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31.07.2011

Brian Eno, la quête du temps et des chansons

Brian Eno.jpgPour son nouvel album “Drums Between the Bells”, rencontre avec le génial co-fondateur de Roxy Music. A la fois producteur, musicien, peintre, penseur.

Des poèmes mis en musique par un compositeur ? La chose était courante au XIXe siècle, elle l’est moins au XXIe. Toujours préoccupé par la difficulté de composer des textes pour des chansons, Brian Eno a choisi, pour son dernier opus, des textes du jeune poète anglais Rick Holland. Ce n’est peut-être pas l’album le plus accessible de l’extraordinaire sorcier, mais la démarche est passionnante, tout comme le sont ses vues sur la musique aujourd’hui. En exclusivité pour la Belgique, il recevait "La Libre" la semaine dernière dans son atelier de Notting Hill. Tout en travaillant à ses toiles


Votre nouvel album mêle vos musiques aux poèmes de Rick Holland. Dans quel ordre avez-vous travaillé?

Vous pouvez imaginer toutes les façons de procéder, et vous dire que chacune correspond effectivement à l’un ou l’autre cas. Dans certains cas, Rick est venu avec des textes et m’a dit : "Tu as quelque chose pour cela ?", alors que dans d’autres il fouillait dans mes musiques et disait: "Tiens, ceci pourrait marcher." Mais il est aussi arrivé que je lui fasse entendre un morceau de musique et qu’il cherche un texte qui s’y apparentait bien, quitte à changer l’une ou l’autre phrase ; ou alors, quand il n’avait rien, je lui demandais d’en écrire un nouveau. Tout comme il m’est arrivé de composer aussi un nouveau morceau pour un poème.

Les voix lisant les poèmes sont celles d’inconnus. Comment les avez-vous choisis?

Ce sont tous des gens du quartier ! Il y a un type qui travaille dans mon club de gym, une fille qui fait de la publicité pour un groupe auquel je collabore, une femme que j’ai rencontrée dans la rue et même mon comptable Des gens dont j’aime la voix. Quand je me sentais prêt pour un morceau, je sortais dans la rue et je demandais "Voulez-vous bien lire un poème ?" Le plus souvent, les gens disaient oui, ils me faisaient confiance. Je me demande pourquoi Je les ramenais ici, dans mon atelier, je leur donnais deux ou trois poèmes à lire et j’enregistrais.

Les textes n’étaient pas prédestinés à des voix d’homme ou de femme?

Rien n’était prédestiné ! Je me suis rendu compte que, finalement, j’avais plus de voix féminines, mais c’est un hasard. Je ne pense pas assez à l’égalité des sexes quand je fais des albums Si j’avais été politiquement correct, j’aurais été attentif à cela et j’aurais corrigé les déséquilibres. Puis, je me serais aperçu qu’il n’y avait pas assez d’Africains, ou pas assez de Néerlandais

Vous lisez, et parfois même vous chantez, certains textes…

C’est quand je n’avais personne d’autre sous la main ! Mais j’ai voulu abolir cette distance entre le parlé et le chanté. Parler n’est qu’une façon de chanter. A moins que ce ne soit le chant qui est un mode de parole ? Et entre les deux, il y a tout un spectre d’hybrides

Vous manquez de confiance en vos capacités de chanteur?

J’aimerais bien en manquer! Et plein de gens seraient ravis que j’en manque Hélas, je n’ai aucun scrupule, aucun manque de confiance, c’est terrible. Et j’adore chanter!

Mais vous chantez peu! Vos albums chantés restent rarissimes…

Retrouvez la suite de l'interview dans votre Libre Belgique de ce samedi

Nicolas Blanmont

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