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BRNS, mélo sapiens

12_30_04_658413864_BRNS-2014-Zazzo-8611-54.jpgAvec "Patine", le quatuor bruxellois passe de meilleur espoir à valeur sûre de la scène pop-rock belge. Rencontre itinérante.

L’histoire de BRNS commence en 2010, au lendemain bituré d’un réveillon arrosé. Antoine Meersseman (bassiste) et Timothée Philippe (batteur-chanteur dont les grimaces hendrixiennes sont à la mesure de sa puissance de frappe), vite rejoints par Diego Leyder à la gratte, mettent en boîte leur 1er single - "Mexico" - l’année suivante et font leurs premiers pas sur scène dans la foulée. En 2012, le trio publie "Wounded", magistral EP-7 titres qui vaut bien des albums et confirme tout le bien qu’on pensait de lui. Une sortie qui coïncide avec l’arrivée de César Laloux (ex-Tellers et futur Italian Boyfriend, aux percus et synthé). Le Namurois deviendra la fée Clochette du quatuor formé, de par celles qu’il fait tinter en live et la cohésion qu’il apporta au projet (Crédits: Mathieu Zazzo).

A l’époque, nous avions rencontré la bande autour d’une table dans un bar du côté de Forest (cf. interview du 11/05/2012). Si, déjà, la musique de BRNS suscitait alors pas mal d’intérêt, on ne se bousculait pas encore pour les rencontrer. Deux ans et deux cents concerts plus tard, la donne a quelque peu changé. Pour la sortie de "Patine", second opus presque parfait, pas moins de deux journées de promo ont été dispensées. C’est au terme de la première que nous les avons kidnappés pour discuter musique et plan de carrière autour d’un verre. Une rencontre qui s’est très rapidement transformée en interview itinérante et en visite guidée de la belle Anderlecht, aux bons soins de Diego Leyder. Car ce dernier est en réalité originaire de la commune mauve, où une grande fête de quartier battait son plein ce jour-là.

12_29_50_605115178_BRNS-2014-Zazzo-3376-53.jpgPlutôt esprits prudents que cerveaux lents

Le guitariste nous fait l’article au départ de la place Saint-Guidon. Et nous empruntons pour commencer la rue du même nom. La bande flâne, plaisante, admire la vitrine d’un ancien serrurier-cordonnier… Un peu comme pour "Patine", publié après quatre années d’existence et deux après l’EP, BRNS aime prendre son temps. "Il y avait volonté d’exploiter à fond "Wounded". De faire avec lui un vrai travail d’album. Et d’aller le jouer partout où l’on nous demandait", entame Tim. Et la demande fut grande. Une longue série de dates en Flandre - où, chose rare, les quatre francophones sont très populaires (c’est à l’AB qu’ils célébraient la sortie de l’album vendredi dernier, NdlR. ) - et en France, mais aussi aux Pays-Bas, en Suisse, en Allemagne, en Angleterre, en Lituanie, en Estonie et même en Russie.

C’est donc en tournée que naissent les nouveaux morceaux. Sur la route pour les dessiner, sur les planches pour les peaufiner. "C’est vrai, on est perfectionniste, pointilleux. Mais, mises bout à bout, les périodes de gestation n’ont pas été si longues. On a fait le choix d’être un groupe de live, accepté de jouer dans des conditions que refuseraient beaucoup de groupes, fait pas mal de concerts à perte (et on en fait encore)… Quand on fait ce choix, à moins d’être un autiste complet comme Ty Segall, toute l’énergie reste consacrée à la tournée, débite Antoine comme pour se justifier. Du coup, on a fini le disque un peu dans l’urgence. " Diego prend le relais : "On voulait avancer, sortir ces morceaux, faire un vrai album… Mais on pense sérieusement à faire une pause. Peut-être à l’automne 2015, après une saison en club et les festivals. Pour se poser avant de se remettre à composer. Nous sommes travailleurs mais pas stakhanovistes."

Sans titre.jpgAinsi soit-il

Le groupe bifurque ensuite dans la coquette et pavée rue Porselein (photo ci-contre/ crédits: Christophe Bortels), véritable petit écrin d’architecture d’époque. "On se croirait en Provence, non ?" lance très fièrement le guide. "Oh un clown triste!" lui répond Antoine, pointant un dessin peint à même une façade, "J'adore les clowns tristes". Diego veut nous emmener à la maison d’Erasme, ancienne bâtisse de chanoines attachée à la collégiale, devenue musée à la mémoire du prince des humanistes, mais selon lui "souvent fermée pour laisser les plantes pousser" .

