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Nels Cline, le plaisir de jouer avec Wilco

14_50_01_521621300_Reporters_11734653.jpgLe sextet américain remplit deux soirs d’affilée l’AB de Bruxelles jeudi et vendredi. Entretien avec son incroyable guitariste Nels Cline, qui fait partie de Wilco depuis 2004. A chacune des dates, une chanson plébiscitée par les internautes est interprétée. (photo Mario Balsarini/Reporters)

Si son nom n’est guère connu du grand public, Nels Cline est pourtant un guitariste recherché. Le magazine “Rolling Stone” ne s’y est pas trompé, qui l’intégrait en 2011 à son Top 100 des meilleurs guitaristes établi en 2003 – il occupe la 82e place, la première étant squattée par Jimi Hendrix. En 2004, le musicien intégrait Wilco, groupe originaire de Chicago évoluant sous bannière americana (qui mêle rock et musiques traditionnelles américaines dont la country et le folk).

Né en 1956, Nels Cline est un musicien extrêmement doué, techniquement incroyable, reconnu par d’aucuns pour sa grande palette sonore et son sens de l’exploration. Depuis les années 80, il a été guitariste invité sur plus de 200 projets. Il vient de sortir un album solo, “Lovers”, qu’il couvait depuis 25 ans.

Aux côtés de Wilco, il ne cherche pas à impressionner. Son jeu est virtuose, mais il ne donne jamais l’impression de se livrer à un exercice de style. Alors qu’on le joint, le 12 octobre dernier, par téléphone, quelques heures avant le concert de Wilco au Teatro Caupolicán de Santiago du Chili, c’est avec un enthousiasme non feint qu’il transmet son amour du son.

En tant que guitariste davantage tourné vers l’expérimental, qu’est-ce qui vous a parlé dans la musique de Wilco pour vous amener à rejoindre le groupe en 2004 ?

Avant, les différentes choses que je faisais ne me permettaient pas de gagner ma vie. Wilco m’a donné l’opportunité de vivre de la musique tout en jouant dans un groupe. Stylistiquement, Wilco offre de nombreuses possibilités. Et son public n’attend pas que l’on joue les hits chaque soir. D’ailleurs, nous n’avons pas de hits. (rires)

Wilco comporte une fameuse clique de musiciens géniaux ; quelle place pour l’ego dans une telle configuration ?

Nous avons un leader, Jeff Tweedy, qui est expérimenté et, je pense, intelligent et talentueux. Avec lui, les choses coulent de source. Je ne pense pas à mon ego quand je joue dans un groupe : je veux honorer la musique, de la meilleure façon qui soit. Je n’ai pas rejoint Wilco pour être remarqué, mais pour jouer de la musique. Et je pense que chaque membre du groupe a la même idée.Comment se construit l’alchimie du groupe ?Quand nous avons conçu “Sky Blue Sky”, qui était le premier album avec le line up actuel, je pense que Jeff avait l’idée d’un disque très “collaboratif”. Si l’on prend l’exemple du morceau “Side with the Seeds”, chacun pensait savoir où mener la chanson, différentes idées sont arrivées en même temps. Pourtant, cela a pris du temps pour la terminer. Aujourd’hui, après 12 ans, quand nous œuvrons à un disque, tout se met très vite en place. Nous n’avons plus besoin d’aller en studio et essayer vingt idées.

Avez-vous l’impression de pouvoir donner la même chose en acoustique qu’en électrique ?

Oui et non. J’ai beaucoup joué de la guitare acoustique dans les années 80. J’ai aimé cela. J’aime les limites de jouer sans aucun effet parce que je peux juste me concentrer sur les mélodies, harmonies et rythmes, et pas trop sur les textures de son, le domaine pour lequel j’ai montré le plus de dispositions. Je ne sais pas comment j’en suis venu à prendre cette voie, mais je l’ai fait, en quelque sorte accidentellement. Mais jouer de la guitare acoustique est extrêmement satisfaisant, parce que je peux juste essayer de jouer la note appropriée, ou avec une belle sonorité, jouer un bel accord (rires). Je ne peux pas encore faire des trucs psychédéliques (rires). Avec des guitares préparées, on peut obtenir d’étonnantes harmoniques. C’est quelque chose que vous pouvez notamment entendre dans la musique de Derek Bailey ou Fred Frith, ou des gens comme eux, qui créent des sons audacieux. J’y pense parfois.

