26.12.2011
Bénabar, homme de spectacle
Fort de ses expériences cinématographiques et théâtrales, l’artiste revient à la chanson avec “Les Bénéfices du doute. Il sera à Forest en mars prochain.
Gros plan, regard déterminé, sourire en coin: vous allez voir ce que vous allez voir, semble dire Bénabar sur la pochette de son nouvel album, “Les Bénéfices du doute”. Certes, le sixième opus studio de ce très populaire chanteur démarre sur un coup de gueule, (“Je risque de te paraître/politiquement correct/mais moi je t’emmerde”), qui trouve une sorte de prolongement dans “L’Agneau” – le mec qui aime “les vérités sur cintre, le prêt-à-penser, […] voudrait tant être à la mode qu’il s’épuise à courir derrière”. Mais globalement, on ne peut pas dire que cet album crée la surprise : Bruno Nicolini, alias Bénabar, trouve matière à chansons dans les petits événements du quotidien, use d’un langage direct, joue la proximité avec le (large) public.
Son inventaire des “râteaux” (après tout, “on a tous essuyé des refus”) est assez drôle, et les confidences d’un quadra entre deux eaux (“Alors, c’est ça ma vie !”) et d’un alcoolique (“Après de près”) plutôt touchantes ; mais “Quelle histoire !” sonne (comme la rumeur dont elle parle) creux, et “Moins vite”, sur les gosses qui grandissent, un peu gentille(tte). Plus novateur est l’habillage musical : sous la houlette de Jean-Louis Piérot (ex-Valentins), les textes se drapent de guitares, piano bastringue, harmonica, chœurs et, en guise de fil conducteur, banjo. Le spectacle, lui, ne devrait pas être du même tonneau, comme il l’explique dans ces colonnes. Et là, de fait, on va peut-être bien voir ce qu’on va voir , car Bénabar est, cela ne fait pas de doute, une bête de scène.
Les deux dernières années ont été chargées et diverses, pour vous: théâtre (“Quelqu’un comme vous” face à Jacques Weber), cinéma (il jouait dans “Incognito”, interprète une chanson dans “Cars 2”…), mise en scène… Et la musique là-dedans? Avez-vous songé à la lâcher pour vous consacrer à l’une de ces voies?
Non. J’ai vraiment pris ces autres expériences comme des cadeaux, je n’ai jamais pensé que c’était “normal” (“je fais des chansons donc je vais faire un film”). J’ai continué à écrire des chansons. Mais pour moi, c’est assez lié, je suis tranquille avec ça : je me considère comme un homme de spectacle au sens large.
Cela dit, la mise en scène a toujours été importante dans vos concerts…
Oui, on essaie, avec l’équipe, de faire du divertissement. Je ne considère pas ça comme un récital où l’on viendrait écouter religieusement mes chansons. On est nombreux sur scène – et on le sera encore plus en 2012, avec deux choristes – et il y a ce côté divertissement, oui, faire la fête, avec des inédits, des surprises Il peut n’y avoir qu’une ou deux chanson(s) du dernier disque : pour moi, un spectacle n’est pas le service après-vente d’un album.
C’est à ce talent de metteur en scène que Michel Delpech – l’un de vos modèles – a fait appel, en vous demandant de travailler, en tandem avec Jean-Paul Bathany, sur sa récente tournée…
On est des amis proches, j’étais très heureux de participer à cela. En plus, lui, il a un autre souci : avec 50 tubes, une longue carrière, quels morceaux choisir ? On a exhumé des vieux morceaux, qu’il n’avait jamais joués sur scène, comme “Le Petit rouquin”, qui datait de quand il était jeune homme Il s’est bien prêté au jeu. On lui a écrit des petites bêtises, des vannes : Popol (Bathany) lui a fait un sketch sur la dépression – et Michel, on lui a beaucoup rabâché ses histoires de dépression Les gens étaient morts de rire. Depuis, Michel a fait du cinéma, il a joué dans deux films. Ça ne m’a pas surpris : il a ce côté acteur, pince-sans-rire, qu’on ne voit pas forcément dans ses chansons ou ses interviews. Bref, on voulait sortir du côté “grand monsieur de la chanson française”, rigoler – il a beaucoup d’autodérision -, revisiter son répertoire différemment.
A côté des “grands messieurs” de la chanson que vous citez souvent (Michel Delpech, Joe Dassin, Charles Aznavour), et des contemporains Vincent Delerm, Cali ou Raphaël, y a-t-il de plus jeunes artistes qui vous touchent?
J’aime beaucoup Archimède, un couple de chanteurs. Ils ont un côté pop à l’anglo-saxonne. J’ai d’ailleurs fait appel à eux pour composer le morceau “Quelle histoire !”, justement parce qu’ils ont ce côté immédiat, frais que je voulais pour tout l’album : un truc sans artifices. Un album plus direct, plus brut.
