10/06/2012
Johnny Halliday allume le feu à Anvers
Il aura 69 ans le 15 juin et en profite pour livrer l’un des plus beaux shows de sa carrière, rien de moins. Johnny Hallyday à Anvers, c’était tout simplement grand.
Stupeur, tremblement, fumée, flammes : dans la longue tradition des entrées en scène à grand spectacle, celle de Johnny Hallyday au Palais des sports d’Anvers, vendredi et samedi soir, vaut son pesant de fonte. Fonte dont est fait ce qu’on pourrait prendre pour une mine sous-marine, et qui est en réalité une énorme boule de défonce, servant à exploser les murs, dans laquelle débarque le chanteur. Au milieu des gerbes d’étincelles, c’est l’une de ses plus belles entrées, pour l’un de ses plus beaux concerts des vingt dernières années.
Retour en arrière. "On rentre par où, toi qui as repéré les lieux ?" demande un gars un peu paumé. "Mais par l’entrée, tiens !" rigole son pote avec un accent sérésien à couper à la disqueuse. La plupart des passagers des autocars venant de Barchon, Flémalle, Ath, Ittre, Tournai et d’ailleurs en Wallonie profonde, n’ont jamais mis les pieds ici. Et voilà que des hordes francophones débarquent avec leurs T-shirts bariolés Johnny, blousons à franges ou à clous, bottes de cow-boy Le public de notre homme, quoi. Amené à Anvers pour des raisons de capacité de salle, 15700 personnes, soit le double de Forest National.
Sauf que, le premier soir, il ne devait guère y avoir plus de 8000 personnes, pour 14000 le samedi soir. Ce succès relatif, après le renoncement au Stade Roi Baudoin, s’explique par un Tour 66 qui s’est terminé tragiquement en 2009, et qui a laissé aux fans l’impression d’un artiste à bout de souffle. Il y a toujours quelque chose de Johnny dans ses chansons. Fin 2009, c’était :
"J’ai vu la mort dans son plus simple appareil. Elle m’a promis des vacances. La mort m’a promis sa dernière danse" ("Oh Marie").
Pour ça il faudra encore attendre car là, son souffle, Johnny l’a largement récupéré, tout comme sa voix et sa présence scénique. 2012, c’est bien la tournée de la renaissance. Pour y parvenir, le producteur Gilbert Coullier n’a pas lésiné sur les moyens. Sur scène, entre 11 et 15 musiciens ont la pêche entre soul, rock, rockabilly et rhythm’n’blues. Quatre cuivres, les Vine Street Horns, trois choristes noires, et des habitués comme Fred Jimenez à la basse, Alain Lanty au piano, le batteur Geoff Dugmore en kilt, Robin Lemesurier dans le rôle et la pose de Keith Richards à la guitare. L’ensemble est dirigé par Yarol Poupaud, ancien FFF et l’un des meilleurs guitaristes hexagonaux. Alors oui, "Né dans la rue", ça claque, "Excuse-moi partenaire" et "Ma gueule" aussi. "Deux étrangers" apparaît comme une métaphore de ce qui s’est passé ces trois dernières années : d’abord debout, le chanteur tombe à genoux, s’étale de tout son long avant de se relever dans un grand mouvement de rhythm’n’blues cuivré. Ne jamais oublier que Johnny est aussi comédien
Les grands moyens, ce sont aussi cette trentaine de musiciens servis sur deux plateaux mobiles au milieu du spectacle. Cordes, vents et percussions sont mis au service de "Diego" et "Quelque chose de Tennessee", deux titres de Michel Berger, comme par hasard. Et puis, avec l’orchestre, c’eût été dommage de ne pas recréer le fabuleux "Poème sur la Septième", de L. v. Beethoven, paroles de Philippe Labro, paru sur l’album "Vie" (1970). Poignant et grandiose, jamais prétentieux.
Fort aussi est le duo traditionnel avec la choriste Amy Keys arborant sa magnifique tignasse afro. Les deux font la paire dans ce numéro autour du standard de Ben E. King, "I (Who Have Nothing)", popularisé par Tom Jones. Il précède un "Knock on Wood" (Eddie Floyd) où, sans Johnny sorti se changer, chœurs et orchestre se lâchent façon Motown.
Avec des références comme "Cours plus vite, Charlie", "L’Idole des jeunes", "Elle est terrible", le set acoustique habituel, au beau milieu de la foule, est nickel. Par Johnny seul à la guitare, "Tes tendres années" indique une confiance retrouvée. On n’échappe pas à "Que je t’aime" et son "île au trésor", avec la foule au refrain, ni à "Ma jolie Sarah" auréolé de guitares stoniennes, et encore moins à "Gabrielle" où Greg "Zlap" Szlapczynski chauffe la salle au rouge avec son solo d’harmonica.
Départ sur "L’Envie", retour sur "Dégage" bien envoyé, comme "Toute la musique que j’aime" avec, encore, de la guitare d’enfer. Il aurait pu sortir sur "Vesoul" ("t’as voulu voir Anvers, et on n’a vu que ses faubourgs "), mais, pour sa traditionnelle reprise, Johnny Hallyday a préféré "Quand on n’a que l’amour". Lui qui avait glissé "c’est vrai, quelque part, je suis un peu chez moi aussi", termine avec Jacques Brel l’un de ses plus beaux concerts. Fidèle à son public et à ce qu’il chante :
"Lutte pour écrire ton histoire, lutte pour garder ta mémoire,
Et pour garder en toi une rock’n’roll attitude,
Ne reste pas chez toi avec tes certitudes,
Rock’n’roll attitude "
Dominique Simonet
En concert à Forest National le 3 novembre. www.c-live.lu
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