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07.11.2011

U2, retour sur un hiver berlinois

u2.jpgIl y a vingt ans, paraissait “Achtung Baby”, album charnière, chef-d’œuvre du groupe irlandais. Fin 1990, à Berlin, U2 passa le mur... du son. Rééditions à géométrie variable.

Cela faillit être l’album de la rupture bête et brutale, ce fut celui de la renaissance. Comme quoi, déjà, il ne faut jamais désespérer de rien, même du rock’n’roll. Et si, du rock, il n’a pas changé la face, "Achtung Baby" a fait définitivement évoluer ses concepteurs, le quatuor irlandais U2. A la fin de la décennie qu’ils marquèrent de façon indélébile, les années 80, les choses n’allaient pas très bien pour Bono et ses sbires. Après avoir été jusqu’au bout de leur martèlement post-punk sur fond de slogans politiques, ils sont allés se perdre à la recherche d’hypothétiques racines américaines, blues (avec B.B. King, tout de même), folk, country. L’album "Rattle and Hum" (1988) est l’un des plus faibles de la discographie d’un groupe qui, après ça, dut prendre une longue pause carrière.


La conclusion des cogitations fut qu’il leur fallait changer d’air. Alors que les poussières de la chute du Mur n’étaient pas encore retombées, les quatre Irlandais s’envolèrent pour Berlin, où ils arrivèrent le 3 octobre 1990. Avec eux, ils embarquaient deux fiers lascars, pas mal déjantés, qui avaient réalisé les fleurons que sont "The Unforgettable Fire" (1984) et "The Joshua Tree" (1987). Entre eux, la répartition des rôles fut essentielle.

En attendant, pour moitié assiégée pendant 28 ans, et maintenant en déséquilibre entre deux mondes qui se méconnaissent, l’ancienne capitale du Reich n’a rien de folichon. L’euphorie de novembre 1989 passée, les Berlinois ex-de l’Ouest et ex-de l’Est ont la gueule de bois. A l’automne, il y fait déjà froid. Ces circonstances externes plomberont le moral des troupes.

L’on peut se demander si le choix du lieu d’enregistrement, Das Hansa Tonstudio, n’a pas eu une influence décisive sur l’orientation musicale du futur album. Il est situé Köthener Strasse, dans le quartier du Kreuzberg, pas très loin des restes du Mur et de la Potsdamer Platz qui, à cette époque, n’était qu’un vaste terrain vague. Toujours la chouette ambiance. Mais le lieu a un son particulier, une couleur sombre et en même temps une belle spatialisation.

Il se dit que l’endroit fut une salle de bal pour la SS. Tout le monde a bien le droit de s’amuser, n’est-ce pas, mais cette histoire aurait fichu le bourdon aux musiciens irlandais. Le studio a aussi un passé artistique : Iggy Pop, Tangerine Dream, Depeche Mode, Nick Cave, Siouxie and the Banshees y ont déjà travaillé. Et aussi un certain David Bowie, qui y a enregistré une partie de "Low" et la totalité de "Heroes". Soit l’entrée du Thin White Duke dans l’ère électronique, sous l’égide - comme le monde est petit - d’un certain Brian Eno.

Quand ils commencent à bosser, les musiciens de U2 prennent des directions diamétralement différentes. Voilà-t’y pas que The Edge s’intéresse à la musique électronique, dance ou industrielle ? Dans ce studio très connoté synthés, il suscite la curiosité de Bono, qui est bien décidé à abattre le Joshua Tree Adam Clayton et Larry Mullen Jr. ont des visées rock beaucoup plus traditionnelles, Mullen le batteur craignant même pour son emploi, à cause de la concurrence des boîtes à rythmes

Ils en sont là, à travailler chacun de leur côté, proches du point de rupture, avec un Daniel Lanois désappointé car pas très sûr de l’option machines à sons, le barde canadien, lorsque Brian Eno, resté jusque-là en retrait, ramène sa fraise. Et quel est l’avis de Brian ? Que ces querelles de clochers sont vaines, qu’à l’écoute de ce qui a déjà été mis en boîte, les points de vue divergent moins qu’il n’y paraît.

Les quatre musiciens se remettent donc au travail et c’est une chanson, l’une des plus belles et émouvantes de U2, "One", qui sonne la fin de la récré. "One" la bien nommée, la réunificatrice, symbole de l’identité nouvelle. Ni la musique de U2, ni ses membres ne seraient plus jamais pareils.

Des quatre mois passés à Berlin - avec une interruption à Noël ; sont pas Irlandais pour rien, les gaillards - ne sortirent que deux titres terminés. L’essentiel sera enregistré à Dublin. Mais la dynamique d’"Achtung Baby" était lancée. De l’album furent extraits cinq simples : "The Fly", "Mysterious Ways", "One", "Even Better Than the Real Thing", "Who’s Gonna Ride Your Wild Horses". L’évolution ne fut pas que musicale. Laissant les thématiques politiques de côté, les chansons évoquent des questions personnelles - religion, sexe, amour, solitude - entre ombre et lumière.

Pour U2, cette entrée dans l’ère électronique eut un effet libérateur qui s’est exprimé dans les deux tournées qui ont suivi, "Zoo TV" en Amérique et "Zooropa" ici, avec l’album "Zooropa", plus clairement techno, entre les deux. C’est durant ces deux tournées que Bono a muté en The Fly, puis en MacPhisto Lâché, notre homme ne se tient plus ; il sent que, tout ça, c’est du rock’n’roll comme il faut. Achtung, Baby.

"Achtung Baby" existe en cinq versions : l’album simple ; l’album avec un disque de remixes et faces B; un coffret de quatre 33 tours vinyle, deux pour caser l’album original, deux pour les remixes; un coffret dit "Super Deluxe" de six CD et quatre DVD, superbe livre et portfolio d’images de la pochette, le tout pour moins de 100€, donc le meilleur rapport qualité-prix pour le fan ; un coffret "Über Deluxe" pour le fan acharné qui a les moyens, comprenant tout ce qu’il y a dans le Super Deluxe plus l’album original en double 33 tours, les cinq simples en autant de 45 tours, etc. Chez Universal Music.

Dominique Simonet

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