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Veence Hanao : "Cela fait 10 ans que le rap est en haut du classement…"

VENCEE_HANAO.jpgFigure émérite de la scène, le Bruxellois a retrouvé le chemin du studio. Il analyse avec recul le succès de ses cadets. Entretien.

En 2006, il faisait ses premières apparitions sur les planches parmi les joyeux drilles Festen, et se faisait un nom du côté des scènes slam. Puis c’est en duo avec Noza au sein du projet Autumn, et enfin en solo qu’il poursuivait sa route le temps d’un EP et de deux albums, avant de devoir mettre les notes entre parenthèses.

 

Le problème d’oreille qui fit raccrocher le micro il y a un peu plus d’un an à Veence Hanao n’est pas résolu. Le Bruxellois est toujours à moitié sourd d’un côté, subit des crises d’acouphènes et d’hyperacousie à répétition. "C’est compliqué, pour faire de la musique mais aussi dans la vie de tous les jours. J’ai fait le tour des traitements, des alternatives, des reconversions possibles. Mais l’envie de musique est toujours forte et cela fait quelques mois que j’ai repris le chemin du studio et recommencé à chipoter un peu." Pas de finalité pour l’instant, ce serait prématuré, mais Veence a remis le pied à l’étrier. "Je me protège l’oreille au maximum, je bosse avec des volumes sonores raisonnables. J’y perds un peu de plaisir, celui de ressentir physiquement le son, mais je rebosse…"

Le rap "made in plat pays" a donc le vent en poupe, Veence l’a constaté depuis belle lurette. "Aujourd’hui, les rappeurs belges s’assument à fond. La scène est totalement décomplexée […] Les gens sont surpris de cet engouement, comme s’ils ne l’avaient pas vu venir. Il n’y a qu’en Belgique que les institutions, certains médias ou labels considèrent toujours le rap comme un genre émergeant. Pourtant, cela fait 10 ans qu’il est en haut du classement. Alors que les artistes d’hier devaient faire tomber les barrières et conquérir des terres, ceux d’aujourd’hui débarquent à une époque où le rap est déjà dans les chaumières." En tant qu’acteur de cette scène depuis une décennie, il nous semblait un interlocuteur éclairé pour décrypter l’avant-après et les raisons de ce succès. Il en pointe quatre :

Le talent

"Il y a beaucoup de talent, les gars sont doués et font le job de manière assez professionnelle, les clips sont bien foutus, les rappeurs ont une identité… C’est de loin la première raison de ce succès."

L’effet de groupe

"L’environnement professionnel de ces artistes a évolué, les nouveaux sont bien entourés. Les artistes se côtoient, se soutiennent, se donnent de la force. Des ponts se créent. La logique est d’avancer ensemble. Il y a des co-plateaux qui s’organisent pour les concerts, des grosses tournées, des collaborations avec des rappeurs français pour gagner en visibilité…"

La société

"Une sorte de mode, de tendance… Il y a 10 ans, quand tu faisais du rap, tu touchais 200 personnes à Bruxelles, en tout et pour tout. Ce n’était pas la musique que les jeunes, au sens large, écoutaient. Fallait aller les chercher sur leur terrain. Maintenant, toute une génération a grandi avec le rap. Cette musique a toujours fait partie du paysage pour les jeunes d’aujourd’hui, elle squatte même le classement des meilleures ventes désormais. Il y a peu, j’ai croisé du côté de Woluwé une unité de scouts, âgés de 10-12 ans, qui chantaient en chœur et à tue-tête le morceau ‘Egérie’ de Nekfeu dans la rue."

La communication

"L’accès à tout en temps réel. Les artistes digèrent des influences venues de partout, ont les pieds dans l’ère du temps, et cela a une influence sur la création […] Là où ma génération a vu débarquer Internet et a dû y adapter sa logique de développement, la nouvelle génération maîtrise déjà l’outil à fond, et s’adresse à un public qui le connaît par cœur lui aussi. Plus besoin des médias traditionnels. Nous, on a passé des années à se prendre des portes de radio parce que cela nous semblait un passage obligé pour toucher une audience plus large. Aujourd’hui, les gars se font une fanbase en postant seuls leurs sons, et on ainsi un contrôle total de leur carrière et de leur image. La bande FM viendra les courtiser plus tard, quand elle s’apercevra qu’ils sont devenus bankable. Le rapport s’est inversé. Ces médias n’ont pas participé au développement de la scène mais essaie désormais de la récupérer. Il a fallu que les Français nous fassent prendre conscience de ce qui se passait chez nous pour réveiller les médias belges. Les Inrocks flashent sur Hamza, du coup l’AFP se fend d’une dépêche, du coup tous la reprennent ici. A quelques exceptions près, les médias en Belgique sont juste des suiveurs, ne font que commenter des ascensions ayant déjà eu lieu…"

Propos recueillis par Nicolas Capart

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