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Albin, un ami qui vous veut du bien

58af1918cd70ce397f199823.jpgDe Miossec à Souchon, en passant par Mathieu Boogaerts, Jean-Louis Aubert ou Arthur H, le musicien et arrangeur Albin de la Simone a roulé sa bosse sur bien des scènes et promené ses phalanges sur bien des instruments en un peu plus de vingt ans. Auteur-compositeur et interprète de plus en plus flamboyant, le Français dessine les contours de son univers en solo depuis 2003. D’abord un maladroit croquis, sa discographie a pris des couleurs pour devenir la fresque d’une vie (crédits : Yann Rabanier).

Avec "L’un de nous" , c’est sur la première marche de son art qu’Albin de la Simone est désormais assis. Prolongement naturel du déjà sublime "Un Homme", dont il poursuit les questionnements aux vingt et un temps de l’amour, avec son grand A et ses inévitables tracas. "C’est le deuxième disque avec lequel je suis tranquille… En paix."  

Et cela se sent. Car, plus que jamais, l’artiste semble s’être trouvé. "Ma voix ne supporte pas tout. Le chanteur que je suis a besoin d’une certaine musique. Et j’ai beau aimer d’autres genres, il ne faut pas pour autant inclure ça dans mes disques. C’est une révolution pour moi. Avant, j’y mettais des morceaux plus pêchus dont je n’arrivais à rien faire sur scène. Il y avait des incohérences. Alors que là, je me suis recentré, avec ma voix, ses limites mais aussi son charme."

Une voix qui, comme lors des précédentes tournées, ne subira quasi pas d’amplification, au fil de concerts aux atours acoustiques. "On le fait tant qu’on peut. Dans certains festivals, ce ne sera sans doute pas possible et on devra sonoriser, mais j’avoue que ça me fait ch***. C’est moins intime, ça enlève une partie de l’âme du truc."  

On ne change pas les bonnes habitudes. Sans pour autant oublier de se mettre en danger. "Il y a une partie que je n’explore pas encore dans mon travail jusqu’à présent : c’est le corps. Sur scène, je suis bloqué derrière un clavier ou un piano. Je ne peux pas faire grand-chose. C’est quelque chose qui me manque. Après, il y a d’autres choses à faire évoluer. J’essaie d’améliorer ma vie en permanence, et le disque ne parle que de ça d’ailleurs. Se maintenir et grandir… Les problèmes arrivent au fur et à mesure et j’essaie de les résoudre ou de les dépasser."

Il y eut d’abord un album éponyme, "Albin de la Simone" en 2003, comme pour se présenter. En 2005, la promesse d’un revirement avec "Je vais changer". La parenthèse "Bungalow !" en 2008, comme de petites vacances. "Un Homme" en 2013, qui explorait les rôles, les responsabilités, l’équilibre et la paternité. Enfin, à paraître ce vendredi, "L’un de nous", 5e album qui dénoue le couple, croque les relations homme/femme, interroge l’avenir et questionne l’amour.  

Un cheminement plutôt cohérent. "J’écris des chansons dans mon coin, du mieux que je peux. Puis, je les regarde, et il y a une thématique qui se dégage. Cette fois, ça s’est posé comme ça. A l’heure de sortir ‘Un Homme’, je venais de l’album ‘Bungalow’ qui n’avait pas marché, je m’étais fait virer de ma maison de disque, j’allais avoir un enfant, je construisais une maison… J’avais un vrai chantier de vie en cours. Et le disque a été entièrement, sans que je le veuille, orienté par tout ça. Aujourd’hui, j’ai un enfant, je suis en couple… Et la question est : ‘comment ça dure le couple ?’ Désormais j’en suis là."

58af1918cd70ce397f199824.jpgA quoi renvoie le titre "L’un de nous", celui du morceau et celui du disque?

Dans le morceau, c’est une manière de rejeter la faute sur l’autre. De se dire "Je ne sais pas lequel est zinzin, mais y’en a un des deux qui ne va pas bien…" Alors qu’on sait tous que c’est moi qui ne vais pas bien. (rires) Pour l’album, c’est "moi et les autres", "l’individu et le couple"… La pochette va dans ce sens. C’est un cliché qui se trouve chez Sophie Calle, l’artiste qui a fait la pochette. Elle a donné à chaque animal le nom d’un de ses amis. Moi, je suis cet ours un peu perdu au milieu des autres. "L’un de nous" m’est venu de là. J’ai reçu un mail de Stephan Eicher il n’y a pas longtemps qui me disait : "Dis donc, le renard-là à côté de toi, avec le cœur entre les pattes, c’est moi…" C’est aussi un ami de Sophie. Pour les autres animaux, je ne peux rien dévoiler.

