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Arno, du pareil au même

Arno_HumanIncognitoDannyWillems15DW1299.jpgOù qu’il se déplace, Arno a tout d’un “human incognito”, anonyme dans la foule que personne ne vient déranger. Sur la pochette de son nouvel album, le 33e, le chanteur belge, 66 ans, apparaît sans mains ni tête, comme un épouvantail. Pas du genre à qui on demande un selfie ? “J’dois être maquillé pour faire ça. Moi, ch’suis pas maquillé”, vous lance-t-il, de cette façon toute personnelle qu’il a de désamorcer le propos. (photo Danny Willems)

Les années passent, le chanteur reste désopilant, même si, parfois, son humour lasse. Ses métaphores, aussi. “J’oublierai jamais, notre premier baiser/Quand ta langue est rentrée/Rentrée dans ma bouche,/Comme une nouille sautée” (“Oublie qui je suis”). “J’écris des chansons comme je parle. Si t’aimes pas, t’aimes pas, je peux pas plaire à tout le monde”, rétorque-t-il alors qu’on lui fait part de notre désappointement. Sur un autre titre, il souhaite que son “foie arrête de pleurer”. Ailleurs, il “chante une chanson absurde, turlulut” (sic), où il fait part de ses visions, “une mouche qui louche, une moule qui tousse”. Arno cultive une espèce de folklore qui réjouit les Français, chez qui il était en promo la semaine dernière.

A l’instar de Jacky Durand, chroniqueur culinaire à Liberation.fr qui, au début d’un papier consacré aux choux de Bruxelles, évoque Arno comme “le barde de la belgitude qui nous fait pleurer comme les oignons quand il chante ‘Dans les yeux de ma mère’” ? Nous aussi il nous fait pleurer, mais cette chanson date de 1995 quand même. Déjà sur son précédent opus, “Futur Vintage”, Arno nous avait déstabilisé quand il comparait les lèvres d’une femme à deux merguez. “Je suis très impulsif et je paie le bazar de ça. Quand je fais un album, je le donne aux gens et je ne l’écoute plus jamais. Peut-être 20 ans après, mais c’est pas bien pour le moral.”

La scène, envers et contre tout

Comme beaucoup d’auteurs, Arno est confronté à des textes qu’il a écrits et qu’il n’aime plus, comme à d’autres qu’il n’aimait pas et qui reviennent en odeur de sainteté. Heureusement, la scène permet de réajuster tout cela. Arno ne s’en cache pas, ses albums ne servent qu’à une chose, être défendus sur scène.

Sur “I’m Just an Old Motherfucker”, Arno chante “it’s too late to grow up” (il est trop tard pour grandir) ? “Je dis cela par rapport à moi-même. J’ai jamais eu conscience de mon âge. Quand je suis confronté à des politiciens, j’ai toujours l’impression qu’ils ont 20 ans de plus que moi, or, c’est le contraire”, rigole celui pour qui le rock est “sa thérapie, sa pilule, sa maîtresse”, ponctuant par un “je suis né vieux, je vais crever jeune”.

L’espoir fait vivre

Plus loin, Arno implore Dieu d’exister. “Please Exist”, une chanson écrite il y a un an quand ce monde qui ne tournait déjà pas très rond s’est mis à cahoter encore plus. C’est avec des images enfantines qu’il la commente. “S’il existe, j’imagine Dieu avec ses cheveux longs, sa grande barbe, sur son nuage, en train de regarder ce qui se passe en bas. Ça doit être dur pour lui.” Coûte que coûte, Arno veut vivre “dans un monde où les pessimistes sont contents, où les riches et les pauvres n’existent plus, où les malheureux sont heureux” (“Je veux vivre”). Un monde parfait ? “C’est une utopie que je chante. Quand tout est parfait, je suis dans la merde, j’ai plus d’inspiration.”

De sa voix grasse et râpeuse, Arno enveloppe aussi bien son rock blues poisseux que ses ballades de poor lonesome cowboy. “Je veux vivre”, mais aussi “Oublie qui je suis” ou “Dance Like a Goose” : quand le tempo se ralentit, suinte une ambiance fin de soirée. Slow pourri sous la boule à facettes. Guitares effilées, et notable travail sur les cuivres. “L’année dernière, on m’a demandé de jouer pour un projet, le ‘Peace and War Collectif’, commémorant le 100e anniversaire de la guerre 14-18. J’étais entouré de nombreux musiciens. J’ai demandé aux cuivres et aux deux backing vocals de venir jouer sur mon album.”

Aux studios ICP

Aux commandes de la production : l’Anglais John Parish (déjà de l’aventure “Futur Vintage”) et… l’Australienne Catherine Marks. (Rare, voire rarissime, de croiser une femme dans le monde de la production, soit dit en passant). “J’avais dans la tête un son organique. Je cherchais quelqu’un qui serait capable de me le transcrire. C’est quelqu’un de la maison de disques qui m’a recommandé d’écouter des musiques sur lesquelles elle avait travaillé (PJ Harvey, Foals). C’est une femme incroyable. C’est une prestidigitatrice. Le son de cet album, c’est vraiment ce que je voulais.” Une plaque enregistrée aux célèbres studios ICP à Bruxelles. “Ils ont tout là-bas. Des micros, des amplis, des années 50, 40. Des vieilles comme des nouvelles tables de mixage. Tu peux même nager ou aller à la salle de sport.” Même y loger. Mais Arno, lui, a préféré rentrer chez lui. Un homme d’habitudes…

Marie-Anne Georges

> En concert à l'AB le 16 avril.

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