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17.01.2012

Dans les cordes de Jeff Assy

pict_392637.jpgLe musicien belge n’est pas que “le violoncelliste de Bashung” – même s’il a beaucoup appris de lui. Rencontre avec un artiste touche-à-tout. 

"C’est l’instrument le plus proche de la voix humaine, je pense. Un instrument très complet, superpolyvalent. Pris de manière classique, il peut être très mélancolique, mais peut aussi avoir un côté trash. Il peut descendre vraiment dans les graves et monter haut dans les aigus - il m’arrive, dans les séances d’enregistrement, de faire le quatuor à moi tout seul." En somme, "un chouette outil" que le violoncelle, et qui a le vent en poupe (cf. ci-contre). Jean-François "Jeff" Assy est bien placé pour le savoir, lui qui en joue depuis 12 ans aux côtés de multiples chanteurs. Ce Brabançon de 36 ans, Ixellois d’adoption, était de la mémorable tournée "Simple" de Daan en 2011, et se produit actuellement avec le Français Daniel Darc.


En trio, dans les deux cas: une formule réduite qui permet de bien prendre la mesure de son talent. De le sortir un peu du statut d’"homme de l’ombre", de l’appellation anonyme et réductrice musicien de

Jeff Assy est, cela dit, un nom connu dans le milieu des musiques non classiques françaises et belges. Son CV est impressionnant: des tournées avec Sheller, Bashung et Miossec entre autres, des enregistrements - et parfois arrangements de cordes - pour des artistes aussi divers que Dominique A, Calogero, Adamo, Arno, I Muvrini, Puggy ou encore le jazzman André Klenes. Sans compter l’accompagnement ponctuel (en télé) de Raphaël, Natalia, Diziz La Peste, Louis Bertignac, Marianne Faithfull Et l’on en passe. Autant dire que Jeff Assy voit du pays, géographiquement et musicalement. En 2010, il enregistrait "The Den" de la chanteuse suisse Olivia Pedroli en Islande, avec des musiciens du cru. Une aventure étonnante: "Ils ont un style à part, décomplexé, ils travaillent beaucoup les textures, mettent des effets, impros, bruitages autour de la voix. A l’écoute de cet album, on est pris dans une ambiance particulière, c’est un voyage en soi", raconte celui dont le trip ultime serait de "collaborer avec Peter Gabriel" .

"J’avais 5-6 ans, quand j’ai flashé sur le violoncelle", explique Jeff Assy. Son père, violoniste, jouait alors de la musique de chambre, à la maison, avec deux amis dont un violoncelliste. "Pourquoi cet instrument? Mmmh. Le côté moins criard que le violon peut-être, la posture aussi Et le souci de me démarquer de mon père et de mon frère - qui jouait du piano." S’ensuit un cursus classique (à Wavre et Mons), à ceci près qu’il l’interrompt un an avant de finir le Conservatoire. "Je me suis rendu compte que le classique, ce n’était pas pour moi."

C’est qu’un autre instrument à quatre cordes lui titille les doigts depuis qu’il s’y est frotté à l’adolescence, et lui a ouvert les portes de groupes rock: la basse électrique. "J’ai aussi fait partie du groupe d’impro-session Les Extincteurs; on se marrait bien." Assy en est alors sûr, d’autant qu’il ne se voit ni soliste classique ni chanteur: sa voie est en groupe et, parallèlement, comme musicien de studio. Reste à trouver "le point de rencontre" entre ces deux univers, violoncelle et rock. Pas évident, ne fût-ce que parce que le premier se pratique assis. "Je n’avais pas non plus de modèles en tête. Même si j’avais entendu parler de Vincent Segal qui accompagnait M, et si beaucoup d’artistes français me parlent de Denis Van Hecke (NdlR : décédé ce 9 janvier 2012) , un Belge qui a notamment joué avec Jacques Higelin et Pierre Vassiliu."