"Ma barbe pousse", c’est l’épilogue, la fin d’une histoire ("Tu ne reviendras pas/Ta décision est prise/C’est la dernière fois"). Plus loin, avec "Pourquoi on pleure", c’est l’échappée belle ("On a eu chaud/On a eu peur/On est sauvés/Pourquoi on pleure"). Pourquoi deux scénarios?

On est ni sur le happy-end, ni sur la rupture. Mais sur l’envie de réparer et la peur de séparation. On peut raconter ce genre d’histoire tout en vivant en couple. J’en ai vécu dans le passé. A mes yeux, ce disque est optimiste, la démarche est positive : il faut aborder ces questions pour y arriver, être lucide et accepter la complexité des choses pour avancer. Embrasser cette complexité […] Dans un couple, on peut avoir le sentiment de plaire moins à l’autre, de sentir qu’il nous aime moins un temps, sans que cela ait de réelle signification. ‘Ma barbe pousse’, ça peut aussi être ça. Et je peux partir de ce genre d’impression. En amour, ce n’est pas facile de durer, même quand on aime. C’est un combat.

Si tout cela est projeté, imaginé, comment parvenir à un tel résultat ? Difficile de croire que tout cela ne vous arrive pas quand vous l’écrivez avec autant de justesse ?

Je n’ai pas arrêté de faire des chansons sur des mecs qui trompent des nanas, heureusement que je ne raconte pas que ma vie chaque fois… Mon entourage le sait. "Ma barbe pousse" a beaucoup inquiété ma fille par contre. Elle a 5 ans. Lorsqu’elle a entendu cette chanson, elle a fondu en larmes en pensant que c’était vrai. Que sa maman me quittait. Il a fallu la rassurer […] Sur mon deuxième album, il y avait ce titre "Notre Homme", qui parlait de pédophilie de manière très frontale. Je n’avais rien vécu de semblable. Pourtant, mes mots ont blessé des personnes qui avaient enduré ce genre d’épreuve. Je l’ai regretté.

Dans toute cette mélancolie, est-ce qu’Albin de la Simone est un homme heureux ?

Je peux en effet apparaître comme quelqu’un d’inquiet. Mais, grâce à ça, j’ai l’impression de me poser les bonnes questions. Comme si j’étais en autoanalyse permanente. C’est une manière de ne pas laisser les choses s’enfouir sous des tonnes de m***, de les garder vivantes… Je dois être pénible à vivre, parce que je suis sans cesse en train d’anticiper. Mais je suis heureux. Et j’espère rendre heureux.

Rencontre : Nicolas Capart

Les femmes de sa vie

Sa compagne, sa fille mais aussi Vanessa Paradis ou Emiliana Torrini. Bien des femmes traversent l'imaginaire et le cinquième album d'Albin de la Simone. "Emiliana lâche quelques pam-pam-pam à la fin de 'Pourquoi on pleure'. C'est une star en Islande. L'orchestre symphonique national lui a proposé une résidence de trois concerts pour lesquels il fallait adapter et réarranger ses morceaux (des guitares/voix pour la plupart). Je faisais partie des personnes qu'elle a chargé de le faire. Ecrire chaque virgule pour 80 musiciens, c'était un défi. D'autant qu'en plus d'être une amie, c'est surtout une chanteuse dont je suis fou. Après, il y a Sabina Sciubba, la seule créditée en bonne et due forme car, avec elle, c'est un vrai duo ('A Quoi'). Mara Carlyle joue de la scie musicale et prononce juste deux phrases dans 'A Midi, On m'a dit'. Enfin, Vanessa Paradis laisse un message – que je lui ai dicté au préalable – sur mon répondeur pour conclure 'Ado' (…) Il n'y a quasiment que des femmes dans ce disque. Et c'est dingue, car je ne l'avais pas prémédité. Plus ça va, plus je suis entouré de femmes. Après avoir intitulé le précédent 'Un Homme', ça aurait été lourd d'appeler ce disque 'Une Femme', mais ça aurait pu..."

 

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