Pourquoi avoir fait appel à Jean-Louis Piérot?
Je connaissais son travail, notamment avec Etienne Daho, Alain Bashung, Hubert-Félix Thiéfaine, mais en fait, c’est mon directeur artistique qui m’a proposé de travailler avec lui. Il a écouté les chansons et a compris tout de suite ce que je voulais faire, il m’a amené un truc assez personnel, radical, qui me convenait. Le fait d’aller dans quelque chose de “countrisant” , notamment. D’emblée, on s’est dit : on ne mettra pas de violons, pas de cuivres – alors que j’aime beaucoup les utiliser. Il a amené le banjo, la flûte traversière aussi Mais l’idée était de rester dans des choses simples. On l’a fait en live.
Sur scène, on pourrait imaginer une formule plus intimiste, guitare-voix améliorée. Or, vous allez être… onze, c’est ça?
Oui. De fait, j’étais parti sur un truc plus intimiste, je m’étais dit : j’ai 42 ans, je vais faire une tournée plus petite, plus sobre. Mais de fil en aiguille, on va faire le contraire. C’est peut-être aussi le climat ambiant, avoir envie de faire la fête et d’apporter cela aux gens, quelque chose d’un peu décomplexé, avec des petits sketchs Il y aura trois cuivres, deux guitares, deux choristes – un fantasme musical que je m’autorise à 42 ans.
Pourquoi pas avant?
J’avais cette peur que ce soit trop variété Et parce que je n’avais jamais rencontré ces filles-là. Quand Nathalie et Valérie sont venues chanter sur l’album, je me suis dit: ce serait super sur scène aussi! Je choisis les musiciens humainement aussi : on part sur la route, à quarante, on passe un temps infini ensemble, il faut qu’il y ait des affinités. Vous savez, j’ai un accordéon sur scène depuis 20 ans maintenant : c’est mon copain Denis, avec qui on faisait les bistrots au début. Je pense que s’il avait joué de la cornemuse, on aurait une cornemuse dans l’équipe. Je choisis plus les musiciens que les instruments.
“Politiquement correct” tourne bien en radio. D’où est née cette chanson?
D’un ras-le-bol, d’une réaction à tout un discours qui utilise la lutte contre le politiquement correct pour faire passer, ou ne plus condamner, des idées condamnables. On m’a déjà dit : “Ah ouais d’accord, t’es pas raciste, t’es pas antisémite, et j’imagine que t’es pas misogyne, quoi ! Ah, t’es politiquement correct !” Ce à quoi je réponds : “Oui, je suis politiquement correct, mais je t’emmerde”. Il y a toute une faune de gens qui se donnent le sentiment d’être follement spirituels en trouvant que c’est facultatif de dire qu’on n’a pas peur des mosquées. J’ai aussi entendu dire que “SOS racisme”, avec la petite main jaune “Touche pas à mon pote”, c’était “démodé, très années 80″!
La chanson “L’Agneau” répond à cela…
Oui. L’agneau, c’est le gars qui écoute le dernier qui a parlé – et qui parle bien – : pour lui, c’est celui-là qui a raison. C’est donc le mec qui change d’avis dix fois, et qui, en plus, prend les gens de haut.“Après de près” parle de l’alcool… Cela guette beaucoup d’entre nous, les addictions. Il y a toujours le risque du petit basculement… En plus, moi, je passe beaucoup de temps au restaurant, j’adore le vin, j’ai la chance de pouvoir m’offrir de bonnes bouteilles. C’est quelque chose que j’aime, mais je reconnais que c’est quelque chose qui peut devenir dangereux. Je me pose juste des questions là-dessus, comme beaucoup de gens. La musique est entraînante, je ne voulais pas que ce soit un truc pathos, genre “Tu es seul avec ta bouteille le matin Ta femme t’a quittéééé”. D’autant que l’alcool, c’est souvent festif – c’est le danger.
D’autres projets en vue, musicaux ou non?
En cinéma, oui, j’ai deux ou trois projets (comme acteur de comédie et comme coscénariste avec Jean-Paul Bathany) mais ils sont en suspens, je ne peux pas encore en parler. En théâtre, rien dans l’immédiat, mais j’ai deux ou trois projets au long cours.
Sophie Lebrun
Un disque: Bénabar, “Les Bénéfices du doute”, Sony. En concert à Forest National le 20 mars 2012. Infos: www.forestnational.be
12:16 Publié dans Agenda, International, Interviews | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note








































































































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