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Paul Simon garde la pêche

21_51_17_246570038__DSC0076.jpgMardi soir, si le bunker forestois était en mode club, il n'en était pas moins copieusement rempli pour la venue de la légende américaine Paul Simon.

Paulo a 74 printemps. L'autre Paulo, l'Américain. Avec une carrière entamée à l'âge de 15 ans, Simon le grand romantique qui n'eut de cesse de chanter l'amour, l'éternel globe-trotter qui promena ses notes de Jamaïque au Brésil en passant par l'Afrique, envisage sérieusement la retraite, lassé par une planète show-biz dans laquelle il ne se reconnaît plus et fatigué par six décennies de scène trépidantes. C'est ce qu'il annonçait au début de l'été, dans la foulée de la sortie de son 13e album, "Stranger to Stranger". Un disque qu'il emmenait avec lui et ses valises de tubes passés lors d'une tournée européenne qui s'achèvera le 21 novembre prochain du côté de Dublin. Et qui, cette semaine, faisait escale à Forest National (crédits photos : JC Guillaume).

A l'arrivée de Paul Simon, c'est l'ovation. L'attente était grande et l'accueil se veut chaleureux. L'homme débarque d'un pas décidé dans une veste mauve du plus bel effet. Sur scène, une multitude d'instruments ont été installés (cuivres, cordes, accordeon, piano, claviers et percussions) et pas moins de neufs musiciens foulent les planches pour l'épauler. Pendant deux heures et demie, ce très petit (1m60) maître de cérémonie les commandera au doigt et à l’œil, à défaut de baguette.

Cela commence avec l'instrumental "Gumboots" et un riff de guitare tropical comme les affectionne tant Paul Simon. Lui qui, comme personne, a su conjuguer les notes occidentales à l'orientale, ou l'inverse, c'est selon. Un son pop global aujourd'hui très prisé et souvent faiseur de succès, qu'un groupe comme Vampire Weekend par exemple a su reprendre à son compte et moderniser.

Si les jeux de lumières ne sont pas très beaux et pour le moins vieillots, cela ne semble en aucun cas déranger une foule assise mais enthousiaste, qui déjà s'échauffe les paumes sur "The Boy in the Bubble". Grâce à "50 Ways to Leave your Lover", elle pourra se dérouiller le bassin ou du moins les chevilles. Puis arrive "Dazzling Blue", plus posé, qui prouve à ceux qui en doutaient que la voix de Simon est toujours bien là. L'occasion pour notre hôte de nous raconter les débuts de sa romance avec sa dulcinée – 3e du nom – Edie Brickell, de 25 ans sa cadette, rencontrée à Bruxelles en juin 1989 alors qu'elle ouvrait ici-même le concert de Bob Dylan. "Cette chanson parle de ce bleu si particulier qu'elle aime tant… Moi ici, c'est un peu notre anniversaire".

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Paul y va de sa petite danse sur "That was your Mother" et, plus loin, prolonge le déhanché sur "Mother and Child Reunion". La famille demeure en effet un sujet de prédilection de ses chansons (cf. "Cool Papa Bell" sur son petit dernier), lui qui eut trois épouses, quatre grands amours et quatre enfants. Nous aurions aimé entendre le magnifique "Father & Daughter" pour compléter le tableau mais il n'en sera rien. C'est le hit de 1972, "Me and Julio Down by the Schoolyard", qui résonne et fait encore un peu monter le mercure dans l'antre bétonnée de Forest. "Spirituel Voices" est ensuite l'occasion pour Simon de nous conter ses aventures sur la rivière amazonienne, sa rencontre avec un guérisseur, sa découverte de l'ayahuasca. Puis, "Stranger to Stranger", issu de l'album du même nom, est le premier nouveau morceau décliné. Il y en aura trois au total, dont nous retiendrons surtout "Wristband" et tenterons d'oublier au plus vite "The Werewolf".

Peu après l'heure de jeu, Paul Simon offre enfin aux nostalgiques quelques notes héritées de son mythique duo avec Art Garfunkel, "Homeward Bound" et "El Condor Pasa". S'ils ont tenté quelques fois de se retrouver ensemble sur scène (à Central Park en 1981, le temps d'une tournée en 2004, pour une autre avortée en 2009), les deux anciens complices ne se sont pas quittés en bons termes, le second n'ayant jamais pardonné au premier d'avoir sabordé leur tandem au sommet de sa gloire pour poursuivre en solo.

Reste deux titres à Paul Simon pour finir en beauté et conduire la foule au rappel. Ce sera "Diamonds on the Soles of Her Shoes", qui fera lever la salle, avant l'incontournable "You Can Call me Al", qui verra Simon tomber la veste sur un lit de percussions et dont les trompettes feront danser les plus réfractaires.

De retour sur l'estrade, le chanteur quitte l'Afrique et déroule une version de "Graceland" aux atours country, prolongée par "Wheels", plage instrumentale empruntée à Chet Atkins, père du son de Nashville. Pour la première fois, quelques téléphones s'allument dans l'obscurité du parterre, mais ici point de voie lactée, la moyenne d'âge ne le permet. Enfin, "Still Crazy After All These Years", déroulé en version crooner et charmeur, vient à nouveau conclure le show.

Deuxième rappel pied au plancher avec "Late in the Evening". Il est 22h10. Cela fait deux heures que Paul Simon a entamé son tour de chant. Il offrira encore vingt-cinq minutes de bonheur à son public extatique. Et pas le moindre signe de fatigue à l'horizon. En bout de course, on encaisse le magnifique "The Boxer" dans une instrumentation plus légère et ponctué des "lalalaï" d'une chorale populaire totalement séduite. Le troisième et ultime rappel sera pour l'hymne "The Sound of Silence", seul en scène en version acoustique recueillie, et religieusement accueilli.

Nicolas Capart

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