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Clément Nourry, à fleur de cordes

15991732_1392911297394371_339438603_o.jpgLieutenant de Nicolas Michaux, Clément Nourry s'échappe en solitaire et accoste au Bota jeudi.

Né en 1979 dans une chambre d'hôpital de la belle Lille, le sieur Clément Nourry est aujourd'hui un jeune papa de 37 ans. "Ma famille c'est un bordel… Mais ça a toujours été un bordel assez joyeux. J'ai sept demi-frères et sœurs. Mon père, mon beau-père et ma mère sont psychiatres. C'est une famille de psychiatres." Être sensible, guitariste rêveur, mélomane curieux et homme réfléchi, doté d'un jeu épidermique au service d'une musique plutôt cérébrale… Tout cela a du sens finalement. "Je fais de la musique de malades, de la musique psychiatrique !" (rires) (crédits photo : Jean-Philippe de Gheest/couleurs et Akira Ishii/N&B).

L'échappée belle

A vingt printemps, il quitte sa métropole pour Bruxelles et les notes. "Je faisais des études de mathématiques à Lille, que j'ai interrompues pour me consacrer à la musique. Mes parents n'étaient pas hyper chauds. J'ai commencé la guitare à 16 ans, je n'étais pas une flèche non plus… Mais ils voyaient que je n'étais pas heureux à la fac', et que la musique m'allait plutôt bien. Moi j'avais surtout envie de partir. Tu as 20 ans, tu n'as pas envie de devoir trouver un endroit pour ramener une fille 'chez toi'."

Il se trouve que Benoît, son frangin violoniste – "mon demi-frère aîné en l’occurrence, avec qui j'ai grandi, le seul autre musicien de la famille" – , vit justement dans notre capitale à cette époque-là. Un chaperon ou du moins un garant qui rassure père et mère et les convainc de laisser le petit quitter le nid. "C'est évidemment l'inverse qui s'est produit. C'est moi qui ait débauché mon aîné tout au long de l'année que nous avons passé ensemble, dans un studio de 30 m² de la rue Dautzenberg à Ixelles. Un truc minuscule… On travaillait nos instruments aux toilettes, c'était drôle. Et je me suis inscrit au Conservatoire (flamand, ndlR.), comme une caution pour mes parents. J'y étudiais le jazz. Je me sentais comme un cheveu dans la soupe."

15967570_1392911327394368_1005782577_o.jpgPas de chauffage en hiver dans le repère de la fratrie, ce qui provoque des problèmes logistiques. "J'y attrapé ma première tendinite. Première d'une longue série. J'avais très envie de devenir un bon guitariste, je m'y employais. Il m'a fallu cinq ans pour réaliser qu'il y avait des choses que je ne devais plus essayer de faire… Comme de devenir un bon guitariste." Après le Conservatoire, Clément voit son monde s'agrandir et les possibles se multiplier. "On t'explique que tu dois d'abord apprendre à faire tout ce qu'on t'y inculque et qu'après tu seras un artiste. Mais d'autres chemins existent (…) Je faisais déjà un peu d'improvisation avec des potes à côté. Plus tard, je suis revenu à mes amours premières pour le rock et le blues. C'est à ce moment-là que j'ai lancé ce projet solo, il y a une dizaine d'années." Entre-temps, les talents de guitariste du bonhomme furent remarqués et il fut de maintes aventures, de Joy as a Toy (jusqu'à la sortie du 3e album) à Yokaï (dont il fait toujours partie), et surtout Nicolas Michaux dont il reste le gratteur de cordes attitré.

Parler avec les mains

Le tout récent "Under the Reefs" est donc le 2e album de Nourry en solo. "Déjà à l'époque, je voulais revenir sur le geste musical, plus que sur le jeu ou la composition. Au-delà de la musique, c'était l’impressionnisme de la musique qui m'intéressait. Comment elle marque, comment elle peut faire passer l'émotion..." La faire passer sans les mots. Car les six morceaux du Nourry nouveau sont instrumentaux. Si cela suffit au beau, on en viendrait presque parfois à regretter de ne pas y entendre la voix, si apaisante et délicate de l'auteur.

Mais Clément ne dit jamais "jamais". "Quelque part, je pense que je suis un chanteur frustré… Ce qui m'a donné envie de musique au départ, c'était Queen, à fond dans ma chambre d'ado. Je me prenais pour Freddy Mercury en gueulant 'Show Must Go On' à pleine gorge sous les yeux amusés des voisins. Plus tard, j'ai été chanteur d'un groupe de reprises de Rage Against the Machine(!) Du hard rock avec ma voix fragile et douce, ça le faisait pas du tout. Je n'ai jamais osé refaire ça depuis."

On devine néanmoins sans peine le conteur qui sommeille en Clément, lui qui du bout des doigts parvient à dessiner des trames quasi cinématographiques. Mais s'il parle, le chanteur cherche encore ses mots. "J'écris des chansons depuis deux ans. Je l'avais fait pour Joy as a Toy, à deux reprises. J'ai dû y dire tout ce que je savais dire en anglais. Là j'écris en français. Et j'ai un album de chansons en construction, sans but ni finalité précise pour le moment." En attendant, ce dresseur de cordes qui cite plus volontiers John Frusciante que Marc Ribot ou John Fahey fera découvrir au public bruxellois les histoires musicales de "Under the Reefs" ce jeudi au Bota.

> "Under the Reefs", 1CD/LP (Cheap Satanism). A Bruxelles (Botanique/Musée), ce jeudi 19 janvier.

16010704_1392912737394227_417506046_o.jpgButô-pop

La visite de Clément Nourry au Botanique s'inscrit dans le cadre de l'exposition de William Klein "5 Cities". C'est donc au beau milieu du Musée et des clichés du célèbre photographe américain que le guitariste lillois et sa compagne Anne-Laure Lamarque donneront vie à l'album "Under the Reefs". Un concert en forme de performance, à la fois musicale et corporelle, dont le but avoué est de conjuguer musique et danse à travers le Butô. "La danse du corps obscur" dit Wiki, "Danser son corps de rêve" préférera Nourry.

Un art né dans les rues japonaises des années '60, en rupture avec la tradition, que William Klein, un peu par hasard, fut l'un des premiers à photographier à l'époque. “A la base, ce spectacle, Anne-Laure et moi l’avions imaginé pour le jouer au Japon. C’était un rêve, que l’on a depuis réalisé. Grâce à mes contacts musiciens, j’ai dégoté huit petites salles de concert et nous sommes partis pour une tournée d’un mois, il y a un peu plus d’un an…” Une romance transdisciplinaire. “Au-delà du couple, je crois qu’on a des affinités artistiques assez fortes.” Voyez-les danser ce 19 janvier.

Rencontre : Nicolas Capart

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