23.09.2011
Gershwin au pays du surf
Le Beach Boy Brian Wilson était à l'AB jeudi soir.
Dans la série des papys du rock nés pendant la guerre, Brian Wilson n’a ni la verdeur de Paul, ni le déhanchement de Mick, ni l’élégance de Bryan. Aux substances diverses qu’il a absorbées sont venus s’ajouter les troubles psychiatriques : la permanente immobile, le visage souvent inexpressif, l’ex-leader des Beach Boys a aujourd’hui l’allure un peu gauche et raide d’un ancien du Vietnam. Assis (caché ?) derrière un piano électrique dont il ne joue que très occasionnellement, le regard rivé sur le prompteur où défilent les textes qu’il a oubliés alors même qu’il les a tant chantés, il n’a rien d’une star. Plutôt un grand-père gentil mais bourru, qui chanterait pour ses petits enfants et dont la voix, incapable d’atteindre encore les aigus d’autrefois, se briserait plus d’une fois. Entre émotion et compassion, il est des moments où l’on en pleurerait presque.
Pourtant, pour celui qu’on qualifia de "Mozart du rock" dans les sixties, on pense aux mots de Schumann pour Chopin : "Chapeau bas, Messieurs, un génie". Jeudi, dans une AB bien garnie sinon pleine, les garçons et filles de plage de tous âges en étaient persuadés : de "California Girls" à "Good Vibrations" en passant notamment par "Surfer Girl" (sa première composition), "Do You Wanna Dance", un superbe "I Get Around" et quelques extraits du légendaire "Pet Sounds" (dont "God Only Knows", "la meilleure chanson que j’aie jamais écrite", dixit Wilson en écho à son ami McCartney qui le reconnut très vite), Papy Brian est bien un grand nom de la musique américaine du XXe siècle.
Et, même diminué, il sert encore avec élégance ces perles, ses musiciens (neuf, dont le fidèle Jeff Foskett, et une section de cordes en plus) prenant ça et là le relais pour les inimitables harmonies ou même le chant principal. Harmonies ? En première partie de soirée, elles auront aussi servi un autre grand. Donnés dans d’extraordinaires arrangements vocaux et instrumentaux, "Summertime", "I Got Rythm" et autres "Someone to Watch Over Me" glissent avec élégance sur les vagues. Bel écho à l’album "Reimagines Gershwin".
N.B.
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