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Quand Justice fait du Justice

5853aac8cd70fa7e37c4c931.jpgLe célèbre duo électro français est de retour aux avant-postes. Sans surprendre, leur troisième album, "Woman", reste furieusement efficace. Rencontre avec le discret Gaspard Augé et le bavard Xavier de Rosnay.

Cela fera bientôt une décennie qu’est sorti "†" ("Cross"), premier album déjà mythique du duo électro français Justice. Une plaque qui, à l’époque, faisait à nouveau souffler un vent frais, festif et hédoniste sur une scène électronique française en gueule de bois aux lendemains des joyeusetés French Touch et deux ans après la sortie de "Human After All" des pères spirituels Daft Punk. Mais, en 2003 déjà, Xavier de Rosnay - le petit dandy stylé - et Gaspard Augé - le grand barbu perdu -, graphistes devenus producteurs, sortaient du bois avec ce fameux remix du "Never Be Alone" des Britanniques Simian, plus tard rebaptisé "We Are Your Friends" , qui deviendra LE tube de Justice et l’hymne par laquelle la célébrité internationale arrivera (crédits : So Me).

2724-05-SOME_JUSTICE_V2-OK.jpgRétro mais pas trop

Si, en 2011, le duo publiait son 2e album, "Audio, Video, Disco", et rendait un curieux hommage aux guitares des années septante, "Woman", sorti cette fin d’année, semble prolonger sans la répéter l’esthétique du petit premier. Un disque hautement dansant qui marque donc le retour de Justice dans une veine toujours funky mais surtout très disco, plutôt pop et, ne leur déplaise, d’inspiration eighties. "Tous les groupes que j’aime ont fait leur plus mauvais disque dans les années 1980, nous lance Xavier. Cela tient au son des enregistrements de l’époque, à ce côté plastique aussi. Mais du coup, la référence aux 80’s m’étonne à chaque fois. Même si tout n’est pas à jeter dans cette décennie évidemment."

On trouve aussi au menu de "Woman" des guitares saturées ( "Chorus" ) ou ce bourdonnement satanique ( "Heavy Metal" ) hérités des mêmes années quatre-vingt et ultime stigmate de l’opus précédent. Ce troisième, s’il est bon, apparaît sans surprise, bardé de titres efficaces ("Fire" , "Alakazam!" , "Safe & Sound") au fil d’une démonstration technique toujours impeccable. Du beat rétro-moderne. "Le futur, ce n’est pas rejeter les instruments ou les méthodes d’écriture traditionnels, c’est organiser ses inspirations pour provoquer des associations, susciter des sensations nouvelles, c’est créer quelque chose d’inattendu ." Certes, tout le monde dansera, mais personne ne sera surpris.

Si elle n’est pas nostalgique, d’où vient cette inspiration, ce son typique devenu, de Justice, la marque de fabrique ( "Pleasure" est en cela un pur morceau-signature) ? De Rosnay de répondre : "Finalement, on a très peu d’influences qui sont électroniques. La plupart des musiques que nous écoutons sont même à l’opposé de ça, côté sensations. Des musiques plus organiques, plus mélodiques, vivantes, plus crades aussi… En fait, la musique de Justice est faite de manière électronique mais ne l’est pas forcément au niveau des textures."

Electro-gospel

Dans "Woman", on retrouve ce petit côté kitsch non assumé qui ne nous déplaît pas, ainsi que, de plus en plus, de nombreuses parties chantées, par des chœurs ou par des chanteurs. Un esprit gospel dans un corps électro-pop. "C’était l’une des idées de départ pour cet album, nous explique Xavier, et on l’a gardée : faire un disque gospel, mais pour l’énergie ou l’euphorie que ça génère, pas pour la musicalité du genre." "La générosité et la communion" , ose Gaspard, plus taiseux, sortant de sa réserve. Son complice de poursuivre : "Avec la force d’une chorale, pour la puissance et l’amplitude. Cela permet également d’amener chaque fois un chanteur anonyme, qui prend sa place dans la musique et s’y promène à la manière d’un instrument […] C’est dans cette optique-là que nous avons écrit les morceaux. Ça n’a pas fonctionné à chaque piste. Mais la plupart des titres pourraient être joués en live avec une chorale… ça marcherait." Et on aimerait bien y assister.

