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Warhaus, ode à l’amour et à l’amer

57c85e5c35709333b7f74161.jpgMaarten Devoldere, l’un des leaders de Balthazar, publie un envoûtant album solo qui sort ce vendredi. Rencontre.

Encore trois festivals néerlandais, un belge et un corse, et puis s’en ira : quand l’été tirera sa révérence, le groupe Balthazar, fleuron de la pop noir-jaune-rouge, entrera en hibernation pour plusieurs mois. Mais ses membres ne chômeront pas. Trois d’entre eux développent un projet solo. Le bassiste Simon Casier, alias Zimmerman , publiera son album le 25 novembre. Jinte Deprez, un des deux leaders du groupe, est occupé à composer sous le nom J. Bernardt. Quant à son coéquipier Maarten Devoldere, il publie, ce 2 septembre, sous le nom Warhaus, un disque intitulé "We Fucked A Flame Into Being". La phrase est tirée du livre "L’Amant de Lady Chatterley" de H.D. Lawrence, pour la petite histoire.

 

La voix fascinante du Courtraisien, mélange de morgue et de sensualité, de nonchalance et de profondeur, s’acoquine ici avec une voix féminine lascive, et serpente sur des rythmiques appuyées. Des grooves hypnotiques portés par des percussions exotiques et dardés de détonants pianos, guitares et trompettes. Les ombres de Serge Gainsbourg, de Leonard Cohen et de Nick Cave flottent ici et là dans le ciel de Warhaus. Entre autres (lire ci-dessous).

Pour se concentrer sur son album, Maarten Devoldere s’est isolé, loin de la vie trépidante des tournées et des fêtes incessantes. "J’ai passé deux mois sur un bateau, à Gand. Un vieux remorqueur, tout rouillé, assez petit. J’avais amené mon matériel d’enregistrement et mes instruments", raconte-t-il. Le mot "Warhaus" était gravé dans la coque. "Un nom de famille, j’imagine. Je ne sais pas. J’aimais sa sonorité."

La beauté de l’insaisissable

Sur son rafiot, Maarten Devoldere a donné un coup d’accélérateur à ce projet solo qu’il concocte depuis plusieurs années . Cet album, il en parle comme d’une "ode à l’amour. A ses excès et à sa nature insaisissable" , précise le chanteur dont la plume n’est pas trempée dans l’eau de rose. Dans "I’m not him" , il chante : "Loving you isn’t easy you know/But it’s a motherfucker not to do so […]/You’re an angel or a whore/Tell me who you’re working for" (T’aimer n’est pas chose facile, tu sais, mais ce serait une connerie de ne pas le faire. Es-tu un ange ou une traînée ?/Dis-moi pour qui tu bosses).

Des chansons d’amour, il y en a de mille et une sortes. Quelles sont ses références en la matière ? "Pour moi, une bonne chanson d’amour est celle qui combine à la fois des petites choses quotidiennes, instinctives, et d’autres plus spirituelles et poétiques, tournées vers les étoiles. Leonard Cohen est un maître à ce jeu." "J’aime beaucoup ‘Perfect Day’ de Lou Reed , cite Maarten Devoldere. La chanson est romantique, à la base. Le gars chante ‘c’est une journée parfaite, on se balade au parc, on va au ciné…’. Mais il ajoute ‘j’ai imaginé que j’étais quelqu’un d’autre, quelqu’un de bien’. Il amène une touche amère, sombre. J’aime ce décalage."

Passion, désir, mais aussi "désordre", "confusion", "illusion" : l’amour est sans cesse associé à ces notions dans Warhaus. "Ces émotions sont sombres mais elles sont belles. Ce chaos, ces moments désordonnés donnent de la poésie à la vie, et m’inspirent. J’écris sur ce que je ne comprends pas chez une fille, pas sur ce que je saisis d’elle. Sur ces zones noires qu’on remplit avec son imagination." "Keep your secrets, keep your danger", chante-t-il dans un morceau. En somme, vive "ces endroits inconnus où la vie nous mène. De nos jours tout le monde veut tout maîtriser (avec les applicationss des smartphones), tout comprendre. Personnellement, je n’ai pas envie d’aller chez un psychothérapeute."

Tandem contrasté

S’il laisse une place aux zones d’ombres, l’album n’est, musicalement, pas plombé. Il joue plutôt la carte directe, légère, envoûtante. "Je ne voulais pas d’un album déprimant. Et j’aime les contrastes, les contradictions", appuie Maarten Devoldere. A cet égard, il attire l’attention sur le tandem vocal qu’il forme avec sa choriste (et compagne) Sylvie Kreusch. "Dans Warhaus, elle incarne le côté frivole, la fille qui danse, la voix naïve - même si on réalise que c’est elle qui maîtrise la situation, un peu comme la ‘Lolita’ de Nabokov. "

Tout bénéfice pour Balthazar

Et Balthazar dans tout cela ? L’aventure se poursuit-elle ? La flamme est-elle toujours là ? "Oui. Nous n’allons plus jouer pendant un an (chacun va tourner avec ses propres projets), ensuite nous ferons un nouvel album" , annonce le co-leader du groupe. "C’est une bonne chose que chacun aille ainsi ‘voir ailleurs’; c’est bon pour aviver la passion, on crée du mystère l’un envers l’autre, un manque."

 

Sophie Lebrun

> 1 CD Pias, En concert le 14/10 à Liège (Reflekor), le 15/10 à Bruxelles (ABClub), le 31/10 à Namur (Beautés Soniques)…

 

Influences: clins d’œil assumés

La chanson "I’m not Him" (entre autres) rappelle étrangement "Elle et moi" de Max Berlin, morceau-phare des années 80. "Je comprends , répond Maarten Devoldere, même si au départ je n'avais pas pensé à ce morceau, que je connais cela dit. Quand on travaillait sur l’album, Jasper Maekelberg (musicien et coproducteur) a trouvé, de fait, qu’il y avait une ressemblance, alors on a réécouté ‘Elle et moi’ ensemble, et on a décidé de mettre le même son de cloche (cowbell) dans ma chanson !" Dans un autre genre, comment ne pas songer, en entendant les chœurs ponctuant "Memory", à "Sympathy for the Devil" des Rolling Stones ? Le chanteur acquiesce. "On a 60 ans de pop derrière nous, j’ai écouté pas mal de musique. Dans les paroles aussi, j’utilise des citations. Je suis un voleur, sourit Maarten Devoldere. Bob Dylan aussi l’était, tout le monde vole. A partir du moment où cela aide à raconter vos propres histoires…"

Sous la loupe: l’art et l’argent

Un morceau dénote dans l’album : "Against the Rich". "C’est la première fois que j’écris une chanson qui ne parle pas d’une fille", confie Maarten Devoldere. Dans ce titre, le narrateur observe, lucide et désabusé, les paradoxes de sa vie d’artiste à succès. " Il y a cette tension notamment : vous vous retrouvez dans le monde des affaires, du showbiz, à parler argent, alors que votre musique vient de quelque chose de très pur au départ." "Cela me fait sourire , poursuit-il. Ma vie dans ce vieux bateau avait quelque chose de très romantique, j'étais là comme un reclus, loin du monde. Mais quand j'avais faim, je me faisais livrer un plateau de langoustines !"

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