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30.07.2011

L’autre Brian, conscience et référence

brian-eno-776684.jpgPortrait d’une conscience, à la fois gourou et référence de tout le courant intellectuel du rock des 40 dernières années.

Au commencement, le temps de deux ans et de deux albums (1972-1973), Roxy Music était bipolaire. Côté cour, Bryan (avec Y) Ferry, le brun, le dandy, le chanteur qui attirait tous les regards ; côté jardin, Brian (avec I) Eno et ses longs cheveux blonds, l’extravagant, le claviériste avec des trucs à plumes et des tenues léopard qui tripotait ses machines. Près de quarante ans ont passé: le crâne rasé, les extraordinaires yeux bleus et l’élégance détendue du sexagénaire qui nous reçoit sont forcément très loin de ces images dont le témoignage subsiste sur Youtube, mais il s’agit pourtant bien du même homme: Brian Peter George St John Baptiste de la Salle Eno, né (de mère belge et de père anglais de souche française) à Woodbrige (Suffolk) le 15 mai 1948, plus connu sous le nom de Brian Eno ou éventuellement sous l’anagramme de Brain One.


De cet homme de l’ombre, le grand public ne connaît sans doute, et encore, que la qualité de producteur des deux groupes de rock les plus plébiscités aujourd’hui, U2 et Coldplay. Producteur, il le fut pourtant aussi de plusieurs groupes et albums depuis la fin des années 70 (Ultravox, Talking Heads, Devo, The James), mais c’est la liste de ses collaborations (Genesis sur "The Lamb Lies Down on Broadway", Bowie sur la trilogie berlinoise puis sur "Outside", mais aussi Kevin Ayers, Nico, Robert Fripp, Robert Wyatt, Peter Gabriel, Cluster, John Cale, David Byrne, Daniel Lanois et même Bryan Ferry) qui impressionne le plus.

Tout comme la liste de ses albums solos, qu’ils soient chantés ("Here Comes the Warm Jet", "Taking Tiger Mountain by Strategy", "Another Green World" et "Before and After Science" dans les années 70, puis "Wrong Way Up" avec John Cale en 1990, et "Another Day on Earth" à nouveau en solo en 2005, tous les six extraordinaires et indémodables) ou instrumentaux, réinventant la musique d’ascenseur (la série "Ambient Music"), magnifiant l’électro et annonçant le hip-hop. Il a ainsi contribué à plus d’une centaine d’albums, sans oublier ses autres activités, depuis la signature d’une musique pour une des versions du système d’exploitation de Windows jusqu’à la mise au point d’un algorithme générant un carillon unique pour une horloge de longue durée, sonnant une fois par jour pendant dix mille ans, en passant par diverses performances.

Pur produit des art schools britanniques, arrivé dans Roxy Music sans savoir jouer d’un instrument mais parce qu’il était capable de bricoler des sons avec un enregistreur Revox, revendiquant le hasard comme un facteur fondamental de création (matérialisé dans ses fameuses cartes "Stratégies obliques"), Eno est devenu le sorcier des synthétiseurs et des studios, mais aussi une conscience, à la fois gourou et référence majeure de tout le courant intellectuel du rock des quarante dernières années. S’il continue à se définir comme non-musicien, ce n’est pas seulement parce qu’il est aussi peintre, penseur engagé (il donne régulièrement des chroniques à l’ "Observer"), et pédagogue: c’est aussi parce que l’homme reste d’une modestie réelle. Avec lui, l’humour n’est jamais loin, comme en témoignent ses réponses, mais aussi, sur Internet, l’auto-interview parodique qu’il a récemment enregistrée, s’affublant de la perruque et des questions pâteuses d’un improbable Dick Flash, journaliste à "Pork Magazine".

Nicolas Blanmont

www.enoweb.co.uk (site non officiel); http://video.liberation.fr/video/iLyROoafZ4a4.html

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