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Le Forestier, homme des chants toujours inspiré

230.jpgMaxime Le Forestier revient pour six dates. Retour sur son album “Le Cadeau”.
 
"Tu m’vois rangé dans un placard/Près des cartons à chapeaux […] A personne tu peux m’offrir/Je n’suis pas un cadeau” chante Maxime Le Forestier sur son dernier album. Le placard, ce n’est pas pour tout de suite, si l’on en croit les ventes de tickets pour ses six concerts belges (*). Le chanteur, quarante ans de carrière au compteur, n’a perdu ni la voix ni l’inspiration, et, pour ficeler ce “Cadeau”, n’a pas hésité à convier celles des autres : Julien Clerc, Jacques Weber et Claude Lemesle, entre autres, co-signent un titre, et Camille chante sur “La Folie”. Mine de rien, sous ses airs bucoliques (des titres tels “La p’tite hirondelle”, “L’averse”, “Le papillon”), l’album évoque le succès, la liberté perdue, les sans-papiers, l’égoïsme des puissants. Et en parlant de “p’tit air”, de la persistance des chansons à travers les décennies, la célèbre maison bleue de “San Francisco” est l’objet d’une belle histoire (cf.ci-dessous).

Des cadeaux, vos fans ont dû vous en offrir, tout au long de votre carrière…
 
J’ai une pièce, à la campagne, consacrée à ça. Des portraits notamment. Je n’oserais pas les jeter : c’est de l’amour des gens, qu’ils expriment comme ils peuvent.
 
Dans le contexte de crise du disque, le fait de sortir un disque n’est-il pas un cadeau ?
 
Crise ou pas crise, le besoin d’écrire des chansons est là. Mais publier un disque, certes, c’est un privilège, celui de l’âge. Je pense aussi, sans parler de moi, que les chansons nouvelles, il en faut. On ne va pas passer notre vie à faire “The Voice”, à chanter d’anciennes chansons.
 
On est à l’ère des télécrochets, des “buzz” sur Internet, qui favorisent les démarrages en trombe. Cela peut être un cadeau empoisonné – il faut savoir gérer ce succès, éviter la chute. Vous en savez quelque chose : vous avez connu, très vite, un gros succès…
 
… mais c’était avec des chansons que j’avais écrites. Le problème des télécrochets, c’est qu’ils font des succès énormes avec des chansons qui ont déjà eu du succès avec d’autres. Et puis il y a là un côté sportif, un peu antagoniste avec l’émotion. Mais bon, ces émissions-là ont au moins une utilité : cela met des chansons en prime-time. Pendant des années c’était : non, pas de chansons en prime time, le public ne regarde pas. Réapparaît l’idée que les chansons ont une importance dans la vie des gens.
 
La chanson “Le p’tit air” parle de la transmission des chansons et du fait qu’elles vous survivent.
 
Avez-vous déjà imaginé laquelle vivrait encore dans cinquante ans ?
Je n’en sais rien. Déjà, quand on sort un album, je ne sais pas laquelle sera un single – je laisse la maison de disques choisir. En revanche, ça m’oblige à traiter chaque chanson comme si elle pouvait être un single, à n’en négliger aucune.
 
… et à éviter les chansons de neuf minutes.
 
Je l’ai fait, et j’ai vite arrêté. Une chanson, c’est un objet bien particulier. Et, aujourd’hui plus que jamais, si on a quelque chose à dire, mieux vaut le dire dans les 45 premières secondes.
 
La chanson “La bête curieuse” capte immédiatement l’attention, elle intrigue (“Elle me ronge, elle me persécute/[…] Elle a faim, la bête curieuse”).
 
Je la vois comme une sorte de pieuvre invisible. En chacun de nous il y a un tentacule, avec une bouche. Une espèce d’animal collectif qui nous pousse à vouloir savoir. N’importe quoi. Du vrai, du faux. On allume la radio avant que le café ait fini de passer – je suis comme ça aussi. On bouffe de l’info, n’importe quelle info. S’il n’y a pas d’info intéressante, tant pis, on va avaler des conneries. S’il n’y a pas d’info vraie, ça ne fait rien, on va avaler de la rumeur. Au départ, la chanson s’appelait “L’info business” mais ça sonnait mal. Je m’étais dit : informer, c’est une mission sacrée, mais ça correspond à un tel besoin chez les gens que ça devient un business, ça obéit aux règles du commerce. Vous n’allez pas mettre, à la une du journal, un truc qui n’intéresse personne. Le risque est de descendre dans les bas-fonds.
 
Vous êtes allé rechercher des paroliers de vos débuts…
 
Mmmh, je n’ai pas cherché. Claude Lemesle (NdlR : ici auteur de “La folie”), ça faisait longtemps que je voulais écrire une chanson avec lui. Il fait partie des très, très grands paroliers de chanson française, ses mots ont été chantés par Bécaud, Dassin, Reggiani. Quant à Pierre Grosz, c’est lui qui a provoqué “L’averse” (NdlR : qu’ils ont co-écrite). Il m’a invité à déjeuner : “bon maintenant, y’en a marre, ça fait un an que tu écris pour les autres, tu n’as pas envie d’un disque à toi  ?” J’ai dit : non, je n’ai pas d’idées. Il m’a regardé avec ses grands yeux bleus et m’a dit : la phrase “Ils vont nous laisser sous l’averse”, ça te parle ? Et là, avec cette “commande”, j’ai su que mon album était commencé.
 
Sophie Lebrun
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