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Le bon élève Mick Jenkins

mickjenkins1-6.jpgMardi soir. Oncle Sam s'est endormi dans le canapé tout groggy. Et nous nous apprêtons pour un petit concert de rap brassé Outre-Atlantique. Notre 1er sous l'ère Trump. On a beau ne pas être Américain, on se sent quand même un brin subversif. Au moment de prendre la route, un doute s'empare de nous et impose vérification de la destination. Si c'est d'ordinaire le VK –  l'AB parfois – qui convie ce genre d'artistes-là, c'est bien au Bota que nous avons rendez-vous cette fois. 

Terrain de jeu longtemps déserté par le centre culturel (francophone) bruxellois – si ce n'est quelque DJ contest et autres prestations sporadiques d'artistes du cru – , le désormais omnipotent hip hop a donc retrouvé sa place côté Jardin. Mieux vaut tard que jamais. Le programmateur des lieux, Paul-Henri Wauters, a eu là d'autant plus de flair qu'il signait mardi un doublé, en misant sur ces musiques jadis boudées que l'on dit urbaines. Orangerie à guichets fermés pour la venue de la talentueuse chanteuse britannique r'n'b/nu-soul Nao, et Rotonde comble pour celle du rappeur Mick Jenckins, celui pour qui l'on bravait le froid ce soir-là.

Point trop fantasque, à l'inverse de bien de ses collègues, le prodige de 25 printemps est sobre, efficace, plutôt doué avec un micro et déjà pourvu d'une belle ribambelle de hits. Comme au Pukkel cet été, où le jeune homme avait impressionné, Mick Jenkins est accompagné d'un batteur et d'un DJ. Et c'est "Spread Love" et sa vibe légèrement r'n'b qui nous cueillent quasiment d'entrée. Premier single de son très bon premier album studio, "The Healing Component", sorti à la rentrée. Un rap plutôt technique, toujours sur le fil, parfois chanté mais le plus souvent scandé. Exercice compliqué qui parfois provoque de petites embardées. Mais le gaillard sait se débrouiller, même s'il semble ce soir un tantinet enroué. Un petit "Fuck the police" des familles (emprunté à NWA) plus tard, le matou (dans la gorge) est maté.

Toute la palette de notre hôte y passe : de "Jazz", géniale berceuse du bitume chicagoan, au rap plus sombre et introspectif de "Daniel's Bloom" et ses refrains néanmoins groovy. Emporté par son propre flow, l'Américain en oublie les paroles de ce dernier morceau… L'occasion de nous marteler une énième fois son incontournable mantra : "Drink more water". S'il est évidemment important de bien s'hydrater, il y a derrière cette maxime un sens caché. "It means seek more truth" ("Cela veut dire chercher plus de vérité"), nous explique l'intéressé.

Puis, notre hôte philosophe un temps, glorifie le pouvoir de l'amour ardemment, et déroule "Your Love" et sa basse métallique rétro-guimauve. C'est son côté Charles Bradley du rap-jeu... S'ensuit un "Dehydration" un chouilla plus tendu qui vient encore brouiller les pistes. C'est qu'il est complexe ce Mick Jenkins, ni thug ni enfant de choeur, ni bisounours ni agressif, ni old school ni totalement nouvelle école et toujours résolument moderne… Complexe mais diablement doué. A tel point qu'on se dit que ce DJ apathique et ce batteur endormi ne sont pas vraiment à la hauteur du maître de cérémonie.

Avant de nous quitter, l'homme au micro commande un joyeux mosh pit pour "Social Network (Gang)", petite tuerie bondissante qu'il co-signa avec ses potes de Chicago Hurt Everybody. Jenkins se joindra d'ailleurs à la foule pour sauter à pieds joints, ce qui nous vaudra une scène plutôt drôle d'un agent de sécurité trop zélé, pris dans un tourbillon certes bon enfant pour "protéger" l'artiste, mais au final quand même copieusement secoué. Ça fait toujours ça la première fois.

Nous nous attendions à quelques "Fuck Donald Trump" en règle, à base de gorges déployées et de majeurs tournoyants. Pourtant, il fallut attendre le retour en coulisses de Jenkins qui, lui, n'aborda pas vraiment le sujet. Soudain réveillé, son DJ s'en chargera, enchaînant trois tubes hip hop US imparables (A$ap Rocky "Lord Pretty Flacko Jodye 2", Kendrick Lamar "Alright", Schoolboy Q "That Part") et l'hymne rap anti-Trump (sortie en avril dernier) de YG & Nipsey Hussle, "FDT (Fuck Donald Trump)", que l'on risque d'entendre pas mal dans les prochaines semaines.

Nicolas Capart

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