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19.09.2011

Pink Floyd: de la découverte à l’immersion

440.jpgDe 1967 à 1983, Pink Floyd a imprimé sa marque sur le monde de la musique. Parcours discographique avec ses expérimentations, ses hauts et ses bas...

La parution, le 4 août 1967, de l’album "The Piper at the Gates of Dawn" par Pink Floyd marque l’entrée de la Grande-Bretagne, et bientôt de la vieille Europe, dans l’ère psychédélique dont les premiers effluves émanaient de Californie. Des sons étranges, atmosphériques et torturés, des visées galactiques et des comptines enfantines mâtinées d’une certaine ironie : Syd Barrett a enclenché l’ "Interstellar Overdrive"


Au niveau britannique, ce premier chef-d’œuvre floydien marque aussi l’avènement de ce qu’on a appelé l’école de Cambridge. Roger Waters, Roger "Syd" Barrett et son futur remplaçant à la guitare, David Gilmour, sont originaires de la ville universitaire. L’on opposera cette "école" à celle de Canterbury représentée par Soft Machine. Les expérimentations des deux écoles se recouperont cependant parfois, et Nick Mason, batteur du Floyd, réalisera certains albums de l’ex-leader de la Machine Molle, Robert Wyatt.

En attendant, Barrett brûle la chandelle par les deux bouts et sa santé mentale se détériore rapidement. D’abord doublé par Gilmour à la guitare, il quitte la capsule spatiale en pleine révolution Pink Floyd survivra-t-il sans son premier pilote ? "A Saucerful of Secrets" (1968) montre que oui, avec un groupe barré par Waters et Gilmour, toujours dans les étoiles ("Set the Controls for the Heart of the Sun"), moins drôle et déjà plus torturé. Syd Barrett y fait ses adieux avec "Jugband blues", où il constate : "I’m most obliged to you for making it clear/That I’m not really here".

Double 33 tours parfois sous-estimé, "Ummagumma" (1969) est pour moitié enregistré en public, où il montre un univers sonore en constante expansion. Le deuxième disque est partagé entre les musiciens du groupe, Roger Waters, David Gilmour, Rick Wright, Nick Mason. Effets sonores, collages, Ummagumma contient les prémices de ce qui aboutira, dans quatre ans, à "The Dark Side of the Moon".

Refusant de se laisser enfermer dans un carcan psychédélique et space rock, Pink Floyd s’attaque, avec "Atom Heart Mother" (1970), à une musique orchestrale plus conventionnelle. Ce que la pochette à la vache est beaucoup moins. Le designer Storm Thorgerson, qui concevra toutes les pochettes du groupe après "The Piper", a photographié le premier troupeau de bovins qu’il croisa en sortant de chez lui, à Potters Bar, et voilà comment Lulubelle III, selon le propriétaire du ruminant, entra dans l’histoire du rock’n’roll. Avec cette version remasterisée, vous aurez l’impression que, lors de son "Psychedelic Breakfast", Alan fait cuire ses œufs au plat dans votre salon. A moins que ce soit une omelette aux herbes.

Les deux musiques de film pour Barbet Schroeder, "More" et "Obscured by Clouds" (La Vallée) exploitent au mieux et au pire le versant folk planant du quatuor de Cambridge. "Meddle" (1971) revient à plus de diversité créatrice. La suite "Echoes", qui couvre toute la face B du 33 tours, est un hymne psychédélico-subaquatique. Après "2001 Odyssée de l’espace", Pink Floyd nous fait "Das Boot" Sans effet lumineux ni psychotrope, "Echoes" est d’un impact visuel et mobilisateur incroyable.

Deux ans plus tard, "The Dark Side of the Moon" (1973) est l’album du succès planétaire et de toutes les contradictions (voir ci-dessous). Le groupe s’en remettra-t-il ? Au "Dark Side of the Moon" désincarné à force de noirceur répond un "Wish You Were Here" (1975) plus humain. Le disque commence et finit par "Shine On, Crazy Diamond", pièce en neuf parties en hommage à Syd Barrett, le Crazy Diamond en question. "Welcome to the Machine" illustre à nouveau la vision pessimiste que Roger Waters a du futur. La suite lui donna raison, même pour Pink Floyd.

Survolé par la guitare de Gilmour et, sur scène, par le cochon volant, "Animals" (1977) est tout aussi pessimiste quant à une humanité aux allures porcines, ovines ou canines. En 1979, "The Wall" marque la prise du pouvoir de Roger Waters sur le groupe. Ce double album, c’est lui, son histoire réelle et fantasmée, ses phobies, ses délires, son ego. Incrustée d’éléments autobiographiques, sa structure narrative lui vaut d’être pris pour un opéra rock. Un choc à l’époque, qui peut lasser aujourd’hui par le côté matraquant de certaines chansons.

La suite logique du Mur, c’est "The Final Cut", (1983) qui s’élève contre la guerre. Mais, dans le groupe, l’entente n’y est plus, l’inspiration s’assèche, le travail en studio s’aseptise. Roger Waters s’en va et, même s’il a pris trop de place à un certain moment, son absence se fait cruellement sentir dans "A Momentary Lapse of Reason" (1987) puis "The Division Bell" (1994). Preuve que, depuis le départ de Syd Barrett, Pink Floyd reposait sur l’équilibre entre la plume de Roger Waters et le manche de guitare de David Gilmour.

Dominique Simonet, dans les étoiles

Coffret "Discovery", les 14 albums studio de Pink Floyd remasterisés, disponibles aussi à l’unité. EMI Music.

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