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Esperanzah!, le festival citoyen

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Pendant trois jours, Floreffe accueille des artistes qui ont une parole. Un public, aussi, fidèle, engagé qui vient faire la fête. Et un slogan: “Tout autre chose mais pas n’importe comment.” Entretien avec Jean-Yves Laffineur, directeur du festival Esperanzah!

Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore l’origine du festival ainsi que son nom, rappelons que c’est après avoir assisté à un concert de Manu Chao que Jean-Yves Laffineur, ressentant une "émotion extraordinaire" s’est dit qu’il faudrait organiser un événement dégageant la même formidable ambiance. En 2003, le festival prend place à l’abbaye de Floreffe, sur les cendres du Temps des cerises. L’homme est habité par certaines valeurs (voir ci-dessous) et le festival qu’il va monter avec une poignée d’amis les reflétera. Esperanzah! est un festival qui possède une forte identité (crédits : Christophe Bortels).

Son objectif : divertir tout en conscientisant le public. Côtés sponsors, pas de marques qui n’auraient pas une démarche éthique. Inutile, donc, de demander une boisson pétillante sucrée d’Atlanta, par contre des bières et des jus de fruits locaux, oui.

Trois jours de festival, cela nécessite un fameux travail en amont. Comment opérez-vous ?

Je suis à l’écoute de tout et j’essaie de sentir les grandes tendances au niveau international : en Afrique, en Amérique latine, à l’Est… Repérer les groupes qui émergent, les sonorités nouvelles. J’ai pas mal de réseaux.

Concrètement, cela se traduit comment ?

Comme on est un festival particulièrement axé sur la découverte, je reçois énormément de propositions. Des centaines et des centaines provenant de groupes ou d’agents de par le monde. Je fais moi-même beaucoup de recherches sur Internet. Et par ailleurs, il y a beaucoup de gens, des fidèles du festival, qui voyagent et qui reviennent de leurs déplacements en me disant : "Tiens, Jean-Yves, j’ai entendu ça là-bas, ça m’a l’air génial, va un peu écouter." Voilà mes trois sources d’inspiration principale.

Vous accordez une place toute particulière à l’aspect "engagement"…

Je suis attentif à des artistes qui ont une parole, une prise de conscience particulière et qui sont parfois des porte-parole dans leur propre pays. Par exemple, Seun Kuti (dim. 19 heures), c’est vraiment un combattant et il est très sensible à tout ce qui se passe au Nigéria, au développement, à l’émancipation africaine. C’est ce genre d’artiste que j’aime privilégier dans le festival. Ou Massilia Sound System (sam. 20h30) à Marseille qui organisent, dans des quartiers défavorisés, des repas conviviaux ou des concerts associatifs. Il y a aussi Doctor Krapula (ven. 17 heures). Ça, c’est une véritable découverte. C’est un groupe qui marche très très fort en Colombie, il est particulièrement actif pour la sauvegarde de la forêt amazonienne. Quand Manu Chao a fait un concert en Amazonie, ce groupe faisait sa première partie. C’est comme cela que je les ai découverts.

Esperanzah! fête sa 14e édition. Chaque année, avec le CNCD (Centre national de coopération au développement/11.11.11), une thématique est mise en avant. Il y a eu l’eau, l’annulation de la dette du tiers-monde, le travail décent, etc. Cette année, le slogan est : "Tout autre chose, mais pas n’importe quoi". Pendant trois jours, le public vit dans un microcosme, rêvant d’un monde meilleur. Et après ? Retour à la dure réalité ?

Dans les années 2000, on était qualifié de festival altermondialiste. Puis on a connu deux-trois années un peu plus difficiles, il n’y avait plus de mouvement citoyen qui émergeait. Là maintenant, on développe aussi des actions en dehors du festival. Comme le mouvement "Tout autre chose". Ce n’est pas pour rien qu’on a appelé la thématique ainsi. Aujourd’hui, il y a de plus en plus d’individus, de collectivités, d’associations qui développent des alternatives à une société qui malheureusement fait encore trop la part belle à la croissance, au profit, à l’argent. Ces mouvements-là se retrouvent ici. Donc, on n’a pas du tout l’impression d’être une goutte d’eau dans la mer.

Les artistes sont au courant de l’étiquette engagée d’Esperanzah! ?

Oui, bien sûr, on communique là-dessus. C’est une façon aussi pour nous de nous démarquer. Pour certains artistes que l’on contacte, l’identité du festival devient un écho à la leur. Cela touche autant le caractère engagé du festival que la beauté du site. Asaf Avidan, par exemple, est particulièrement attentif à l’endroit où il joue.

