04/05/2012
Makyzard brise les codes du rap
De vrais instruments et des textes engagés. Un vent de fraîcheur.
Vendredi dernier, la rotonde du Botanique est bien remplie pour le concert de lancement de l’album "Embraser le calme" du groupe Makyzard. Et il y a de tout dans le public: des routiniers du circuit hip-hop de la capitale, des chevelures poivre et sel voire franchement blanches et des visages plus jeunes, encore presque enfantins. Ce qui témoigne déjà de l’aspect fédérateur du projet musical. Maky, Bruxellois de 35 ans, est une figure bien connue du milieu rap et slam de la capitale. Le guitariste flamenco Marolito provient, pour sa part, d’autres cercles musicaux. A deux, ils forment la racine du groupe. Mais sur scène, il y a aussi un saxophone, une basse, une contrebasse, des percus, une clarinette, une calebasse, une guitare électrique et un DJ.
Autant d’instruments qui donnent une couleur toute particulière à des morceaux qui voguent entre flamenco, latin-jazz, afro-funk ou hip-hop teinté de rock. Le chant est essentiellement rappé par Maky. Et c’est une réussite tant sur disque que sur scène. Pour les professionnels de la musique, par contre, c’est un casse-tête: où classer ce mélange rarement entendu dans nos contrées? Pour Marolito, la question ne se pose même pas : "C’est du hip-hop et on l’assume. Mais du hip-hop instrumental". Maky approuve et ajoute: "Avec ce goupe, je voulais mélanger électronique et acoustique, trouver aussi un équilibre entre musique et voix. Je voulais garder la technique d’écriture du rap tout en faisant évoluer la forme parce qu’aujourd’hui, dans le hip-hop, le beat prend trop d’importance".
Avec un effet collatéral: "En mettant le rap en musique, tu offres un laissez-passer à ceux qui sont rebutés par le style. On n’est pas là pour lutter contre des conditionnements psychologiques qui ont plus de dix ans d’âge mais on peut faire sauter des œillères". Dans le public du moins, parce que cela reste la galère quand il s’agit de trouver des diffuseurs ou des distributeurs. Certaines chansons de l’album auraient pourtant leur place dans une programmation musicale accueillant de la "chanson française urbaine" mais, en Belgique, terre de pop/rock et de chanson, le mot "rap" reste un repoussoir.
Herb Cells dresse le même constat. Avec sa formation habituelle, Wild Boar & Bull Brass Band, il fait plutôt dans le mélange entre hip-hop, funk et brass band pour un résultat qui ne peut que plaire aux amateurs d’un groupe comme "The Herbalizer". Son très bon nouveau projet, "Frown-I-Brown", reste très anglais dans le son - et on pense encore et toujours à des labels comme Ninja Tune - mais va plutôt chercher ses saveurs du côté d’un jazz rugueux et percussif, chopant au passage quelques arômes psychédéliques voire dub. "Avec cet album, ‘Hard nouveau’, j’ai un peu voulu déclarer la guerre au hip-hop qui utilise trop de beats électro. Ce n’est pas parce qu’on est en 2012 qu’il faut arrêter l’acoustique", affirme le trentenaire originaire d’Hasselt.
Une philosophie partagée par d’autres membres d’une scène - de plus en plus en vue - faite de personnes dont la personnalité musicale s’est construite grâce au hip-hop avant de s’ouvrir à d’autres univers: Veence Hanao - en concert aux Nuits Bota le 21 mai - Dan-T, Rue des Pêcheries, C’est via le Net, sur des sites comme bandcamp ou soundcloud, que ces artistes espèrent se faire entendre et, dans ce contexte, les concerts prennent aussi une importance toute particulière. Cela demande un peu plus de recherche mais, souvent, l’effort de l’auditeur curieux finit par être récompensé.
Pascal De Gendt
Makyzard, "Embraser le calme" (makyzard.bandcamp.com). En concert le 6 juillet à Bruxelles-les-Bains. Frown-I-Brown, "Hard Nouveau" (www.wix.com/phunkjazz/frownibrown). En concert le 23 mai au Bonnefooi et le 26 au Jazz Marathon.
03:38 Publié dans Belgique, Concerts | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note








































































































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