Danse sans les stars

Si le monstre à deux têtes qu’est aujourd’hui Justice pourrait amplement se le permettre, pas de featuring ronflant au casting, comme Daft Punk avait choisi de le faire en invitant Pharrell Williams ou plus récemment The Weeknd . "On a choisi des chanteurs dont on appréciait la voix et qui correspondaient à ce que l’on cherchait. Inviter des gens connus, tu fais ça si tu veux faire de ton album un blockbuster… Ce qui peut-être cool et que je respecte. Mais ce n’était pas notre intention. Comme c’est parfois le cas dans un film avec un énorme casting, je ne voudrais pas que les protagonistes influencent trop le reste de l’œuvre…"

"Cela finit par parasiter la musique, conclut Gaspard, et puis il y a cette espèce d’effet d’annonce un peu désagréable, qui détourne l’attention […] Enfin, l’avantage de bosser avec des gens disponibles et plus proches de notre univers, c’est surtout de pouvoir passer du temps avec les chanteurs en studio, de les intégrer pleinement au processus d’écriture et au projet." La communion, toujours…

JUSTICE-WOMAN-album.jpgPourquoi ce titre?

Pourquoi "Woman" ? Xavier : "Ce choix s’est opéré davantage pour le côté puissance que pour le côté sensuel." Les femmes sont puissantes ? "Bien sûr. En tout cas, de là où on vient, les femmes sont puissantes (sourires) . On pense qu’elles le sont en général, et que lorsqu’elles ne le sont pas c’est parce qu’on les empêche d’exprimer leur puissance. Les femmes c’est la force combinée à la subtilité […] Quand vient le moment d’arrêter un titre, ce sont les symboles et les idées immédiates auxquelles renvoie le mot qui guident notre choix. La femme, c’est un symbole qui touche tout le monde. L’origine de la vie, de la création. Y’a pas plus puissant que ça ! La croix, c’était déjà ça… Notre nom a été adopté dans la même démarche symbolique. Sans compter que la Justice est personnifiée par une femme…" Et la boucle est bouclée.

Excès passés

En 2008, aux lendemains donc du premier album rouleau compresseur "†", sortait le premier live de Justice, enregistré cette même année au Concourse Exhibition Center de San Francisco. L’album était assorti d’ un documentaire en DVD retraçant de façon un chouïa romancée partie de leur tournée américaine, dirigé par So Me et le talentueux Romain Gavras du collectif Kourtrajmé . "On s’est rendu compte qu’il se passait tout le temps des trucs incroyables qui méritaient d’être filmés. Alors on a imaginé faire un documentaire musical qui ne parle pas de musique, qui puisse intéresser ceux qui n’avaient même jamais entendu parler de Justice ou écouté le moindre de nos morceaux. Il fallait que ce soit divertissant pour tous ."

Et divertissant ce fut. On y découvrait des protagonistes hauts en couleur ou simplement excessifs. Au programme : excès, débauche light , sexe, alcool, religion, armes à feu… Un brin de provoc’ à la Justice. "Une perspective accélérée de notre réalité. Trois semaines d’aventures condensées ."

On imaginait donc la paire très portée sur la chose festive. Mais l’on s’était bien trompé. Car il y a l’image qu’on s’en fait et la réalité de Gaspard Augé (37 ans) et Xavier de Rosnay (34 ans)… "Nous n’avons jamais vraiment embrassé la vie de DJ et tout ce que ça peut suggérer. Là on tourne pas mal pour faire la promo de ce disque, mais Gaspard et moi n’avons jamais été des fêtards forcenés. On mixe très peu en définitive, ça a été calme ces dernières années. Depuis 2012, on ne le faisait qu’une ou deux fois l’an. Cela doit rester un truc marrant avant tout, que l’on fait quand de chouettes occasions se présentent. Et là, pour l’instant, il s’agit de se concentrer sur ce que va être le live, les concerts et la tournée qui s’annoncent." Ambiance studieuse...

Rencontre : Nicolas Capart

> "Woman" > 1CD/LP (Ed Banger/Warner). Au Dour Festival, le 16 juillet 2017.

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