Dans un monde idéal (plus juste, plus solidaire, etc.), Esperanzah! aurait-il encore sa raison d’être ? Quelle forme prendrait-il ?

(Rires). Je pense que dans un monde idéal Esperanzah! existerait encore. On y ferait la fête parce qu’on serait heureux.

Rencontre : Marie-Anne Georges

Ethique, mais pas toc

Quand on évoque le festival Esperanzah!, quelques mots reviennent régulièrement qui ne sont pas anodins. Nous les avons soumis à Jean-Yves Laffineur en lui demandant sa propre définition.

Musiques du monde "L’expression "festival de musiques du monde" est une expression que je n’emploie plus depuis longtemps. La programmation d’Esperanzah!, je préfère la qualifier d’internationale. Je ne programme pratiquement pas de musique traditionnelle, je programme essentiellement des musiques qui viennent d’autres pays, mais qui sont dans l’actualité. Mon objectif est de faire découvrir ce qui est à la pointe et ce qui fait le son. Pour donner un exemple précis : pour le moment en Colombie, il y a un courant qui connaît un succès immense, l’electro cumbia, qui consiste en un mélange de rythmes traditionnels et de sons electro."

Engagement "Etre conscient de la réalité et proposer des alternatives."

Ethique "Etre en cohérence entre ses valeurs et son comportement."

Métissage "Ouverture sur le monde, accueil de toute personne quelle que soit son origine, découverte de l’autre. C’est un beau mot. A la fois artistique et humain. Qui permet l’enrichissement par la rencontre de l’autre et de son art."

Utopie "Croire quand même en un avenir meilleur. Il y a quelques années, on nous qualifiait d’utopistes actifs."

Demandez le programme!

12_09_06_871447161_IBEYI_(c)_FLAVIEN_PRIOREAU--U403271675658nzG-85x75.jpgIbeyi Coup de cœur de la Libre ( http://bit.ly/1IrTvcb) et du directeur du festival, M. Laffineur, qui avait vu Lisa Kaïndé et Naomi à Paris, il y a deux ans, chanter dans un café devant une vingtaine de personnes ! Du "negro spiritual contemporain" mêlant touches d’electro et instruments traditionnels.

> Vendredi 31/7, Côté Jardin, 19 heures.

12_08_50_703245227_SEUN_KUTI_&_EGYPT_80_(c)_JOHANN_SAUTY--U403271675658CAC-85x84.jpgSeun Kuti& Egypt 80 Chez les Kuti, la conscience politique n’est pas une vaine notion - elle se transmet de père en fils. Seun, fils de Fela, entamait son dernier album "A Long Way to the Beginning", sorti en 2014, par "IMF", pour "International Mother Fuckers" autrement dit les enfoirés internationaux.

> Dimanche 2/8, Côté Jardin, 19 heures.

12_10_15_000568012_FAADA_FREDDY_(c)_BARRON_CLAIBORNE--U403271675658iyH-85x84.jpgFaada Freddy Sur scène, cet artiste qui a grandi dans les rues de Dakar offre une prestation sans le moindre instrument, composée uniquement de voix et de percussions corporelles. Son groupe Daara J était à l’affiche de l’édition 2010 d’Esperanzah! Lui-même a collaboré avec Damon Albarn et Wyclef Jean.

> Vendredi 31/7, Côté Jardin, 16 heures.

12_08_42_646136365_BLACK_FLOWER_(c)_KJELL_GRYSPEERT--U403271675658VAI-85x84.jpgLes Belges Ils squatteront la scène "Découvertes" (dix noms sur douze). Vendredi dès 18h30 jusqu’à dimanche 23h45 ! De VélotroniX et 3BS (neuf percussions pour trois saxos), à Black Flower (saxophone, cornet à pistons, basse, batterie, clavier) pour une musique influencée par le jazz éthiopien.

> De vendredi à dimanche, Découvertes.

12_08_52_769970938_LISA_SIMONE_(c)_FRANK_LORIOU_AGENCE_VU--U40327167565891G-85x84.jpgLisa Simone C’est la fille de Nina. Celle qui a notamment travaillé onze ans au sein de l’US Air Force et a fait ses armes dans des comédies musicales, aura finalement suivi les traces de sa mère, icône jazz des années 60, en lutte contre les discriminations raciales. En 2014, à 52 ans, elle a sorti son premier album "All is well".

> Dimanche 2 août, Côté Jardin, 16 heures.

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