10.01.2012
Baxter Dury aime les filles...
... Si vous êtes comme-ci, téléphonez-lui...
Oui le Dury aime les filles, et pas seulement celles des magazines... De son timbre goudronneux cela fait bientôt dix ans qu'il leur conte fleurette. Les intellectuelles et celles qui le font marrer. Même celles qui font la grève ou celles qui vont camper. Sur l'"Happy Soup" qui, enfin, semble en passe d'éventer la mèche, il soupçonne les écarts d'une première ("Isabel"), conseille au mieux la seconde ("Claire") et évoque une Katy qui aurait perdu le sourire ("Leak At Disco"). Trois prénoms plus qu'universels, qui permettent à celui qui les souffle de séduire d'un coup une fraction significative de la gent féminine mondiale. Élémentaire, mon cher Baxter.
Déjà, sur son disque précédent, il buvait les paroles de l'une ("Lisa said") et se "dandynait" en parfait Anglais à la fête de l'autre ("Francesca's Party"). De quoi émoustiller plus d'une demoiselle fondue de son accent cockney et de sa tête à claque. Breaking news gentes dames, nombreuses seront les déçues: le joli british et bel et bien maqué et papa depuis 2002 d'un petit Kosmo.
Bien avant de faire la cour aux dames, le sieur Dury voit le jour au début des années septante, un matin de décembre à Wingrave, petit village du comté de Buckinghamshire au sud-est de l'Angleterre. Il naît d'un père célèbre et musicien prénommé Ian, fondateur du mythique groupe The Blockheads. Ce qui lui vaudra d'apparaître âgé d'à peine cinq ans sur la pochette du disque de papa, "New Boots and Panties!", les yeux hagards devant une boutique de lingerie. Un héritage que Baxter qualifie d'effrayant. Et le chanteur de se rappeler l'absence prolongée de son paternel, parti un an sur le tournage d'un film de Polanski en le laissant aux bons soins de Sulphate Strangler, un roadie tatoué des Blockheads... Ou comment il se servait de drogue dans la réserve perso de ce glorieux baby-sitter.
Très vite le jeune homme va aimer les filles de Cinéma, Audrey, Ingrid, Brigitte et autres Marilyn, car il est passionné par le 7ème art qui l'attire dès l'adolescence. Point de surprise en constatant la filiation de celle qui partage sa vie aujourd'hui, petite-fille du célèbre réalisateur hongrois Zoltan Korda. À l'époque de l'acné, il aurait voulu s'y essayer, mais c'est finalement vers la musique qu'il va se diriger. Baxter Dury a quatorze ans lorsqu'il quitte les bancs de l'école, aligne les petits boulots et se lie d'amitié avec un autre fils de punk, Ben Gallagher, fils du Clash du même nom, avec qui il compose ses premiers morceaux. Puis rien ne bouge jusqu'en 2000... Cette année-là, Ian Dury succombe à un cancer. Lors des funérailles, c'est en reprenant ses mots dans "My Old Man" que son fils lui rendra un dernier hommage, et lui offrira sa toute première performance. Sa carrière est alors lancée, ce sera bien les notes... Mais les siennes seront pop.
Deux années passent et, dans la foulée du EP "Oscar Brown", le premier disque du fiston sort en 2002. Au fil de "Len Parrot's Memorial Lift", on baigne dans les références soul-jazz et l'on croise des invités de marque comme Richard Hawley ou des membres de Portishead. Pour le suivant, "Floor Show", l'artiste fait appel aux anciens membres de Spiritualized, Damon Reece et Mike Mooney, dont l'influence amorce un virage et avec lesquels il signe entre autres l'époustouflant "Cocaine Man". Il y a quelques mois, il revenait seul avec "Happy Soup", des textes plus dépouillés, des mélodies toute simples et des gimmicks tue-tête. Produit, comme son prédécesseur, par Craig Silvey (Arctic Monkeys, Portishead, Arcade Fire, The Horrors). Une vraie formule magique où il concède néanmoins un rôle central à Madelaine Hart, qui l'accompagne sur scène à l'envi. Mélancolie, douceur, nonchalance et plume à fleur de peau... Telles sont ici les marques de fabrique de Baxter Dury, qui pourtant pense en rock plutôt qu'en folk. Sans doute une question génétique... "C'est la condition de songwriter qui me pose problème. Jouer en acoustique avec des bougies autour, porter une barbe brune… J'ai un problème avec la culture folk. Certains grands artistes y sont nés, mais je ne veux définitivement pas en faire partie. Ils manquent trop d'humour, je n'arrive pas à croire que leurs émotions sont sincères", confiait-il en septembre au magazine français Magic.
Enfin, les filles qui font vieille France, Baxter les aime aussi. Et l'Hexagone en général. Il ne cache d'ailleurs pas son affection pour les lumières de sa capitale. Le Britannique aura bien souvent traîné son raincoat sous les vieux réverbères des ruelles parisiennes. Et avoue avoir longtemps été obsédé par l'idée de faire un disque dans la langue d'Hugo et Molière. Chose faite en 2008, date à laquelle Dury Jr. produira l'album d'Alister ("Aucun Mal Ne Vous Sera Fait"), chanteur français barbu alors à ses prémisses. Trois années après l'inspiré "Floor Show", et trois avant son récent "Happy Soup". Il aura donc fallu s'armer de patience. "J'ai eu ce qu'on appelle une constipation psychologique… Qui a duré six ans! Rien ne sortait. Je n'avais envie d'être entendu par personne, je ne voulais plus partager ma vision du monde, ni ma musique. J'ai traîné avec un groupe restreint, à m'occuper de choses sans importance, jusqu'à atteindre un point d'ennui absolu..." Et accoucher d'un disque magistral.
Nicolas Capart
Baxter Dury sera en concert ce samedi 14 janvier sur la scène de la Rotonde (complet!) et y reviendra le 17 mai prochain pour les "Nuits Botanique".
15:05 Publié dans Culture, International, News | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note








































































































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