Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

11.01.2012

Le tourbillon Aaron

440.jpgEn mode "unplugged & waves", le groupe -emmené par Simon Buret et Olivier Coursier - fait trois arrêts en Belgique. Une tournée d'ores et déjà gravée sur CD: l'album live "Waves from the road".

En 2007, la ballade "U-turn (Lili)" tournait en boucle sur les ondes radio, propulsant Aaron vers le succès. Depuis lors, deux albums studio sous le bras, ils tournent, ils tournent, (Simon) Buret et (Olivier) Coursier. Leurs concerts ont quelque chose de magique, empreints d’une énergie subtile, sans esbroufe. Et ce, qu’ils se produisent en formule réduite (avec une violoncelliste en 2007), en groupe, entourés d’un orchestre symphonique (2009), ou encore dans un festival en plein air (les dernières Francos de Spa). Quasiment dans la foulée de sa tournée 2010-2011, Aaron en a entamé une autre, en salles. Même formation (quintette), mais des morceaux complètement réarrangés, la majorité en mode acoustique (tel "Inner Street" qui ouvre l’album en piano-voix), tout en conservant des moments électriques ("Passengers", notamment). Entamée en octobre et de passage en Belgique fin janvier(1), cette tournée "Unplugged & waves" est déjà l’objet d’un très bel album live, "Waves from the road". Ils tournent, ils tournent, Aaron. Mais pas en rond.


Ce disque, expliquent-ils, est l’occasion de "garder une trace, parce que tout va très vite en tournée. En plus, on réorchestre tout le temps nos chansons. Il y a des morceaux qu’on n’a jamais enregistrés sur la première tournée, et on l’a regretté. Voilà, on pose un moment de notre vie sur cet album. Il nous semblait que c’était le bon moment, après 200 concerts". De fait, tout va très vite, et un tel parcours, qui s’apparente à un tourbillon, a de quoi effrayer... "Oui, mais on est deux - et bien entourés, en plus -, répond Simon Buret (chant). Là, par exemple, on n’a vraiment pas dormi, et on court de télés en concerts. Tout seul, ce ne serait pas drôle, mais à deux, c’est rigolo. On se regarde le matin et on sourit: "Mais tu ressembles à rien, là!" "Etre à deux, ça permet de désamorcer pas mal de choses, acquiesce Olivier Coursier (claviers et guitares) .

Quand tu as envie de te plaindre, ou quand tu es content, il y a là quelqu’un qui vit la même chose. On partage les émotions". Très rares sont les tensions, confient les deux compères-auteurs-compositeurs d’Aaron : "On se connaît très bien, et on respecte nos personnalités, assez différentes." Simon Buret - le plus expressif - est comédien à la base : un atout pour la musique? Pas sûr. "Dans la musique, tu es à poil, tu te livres, tu racontes ta vie, tu es à fleur de peau. Il n’y a pas de personnage derrière tout ça, pas l’idée de jeu." Intense, surprenant dans ses réarrangements (à commencer par le tube "U-Turn", et "Birds in the storms"), l’album live "Waves from the road" puise dans trois concerts du début de tournée "Unplugged & waves".

Essentiellement dans le troisième, précisent-ils: "La première date, on se dit "c’est enregistré", du coup, on est moins libre, la deuxième, "ça y est, on l’a enregistré", donc, on est libre, et la troisième (à Poitiers en l’occurrence), "c’est bon comme ça, on a tout", et on se lâche véritablement. Là, d’un coup, on était dedans, et le public aussi. C’était hyperexcitant." Au mixage du présent album - et, déjà, aux manettes sur la précédente tournée - officie un orfèvre du son, Dominique Brusson, connu notamment pour son travail avec le chanteur Dominique A. "C’est quelqu’un qui travaille tout en finesse. Et, précisément, le but n’est pas de faire un mur du son, il y a pas mal de matières dans nos musiques." De nouveaux instruments s’insinuent dans cette tournée (et donc, cet album), tels le lapsteel et le Rhodes. Le piano et la guitare, eux, apparaissent là où les connaisseurs d’Aaron ne les attendaient pas, et les chœurs s’étoffent.

Ce goût des "matières" fines et le rapport "intimiste" qu’Aaron entend, de manière générale, créer avec son public, ne s’accommodent-ils pas mal des festivals en plein air et des méga-salles ? "Curieusement, ça ne nous fait pas peur. On se sent autant à l’aise sur une grande scène que dans un club. On adapte les choses en fonction du lieu", indique Olivier Coursier. "On prend l’énergie des gens qui sont en face de nous, que ce soit tout petit, tout calme, ou bien une marée humaine, poursuit son compère. Il y a un truc en toi qui se déclenche, ou s’annule, je ne sais pas, quand tu montes sur scène devant autant de gens : tu ne les vois plus, tu fais partie d’eux, d’un tout".

"On nous a souvent demandé "comment vas-tu défendre cet album?", "comment attaquez-vous ça sur scène ?" Je n’ai jamais aimé ces mots guerriers: on ne défend rien, on ne fait pas une croisade Aaron. On fait de la musique, et si vous voulez venir nous voir, venez." Le groupe promet un concert à fleur d’épiderme, "dans l’accélération cardiaque". "On a gardé, sur le disque, le même ordre des chansons que sur scène", confie Olivier Coursier, encore "très attaché au format album" dans une ère qui explose les formats. "On raconte une histoire, nos concerts sont très construits, on se prend la tête pour qu’il y ait des liaisons entre les morceaux. Tout en se laissant des espaces d’improvisation." Le ciel peut, lui aussi, réserver quelque surprise... "Il y a eu ce moment bizarre, magique, au Paléo festival, raconte le tandem, invité à raconter un concert mémorable. On jouait sur la grande scène, il y avait un temps de merde, très nuageux. Au moment de "Seeds of gold", au moment où on fait chanter les gens, un trou s’est fait dans les nuages... genre "Le Seigneur des anneaux" : les nuages se sont déchirés, et le soleil a inondé tout le monde, les 50 000 personnes, le chœur. C’était sublime".

Comme le suggère le clip du nouveau titre "Tomorrow Morning", c’est loin de tout cela, des tournées et des tourbillons dorés, en duo, isolés du monde - à l’abri dans leur tente - que les compères se voient composer un troisième album. Et quand elle se met à rêver de collaborations, la tête bicéphale d’Aaron cite... Feist, mais aussi un autre tandem gagnant : Dominique A et Dominique Brusson, "Dom A et Dom B"...

Sophie Lebrun

(1) Aaron, "Waves from the road", Cinq7/Pias. En concert en janvier: le 26 à La Louvière (chap. Arsenic, complet), 27 à Bruxelles (AB) et 28 à Liège (Forum).

Écrire un commentaire