Wilco est un groupe de Chicago. Vous êtes originaire de Los Angeles, installé maintenant à New York. Quelle approche avez-vous des différentes scènes musicales ?

New York a une scène musicale comme nulle part ailleurs au monde. Chaque semaine, vous pouvez tomber sur un musicien complètement dingue qui vit quelque part à Brooklyn. Pour moi, continuer à jouer en ayant la possibilité d’essayer de nouvelles idées est une des choses les plus géniales qui soient. J’aime cette ville et j’avais envie d’y vivre depuis longtemps. J’y ai déménagé parce que je suis tombé amoureux et que je me suis marié.

Et Chicago ?

Chicago possède sa propre vibration, qui est très dure, celle d’une ville ouvrière. J’ai eu la chance de pouvoir jouer avec des musiciens improvisateurs originaires de Chicago. Pas seulement les membres de Wilco qui vivent là-bas. Aussi les fantastiques musiciens contemporains comme Dave Rampers, Jim Baker, Jeff Parker ou Frank Rosaly.Wilco est fort actif sur Twitter. A différents niveaux. En septembre dernier, vous exhortiez les citoyens américains à aller s’inscrire pour voter…Jeff Tweedy possède une conscience politique aiguisée. Il se mobilise pour que les gens n’aillent pas voter pour ce “cochon dégoûtant” (Donald Trump, NdlR). Ceci dit, nos chansons ne sont pas engagées, c’est juste de la musique populaire. Ce qui est en train de se passer pour le moment aux Etats-Unis est très préoccupant, particulièrement si l’on est une personne sensée.

Les internautes choisissent un morceau de la setlist

Vous donnez la possibilité à vos fans de choisir un morceau à chacune des dates où vous vous produisez. Y a-t-il des chansons qui reviennent plus souvent que d’autres  ?

Il y a parfois des demandes pour des chansons que nous comptions de toute manière jouer. Par exemple, “Impossible Germany” fait partie de celles-là.

Y a-t-il des choix qui vous étonnent  ?

Oui, des chansons qu’on n’a plus jouées depuis très longtemps ou des titres très obscurs. Parfois, il y a 20 votes pour un même morceau obscur. Alors on se dit que c’est la même personne qui a “trafiqué” le système. Ce n’est pas possible que 20 personnes de Columbia (Missouri) aient envie d’entendre “Deeper Down” extraite de “Wilco (The Album)”. Une chanson qui n’est pas demandée très souvent. Nous ne l’avons plus jouée depuis la sortie de cet album. Parfois, nous testons certains titres lors de notre soundcheck et nous les travaillons pour les jouer.

Un exemple  ?

Glenn, notre batteur, était dans la rue aujourd’hui et deux personnes lui ont demandé de jouer “I’ll Fight”, extrait de “Wilco (The Album)”. On ne joue pas souvent cette chanson en live. Il se fait qu’au Chili, ce titre passe à la radio, mais nous ne le savions pas. Nous devons aussi faire attention à l’équilibre, que cela soit divertissant et dynamique. S’il y a trop de demandes pour des chansons tristes, cela risque de ne pas être un concert passionnant. (rires)

Si vous vous mettiez à la place d’un fan, et que vous deviez choisir une chanson, laquelle prendriez-vous  ?

 Il y en a beaucoup. J’adore “Radio Cure” (de l’album “Yankee Hotel Foxtrot”, NdlR). Des chansons que nous ne jouons pas assez à mon goût sont celles de “Mermaid Avenue” (Billy Bragg&Wilco, 2000), avec des paroles de Woody Guthrie.

Rencontre : Marie-Anne Georges

Lien permanent Catégories : Concerts, International, Interviews 0 commentaire Pin it!

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