, et le lendemain du sers des bières au Tigre...

Aurélien : Moi je donne des cours de guitare, j'enregistre pour des groupes...

Etienne : Moi je mixe de temps en temps et je suis responsable dans un bar au Châtelain.

Stefano : Pareil, je bosse dans un bar. Et non personne n'a le statut, les conditions sont restrictives. Si on fait quatre concerts à 3000€ par mois, on y sera. Donc va falloir garder nos boulots un moment encore je crois. Mais on a arrêté de croire que ce projet musical allait nous rapporter de l'argent. Pas envie de monter sur scène en me disant : 'celui-là c'est pour le loyer', 'ça c'est pour bouffer'… Penser comme ça, c'est se gâcher le plaisir.

A l'écoute de "Too Sorry for Any Sorrow", on sent que, plus encore que sur le précédent, vos envies pop prennent le dessus (on pense bien sûr aux Growlers, parfois aux Allah-Las, mais aussi aux ex-Muslims, The Soft Pack). Moins de foutraque, plus vertiges et plus de mélodies. Vous écoutez quoi ces temps-ci ?

Etienne : Ce qui se passe en garage en ce moment, c'est chiant (…) Le nouveau Grandaddy est bien.

Charles : On a grandi avec Grandaddy… J'ai l'impression qu'on écoute beaucoup de soft rock dernièrement, des trucs calmes, parfois plus vieux. Aurélien m'a offert un disque de Paul Simon il n'y a pas longtemps par exemple… Le dernier Wilco aussi. Et les classiques folk : Bob Dylan, Nick Drake, Neil Young, Leonard Cohen.

Aurélien : Dans les sorties récentes, j'ai vraiment adoré le Whitney, plutôt calme aussi, revival seventies. Andy Shauf est de mes gros coups de cœur du moment également. Du jazz parfois.

Stefano : Franchement, je n'écoute rien de vraiment actuel. Quand je bosse au bar et que je mets la musique, je passe d'Amy Winehouse à Meatbodies, des trucs très différents. De toutes façons, moi je n'écoute que Black Rebel Motorcycle Club... (rires)

Etienne : Récemment, j'ai eu une période un peu glam, c'était assez bizarre. J'ai réécouté plein de T-Rex. De Gary Glitter aussi. Je suis méga fan de ce type-là, il me fait trop marrer. Un petit gros en combi moulante…

Aurélien : … qui a fini pédophile…

Etienne : … encore mieux !

Ce deuxième album est donc un nouveau coming-out pop, qui ne garde finalement du son garage que quelques rares décharges d'électricité.

Aurélien : Par opposition au premier, pour cet album, on n'a fait aucun compromis. On a pris le temps et fait exactement ce qu'on voulait faire. Il est plus fidèle à nos attentes (…) Et il est moins 'chien fou' en effet.

Stefano : Moi je trouve que celui-là n'a plus grand-chose de garage. Quand je réécoute le premier, par moment, ça pique un peu… Pas ici, et je me suis habitué à cette qualité de son et de production.

Charles : On est revenu à nos premiers amours, des plans plus simples, moins gonflés… Et c'est la première fois que, sur un de mes disques, la batterie sonne comme elle sonne dans ma tête. Je suis assez content (…)

Rencontre : Nicolas Capart

> NOTRE RENCONTRE DE 2014

>“Too Sorry for Any Sorrow” (Humpty Dumpty/Teenage Menopause). En concert, le 10/3 au Water Moulin (Tournai) le 25/3 au Reflektor (Liège), le 6/5 aux Aralunaires (Arlon) et le 20/5 au Cirque Royal (Bruxelles).

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