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21.01.2012

Le punk, culture populaire

pict_369067.jpgLe Théâtre 140 accueille “Please Kill Me” de Mathieu Bauer d’après la bible de McNeil et McCain. Arrêt sur l’un des derniers mouvements radicaux.

Non, ce n’est pas la couverture rose bonbon du livre "Please Kill Me", sorti en 1996 aux Etats-Unis et dix ans plus tard en version française, qui a attiré Mathieu Bauer, metteur en scène du spectacle éponyme que le Théâtre 140 accueille toute cette semaine. Sous-titré "L’histoire non censurée du punk racontée par ses acteurs", "Please Kill Me" est une somme de 600 pages écrite par Legs McNeil et Gillian McCain. Un livre à la gloire du punk américain qui prit toute son ampleur dans les années 70. Une culture populaire à laquelle Mathieu Bauer, co-fondateur de la Cie Sentimental Bourreau, et depuis octobre 2011 directeur du Centre dramatique national de Montreuil, a voulu rendre justice.


Un pari que de mettre en scène un livre intégralement constitué de témoignages avec, en guise de BO, des morceaux légendaires écrits par les Stooges, Lou Reed, Richard Hell, on en passe, des meilleurs et des moins bons! "Après avoir lu le livre, j’avais d’abord pensé en faire un feuilleton radiophonique. Comme cela s’avérait ardu, j’ai tout simplement décidé de le monter. La forme du livre est assez magique avec tous ces entretiens croisés qui viennent se compléter et parfois se contredire. Une multiplicité de points de vue sur un même événement au point qu’on ne sait plus très bien ce qui est vrai, ce qui est faux, ce qui est de l’ordre du fantasme. J’ai voulu garder cette structure-là", relève Mathieu Bauer.

Avec sa compagnie, le metteur en scène a l’habitude de s’emparer d’œuvres qui ne sont, a priori, pas faites pour être jouées et transposées sur un plateau. Voilà donc Stéphane Lavoix, Kate Strong, Matthias Girbig, Lazare Boghossian, Sylvain Cartigny et Mathieu Bauer himself, les acteurs-musiciens-chanteurs et danseurs qui vont, avec leur voix et leur corps, prendre possession de la scène et rendre compte de leur vision du punk, de son effarante énergie, de sa prodigieuse radicalité.

En tant que musicien, Mathieu Bauer avoue n’avoir jamais joué de punk. Sylvain Cartigny, qui signe toute l’adaptation, non plus. Il a retenu une dizaine de titres - parmi lesquels "I’m Straight" de Jonathan Richman, "I Wanna Be Your Dog" des Stooges, "Blank Generation" de Richard Hell ou "You Can’t Put Your Arms around a Memory" de Johnny Thunders - et les a "totalement réadaptés, réinterprétés", pour les mettre à la sauce de la compagnie. Iggy Pop bénéficie d’un traitement particulier. "Iggy Pop est terriblement visionnaire, au niveau du corps, de la performance. Il y a définitivement de la spontanéité chez lui. Il y a définitivement quelque chose de l’ordre de l’abandon", observe le metteur en scène.

Nombreux sont ceux qui s’enthousiasment sur l’esprit de liberté qui régnait à l’époque du punk. Qu’en serait-il aujourd’hui? "J’aime beaucoup discuter à l’issue des représentations. Beaucoup de jeunes pensent qu’une telle liberté ne serait plus possible. Elle serait difficile, bien sûr, mais pourquoi pas? Par rapport au mouvement, est-il encore envisageable d’avoir cette arrogance, cette provocation? Comme cela a déjà été vu, entendu, il y aurait quelque chose de vain à le souhaiter. Mais ce que je trouve absolument magnifique, c’est l’idée d’appartenir à son temps, de se sentir terriblement vivant, de croquer le présent.

Les outrages du temps nous valent sans doute aujourd’hui une image déformée du punk, le vidant quelque peu de sa substance. "Cela est abordé dans le bouquin, nous l’évoquons aussi sur scène : comment, à un moment donné, on arrive à enfermer un mouvement, à lui donner une identité tellement forte qu’elle en est réduite à plus grand-chose." Un spectacle peut aussi remettre les pendules à l’heure.

Marie-Anne Georges

Bruxelles, Théâtre 140, du mardi 24 au vendredi 27 janvier à 20h30. Infos & rés. : 02.733.97.08, www.theatre140.be

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