L’an 2000 est celui du commencement pour Jeff Assy, qui embarque, avec son ami violoniste Nicolas Stevens, dans la tournée avec orchestre de William Sheller. Certes, encore proche du classique, cette expérience lui ouvre tout grand la voie tant désirée, le bouche à oreille aidant. En 2001, il vogue ainsi aux côtés de Yann Tiersen qui vient de composer la BO d’"Amélie Poulain": "Deux ans de concerts, partout dans le monde, et une tournée assez rock’n’roll dans l’esprit!" En 2003, il accompagne Alain Bashung, pour la première - et pas dernière - fois. Il sera avec lui sur scène lors de ses ultimes apparitions en 2009. Assy en a côtoyé des "monstres" de la chanson française, mais celui-là l’a particulièrement marqué, et pas seulement sur le plan artistique. "Il m’est apparu comme le plus constant dans ses relations. Je ne l’ai jamais vu s’énerver. C’était une crème. Il appelait pour vous souhaiter Joyeux Noël. Il avait beaucoup de respect pour les musiciens."

Si ses débuts aux côtés de Bashung marquent un tournant, c’est aussi parce qu’Assy "ouvre" son jeu et les sonorités de son instrument - un spécimen belge (Darche) de 1858. "Alain voulait des cordes. On s’est présenté à l’audition à deux, avec Nicolas Stevens, mais en étoffant le truc avec des pédales d’effets notamment", raconte-t-il. De quoi modifier le son et l’amplifier. Assy pousse plus loin ce bricolage sonore quand la tournée se prolonge en configuration réduite et qu’on lui demande d’assurer, avec son violoncelle et ses pédales, les parties de claviers. "Après quelques concerts, j’ai dit à Bashung: Tu sais, je cherche encore, là, avec les pédales, je ne suis pas sûr Et il m’a répondu: "Tant que tu cherches, ça m’intéresse. Quand tu auras trouvé, ça ne m’intéressera plus." Il m’a aussi insufflé l’idée qu’un concert n’est pas un truc figé."

La récente expérience avec Daan constitue un autre moment-clé. Jeff Assy, avec son instrument ("un orchestre à lui tout seul" dixit le Louvaniste) participe, là, à une riche expérience de déconstruction-reconstruction d’un répertoire, où tout semble permis. "L’idée était de faire un disque en acoustique, facilement transposable sur scène. Mais en studio, à trois, on s’est complètement laissé aller Il y a notamment des morceaux où on a mis plein de couches de violoncelle - et des chœurs, et des percussions, etc.!" Ce qui l’amène parfois, sur scène, à réaliser de "l’autoéchantillonnage": jouer, enregistrer et superposer, en direct, différentes lignes de violoncelle.

Parallèlement, Jeff Assy revisite, en trio acoustique à trois guitares essentiellement, le répertoire de Neil Young (un projet appelé "About Neil"). "C’est un pan de la musique que je connaissais peu , confie-t-il, visiblement heureux d’y avoir plongé. En fait, depuis quatre ans, je n’écoute plus beaucoup de chanson française, dit-il. Je suis plutôt folk, country. Grands crooners américains aussi. A force sans doute de côtoyer Bashung et Daan, qui m’en parlaient souvent. Ah, j’aurais aimé qu’ils se rencontrent, ces deux-là!"

"Folk-pop américain", tiens, tiens, telle est la direction que prend le prochain album de la chanteuse Stéphanie Blanchoud rebaptisée Blanche. Pour celle qui partage sa vie, Jeff le musicien-arrangeur-touche-à-tout a ajouté une corde à son arc: la composition.

Il n’y a qu’un cap, finalement, qu’il ne peut se résoudre à franchir: le violoncelle électrique. "Une plaque de bois avec des arceaux en métal: on ne ressent pas les vibrations!" Or tout est là: "Il y a un rapport physique avec le violoncelle: on fait corps avec lui. Et mon instrument me convient très bien. Il a des basses terribles."

Et Peter Gabriel dans tout ça? "Ça fait six mois que je le dis, mais je vais le faire, là, je vais lui envoyer un colis avec quelques CD et DVD sur lesquels je joue. Avec une lettre: Si un jour. Pourquoi pas? Avec plaisir." Osez, osez, Jean-François, lui aurait dit Bashung.

Sophie Lebrun

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