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22.09.2011

Zaza et son orgue à boutons

230.jpgTalons hauts, accordéon (ou apparenté) et chœurs “wap-dou-wap”: le rock’n’roll selon Zaza Fournier. “Regarde-moi” est son second album.

Dans l’abécédaire de la chanson française, entre Zaz et Zazie, une certaine Zaza fait sa place, petit à petit. Zaza Fournier, pour être complet. Elle se serait bien contentée de son vrai prénom, Camille, mais il était déjà pris Alors elle a choisi Zaza, un nom rigolo, rétro, rock’n’roll, un peu Zizi (Jeanmaire), un peu zazou. Ce samedi soir, elle fera une apparition sur la Grand-Place de Bruxelles, lors du grand concert de la Fête de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Le temps de distiller une "Vodka fraise" serrée où la narratrice, vissée à sa chaise, "regarde danser les glaçons tout au fond" tandis que "valsent tout autour/Ces filles aux sourires larges/Qui irradient d’amour".


Pour en découvrir davantage sur ce tempérament bien trempé et ces mélodies volontiers rétro, tendance rockabilly wap-dou-wap et twist bien affirmée, il faut se plonger dans l’album "Regarde-moi" paru en juin - successeur de "Zaza Fournier" (2008). Ou bien avoir assisté à son concert aux Ardentes, début juillet : la jeune Française (26 ans), en smoking et talons aiguilles, y a fait montre d’une belle aisance et d’un jeu de scène expressif, un peu théâtral.

Il est vrai que Zaza Fournier a déjà beaucoup tourné, y compris dans la rue où elle a fait ses débuts , sans autre but alors que payer ses études de théâtre, précise-t-elle. Mais voilà, elle y a pris goût. La rencontre avec deux professionnels, Rob (claviériste de Phoenix, arrangeur) et Jack Lahana (réalisateur pour Brigitte Fontaine, La Fiancée ), a achevé de placer la musique à l’avant-plan. C’est ce tandem, d’ailleurs, qui a réalisé ses deux albums. "Je ne suis pas assez bonne musicienne. Ils arrivent à traduire ce que j’ai dans la tête" confie celle qui a, ceci dit, jadis étudié le violon.

Plus tard, elle lui préférera l’accordéon. "J’ai découvert cet instrument entre les bras de ma tante, et je l’ai trouvé sensuel, très complet et très rock’n’roll. Après, j’ai compris qu’il allait falloir bosser pour montrer cette facette, loin de la musette et de la chanson réaliste - c’est pour cela que j’ai travaillé au départ avec des boîtes à rythme et des synthés."

Pour son second album, "Regarde-moi", Zaza Fournier a toutefois fait des infidélités à l’accordéon, jetant son dévolu sur un de ses cousins : un orgue à boutons (de 1978). "Je chinais - j’aime bien les instruments un peu bizarroïdes, laissés pour compte - et je suis tombée sur cette espèce de vieux et gros monsieur", dit-elle comme on parlerait affectueusement d’un gentil ogre. Un "hybride": s’il possède un clavier d’accordéon, il s’agit bien d’un orgue: "Il a le son de l’orgue, des boîtes à rythme, des arpégiateurs, différents sons qui m’ont permis d’être indépendante: je pouvais écrire une ligne de basse, mettre une percu Le tout, avec un son qui sent les années 60 mais qui a aussi une résonance très actuelle."

Amour rêvé, amour déçu, amour cassé, amour filial aussi : en mode yéyé ou parfois plus posé, les petites histoires de Zaza Fournier tournent presque toutes autour de ça. Elle acquiesce: les chansons d’amour, elle en écoute à foison. Après tout, "Elvis, Christophe, ce n’est que ça. Et Tom Waits il y a beaucoup de ça". Mais "chanson d’amour", ça ne veut pas dire grand-chose, poursuit-elle: "Ce qui m’intéresse, c’est ce qui nous rend beau, ce qu’il y a de compliqué à dire, à faire, à vivre, et pourquoi on veut quand même le vivre, nos paradoxes, comment on vit avec, et surtout comment on arrive à vivre les uns avec les autres, à mettre de côté nos pulsions... L’autre, soi avec l’autre, c’est un beau sujet." Pas pour rien que cet album s’intitule "Regarde-moi", dit-elle. La chanson éponyme, où elle joue les séductrices impatientes, parle certes "du rapport amoureux, du besoin qu’on a de plaire et d’exister dans le regard de l’autre ; mais aussi du regard que pose le public sur l’artiste. Etre une femme sur une scène regardée par des centaines d’yeux, c’est tout de même étrange". Ces questions, Zaza Fournier les aborde avec une féminité, voire une sensualité assumée, non sans humour ou second degré. Qu’elle joue la belle lassée des "garçons des villes", en quête d’un cow-boy ("Rodéo"), la femme-enfant qui attend son "Johnny chéri", ou encore celle qui met sa robe de bal et s’arme d’un... revolver pour son anniversaire ("Tu vas sauter en chanson/C’est mon cadeau de départ/Pas besoin de fanfare/On va faire ça sans façon").

Sur scène, le ton est plus rock, tendu. "C’était voulu dès le départ. J’assume davantage ce que je suis que sur le premier album ; et celui-ci est plus organique : ce ne sont que des instruments, des musiciens, pas de machine." Zaza Fournier est entourée d’une belle brochette de garçons, dont le fameux Rob. Mais où se terre son cher monsieur à boutons? Las, "il est trop vieux, il se désaccorde dès qu’on le bouge". Et l’orgue à boutons est un instrument rare "Mon rêve, c’est de m’en faire fabriquer un, mais bon il va falloir que je vende un peu plus de disques!"

Sophie Lebrun

Zaza Fournier, "Regarde-moi", Warner.

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