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La galaxie Miles Davis

Untitled.jpgUn site Internet compile les tenants et aboutissants d’un musicien hors normes. Oui, Miles est toujours là. 

Qu’ont en commun une campagne de pub d’Apple, un tatouage sur Lady Gaga et un sous-genre de trilobites (et l’on reste poli) ? Tous font partie de la galaxie Miles Davis sur l’Internet, selon le site Wikipédia en anglais. Ce ne sont que trois des 2 452 pages Wiki répertoriées par les petits malins de la société Polygraph en association avec Legacy Recordings, la division catalogue de Sony Music dans laquelle Miles occupe une place notoire. Ainsi est née la plateforme interactive "The Universe of Miles Davis". Elle tombe pile au moment où le jazzman aurait eu 90 ans, le 26 mai dernier, et bientôt 25 ans après sa mort, le 28 septembre 1991, à 65 ans.

 

Entre Picasso, Einstein, Ghandi

Pour en revenir à la campagne Apple, celle-ci remonte au temps où l’entreprise d’électronique était dans le trou, durant les années nonante. Les affiches montraient les portraits de Picasso, Lennon-Ono, Charlie Chaplin, Bob Dylan, Albert Einstein, Ghandi, ou Buzz Aldrin, deuxième homme sur la Lune (20 juillet 1969), le tout avec le slogan "Think Different". Miles Davis était du lot censé valoriser le côté "contre-culture", Steve Jobs dixit, de la marque à la pomme, y en a !

Jamais en reste question image, ladite Lady Gaga, à l’époque de ses duos avec le crooner vétéran Tony Bennett, s’est fait tatouer la trompette à sourdine de Miles Davis là où il restait de la place, à l’intérieur de son bras droit. Rien à voir bien sûr avec le trilobite, arthropode marin fossile dont un sous-genre a été appelé Milesdavis. Tout ça pour montrer à quel point est vaste la galaxie du trompettiste, qui touche tous les aspects de la société, médias, mode, politique, science.

574d595035708ea2d6055a40.jpgUne petite Miles "Sur la route" avec "Donna Lee"

Sur les 2 452 pages Wikipédia, 1 005 ont trait à des gens, 859 à des enregistrements, 96 à des lieux et 492 à des sujets divers comme une bière nommée Miles. On peut la siroter en lisant "Sur la route" de Jack Kerouac, la musique du trompettiste faisant partie de la bande-son du livre. Et pourquoi pas en écoutant "Donna Lee" ? Signé Charlie Parker et Miles Davis, ce standard est basé sur les changements d’accords de la chanson "Back Home Again in Indiana". Cela s’appelle une contrafacture, et la page Wikipédia de "contrafact" cite Miles Davis, tout comme la page "motherfucker", une injure que les jazzmen avaient l’habitude de tourner en compliment.

Les petits rigolos de Polygraph ont aussi établi une ligne du temps des occurrences, dont les pics coïncident avec la parution d’albums charnières comme "Kind Of Bue" (1959) ou "Bitches Brew" (1970). On n’observe pas de chute notoire après le décès du musicien, en 1991. Dans la foulée, ces références sont regroupées en catégories telles que crédits (d’album, de composition, d’interprétation, etc.), section d’introduction de la page, histoire, biographie ou influence.

Entre Marley, Sinatra, BB King

Cette dernière est la plus drôle. Revendiquée ou créditée, l’influence peut éclairer une démarche artistique, pour autant qu’il y en ait une. Il est des références dont il fait bon s’affubler, question crédibilité, et Miles est de celles-là. Quand une rappeuse comme Kat Dahlia, 26 ans, cite le trompettiste au milieu de BB King, Bob Marley, Led Zeppelin et Frank Sinatra, on y croit.

Comme influence, Miles est souvent cité ou crédité en compagnie de Duke Ellington ou de John Coltrane. Tous ceux qui jouèrent avec le trompettiste, surtout ceux de ces trois quintettes historiques, ont bien sûr été dans son champ magnétique, mais l’inverse est aussi vrai. Pour renouer avec le public afro-américain qui s’était écarté du jazz fricotant avec le rock, Miles aimait bien les artistes funk, soul ou rhythm’n’blues comme Billy Preston, Sly Stone ou Prince. Là aussi, l’influence va dans les deux sens.

Dans la musique populaire, beaucoup d’artistes ont puisé au jazz davisien de façon très claire, comme Donald Fagen (Steely Dan), King Crimson, Joni Mitchell, Carlos Santana, Radiohead époque "OK Computer". Les classiques de l’école minimaliste tels Terry Riley ou Steve Reich aussi. Miles relie les strates musicales, c’est l’une de ses gloires. En guise de bémol, le site en question ne recouvre que l’univers anglophone, laissant de côté des centaines de référence à Miles Davis, comme Saint Germain ou Marc Moulin par exemple.

Pas toujours jojo, le gars

Et puis Wikipédia reste Wikipédia, une entreprise collective d’origine US qui peut gommer certains aspects moins reluisants d’une personnalité. Si la dépendance du musicien aux drogues dures fait partie du portrait, il n’est nulle mention de la violence de ce séducteur vis-à-vis des femmes. Une face sombre du personnage par lui-même reconnue dans "Miles", ses mémoires, et que sa première femme, Frances Davis, ne s’est pas privée de dénoncer dans le "New York Times".

Dominique Simonet

> http ://polygraph.cool/miles.

 

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