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27.01.2012

Dan San, folk grand ouvert

DanSan.jpgLe groupe liégeois sort son premier album, le brillant “Domino”, ce 30 janvier. Devenu sextet, il a élargi son horizon et se dote de belles envolées lyriques.

Cela démarre dès le titre inaugural, “Moon”: la musique de Dan San vous entre dans l’oreille doucement mais sûrement, crescendo. Une note continue de violon, un bruissement de guitare, puis un deuxième… D’un coup, la lumière perce la brume, le bruissement se fait galop, et trois voix s’élèvent: “We are lost in a dark room.” Une pièce sombre? L’auditeur, lui, se voit plutôt cavaler dans une nature vierge, grandiose. Frisson garanti, a fortiori sur scène. On a pu le vérifier au centre culturel de Chênée le 20 janvier, où le groupe donnait le coup d’envoi de son premier album “Domino”: le sextet maîtrise parfaitement son folk baladeur, tissé de fines harmonies vocales et de riches arrangements, et de surcroît lui insuffle une énergie communicative. “Domino” est l’une des premières belles surprise de 2012, qui plaira aux fans de folk-pop chorale à la Fleet Foxes, Syd Matters ou Midlake.


“A 16 ans, mon rêve ultime était de sortir un disque dans un magasin et de faire un concert devant une centaine de personnes venues exclusivement pour écouter notre musique.” Un désir à présent comblé et même dépassé: “Domino” s’apprête à paraître aux Pays-Bas, en France, en Allemagne, en Suisse et au Japon. Nul ne sait, par contre, si Jérôme Magnée, l’autre initiateur (et versant plus “floydien”) du groupe, verra s’accomplir son propre rêve: “jouer avec un orchestre philharmonique”. Au moins le concert de Chênée lui aura-t-il permis de s’en approcher: Dan San y avait convié des cordes, des cuivres, une harpe et une timbale.

Le noyau, le “ying et le yang” de Dan San, ce sont eux: Thomas Medard et Jérôme Magnée. Tous deux biberonnés au “folk des années 60, 70 et 80, Simon and Garfunkel, Bob Dylan, mais aussi des groupes comme Genesis”, ils sont amis depuis l’enfance (à Olne) et tandem musical depuis l’adolescence. Loin des parcours chaotiques qui alimentent la mythologie rock et de la “buzzmania” qui provoque des décollages foudroyants et artificiels, l’histoire de Dan San apparaît assez simple, sans brûlage d’étape. Première chanson co-composée à l’âge de 12 ans, enregistrement d’une maquette 3-titres chez un voisin musicien et instituteur (le chanteur pour enfants André Borbé), concerts dans des cafés, premières parties de concerts via le collectif musical JauneOrange, enregistrement d’un album de démos chez Didier Masson (le guitariste des Chilly Pom Pom Pee, encore un Olnois…), etc. “Au final, beaucoup de gens nous ont soutenus, dont nos familles et nos amis. On voulait les remercier. D’où le nom du groupe. Dan san, c’est “merci” en patois cantonais.” Ne cherchez pas trop loin: “On trouvait juste que le mot sonnait bien dans cette langue-là”, explique le duo – qui peut dire “merci” aux moteurs de traduction sur Internet. La tête pleine de rêves artistiques, le duo a gardé les pieds sur terre: Thomas a étudié la communication, et Jérôme travaillé comme ébéniste pendant cinq ans, avant de se consacrer totalement à la musique. De deux, ils sont passés à trois (avec un cajon), puis quatre (une basse) – formule sous laquelle ils ont sorti l’EP “Pillow” début 2010 et tourné dans les festivals.

Il sont à présent six (avec un violoniste et une pianiste). Les harmonies se sont étoffées, et la gamme de couleurs singulièrement élargie, d’autant que Dan San brasse une belle palette de personnalités et d’affinités (jazz, hip-hop, et on en passe). “Il y a les idées de base, et puis chacun donne son avis, apporte sa touche", explique Maxime Lhussier (basse). Ça passe dans le “tamis” Dan San. "A la fin, on ne sait plus très bien qui a apporté quoi, et c’est assez éloigné de l’idée de base guitare-voix avec laquelle soit Jérôme, soit Thomas était venu.” Le violon tient une place importante. “J’ai une formation classique, mais ça fait longtemps que je me suis égaré”, sourit Damien Chierici, qui prête son talent à des projets rock, folk et électro, et se partage entre violon classique (privilégié sur l’album) et violon électrique (sur scène). “J’aime travailler avec des pédales – à la base pour guitaristes –, jouer avec les réverb, la disto, l’octaveur qui permet de donner un son de violoncelle au violon…”

De l’eau a donc coulé entre l’EP “Pillow” et l’album “Domino”. Le propos est plus sombre, touffu, atmosphérique, voire mélancolique, à l’image de la forêt de sapins, dans la brume, qui orne la pochette. “C’est notre premier album: c’est un peu le passage de l’enfance au monde adulte”, suggère Jérôme Magnée. “The end of the day – part II”, long morceau à tiroirs qui ne détonnerait pas dans un opéra rock prog, donne une suite au morceau éponyme de l’EP. “Cette chanson nous tenait à cœur. C’est le passage de la vie à la mort.” La mort qu’un homme voit venir et qu’il veut fuir, d’abord (le refrain lancinant “run run run”); la mort qui le prend, ensuite (plongée abyssale que traduit la musique). “Et puis peut-être – mais là, rendez-vous sur un prochain album – l’après-mort, la résurrection ou autre chose.”

La peur de la mort est un thème récurrent chez Dan San. “On ne parle pas de trucs marrants dans nos chansons C’est une sorte d’exutoire, sans doute. Quand on vit un événement joyeux, on le vit, on n’a pas besoin de l’extérioriser autrement. Alors que quand on vit quelque chose de dur, notre manière de le faire sortir et de s’en débarrasser, c’est de le chanter, le jouer.”

Le résultat est, en tout cas, envôutant, entre passages rêveurs et puissantes envolées lyriques. Dan San, qui s’est offert un petit tour de chauffe en décembre dans des lieux insolites (“un chalet, un couloir d’école…”), semble paré pour les scènes, d’ici et d’ailleurs. Et ouvert au changement: “A ce stade, on joue chacun de notre instrument, mais on aimerait créer plus de mouvement”, confie Maxime Lhussier. “On pense à avoir peut-être un jour un septième ou un huitième membre dans l’équipe. Si ça apporte quelque chose muscialement, pourquoi pas?” indique pour sa part Thomas Medard.

Pour l’heure, le ciment de Dan San reste ces deux voix complémentaires, inséparables – qui sur scène gagneraient à être parfois dissociées – et cette amitié de longue date. “Jérôme et moi, c’est gravé dans le marbre”, sourit Thomas Medard.

Sophie Lebrun

Dan San “Domino”, JauneOrange/Pias.

Commentaires

Très intéressant, merci de l'information

Écrit par : emteza | 28.01.2012

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