C’était effectivement le cas. Idem pour le béguinage d’Anderlecht, un des plus petits des Pays-Bas méridionaux, où nous voulions nous réfugier. Mais l’on saisit l’occasion pour parler mystique. De ces harmonies vocales, des textes et de la dimension quasi religieuse de leur musique. Tim, qui écrit la plupart des paroles, l’explique : "Cela vient probablement de l’éducation. Pour ma part, j’ai tout fait… J’ai même été enfant de chœur. Et je voulais être pape quand j’avais huit ans. J’ai chanté dans des églises pendant toute mon enfance. Je me souviens que j’allais à Orval écouter le Salve Regina avec ma famille… Ma mère avait mis tous ses espoirs en moi. Elle a dû se faire une raison." Antoine poursuit : "Il y a un aspect très baroque dans ce disque. Ces superpositions de voix qui donnent un caractère grandiloquent aux compos. Enfin, Diego conclut : "La réverbe et les orgues participent aussi à cette impression. Il y a un peu de grégorien là-dedans… Mais on essaie de distiller tout ça avec parcimonie."

Une image travaillée, des visuels inspirés

brns-mexico.jpgS’il est un carré (d’as), BRNS a toujours su arrondir les angles. Et tenu à travailler son image au-delà des notes. Une volonté de bien ficeler l’esthétique dont le groupe fait montre dès les prémices en faisant fi de ses voyelles. "Brains" en quatre consonnes donc qui renvoient au mot "cerveau", idée qui mûrit dans celui de ces Bruxellois juste après avoir regardé "Le Retour des morts-vivants", où de vilains zombies par l’odeur alléchés n’ont de cesse de le répéter. C’est aussi ce qui inspira Last Yardz pour la pochette de leur premier single "Mexico", ornée d’un portrait fantomatique de Luis Mariano.

a1795184772_2.jpgPour "Wounded", l’EP suivant, la bande donne carte blanche au dessinateur Carl Roosens, dont elle apprécie les travaux. "Nous n’avions aucune piste de titre , se souvient Diego, et c’est en découvrant le dessin de cet étrange personnage blessé qu’est venue l’idée" . Cette fois, pour "Patine", c’est aux bons soins de Boris Görtz que BRNS a confié l’artwork du LP. Les courbes ont laissé leur place à des segments cassés, et la mine du crayon au froid de l’acier.

BwsJ1TfCAAArl1d-320x320.jpg"Boris a réalisé une vue aérienne d’un paysage imaginaire fait de strates métalliques. Quatre petites maquettes de 30 cm sur 30 qui s’imbriquent parfaitement, photographiées sous plusieurs lumières et des angles différents" , explique Tim du mieux qu’il peut. Une fois de plus, l’esthétique a guidé le choix du titre "Patine", comme le confirme Antoine : "Cela vient des produits que Boris a utilisés pour oxyder les matériaux. Un parallèle avec l’usure du temps, qui répondait directement au visuel. Et qui, musicalement, correspond à un côté plus nostalgique ou mélancolique, un truc de vécu et de maturité…" Et Tim de conclure : "Quand il nous a expliqué la première fois, on n’a rien compris. Puis, on s’est dit que ça faisait un peu groupe de métal. Après coup, on a aimé le côté surprenant d’un visuel qui ne suggère pas la musique qu’il y a dedans. Mais qui lui correspond assez bien finalement."

Aujourd’hui, BRNS est sans doute l’une des valeurs les plus sûres de la scène rock nationale. Notre plus grande chance de médaille aux prochains Jeux mélodiques. Le quatuor rendait le plat pays rouge de fierté en s’offrant cet été, aux côtés de Girls in Hawaii, un Olympia complet. Avec "Patine", Antoine, Tim, Diego et César signent un disque ambitieux, volatil et effervescent. Celui de futurs (très) grands.

Nicolas Capart

> Un disque: "Patine" (PiaS/Louis Records).

> En concert: le 5 décembre à l’Eden de Charleroi et le 18 décembre au Stuk de Leuven.

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