11.06.2011
Amon Tobin, rencontre du 3ème beat
Vendredi l'AB se transformait en vaisseau Enterprise pour la venue du dj brésilien et sa tournée ISAM.
Il est à peine 18h30 et déjà, sur le bitume du Boulevard Anspach, a commencé le balais incessant des chercheurs de tickets. Dès les premières images de cette nouvelle tournée divulguées sur la toile, tous les sésames restants ont très vite trouvé acquéreurs. Car, avec "ISAM", Amon Tobin crée l'évènement et propose un véritable spectacle "sons&lumières", en marge de son septième album studio. Un projet gargantuesque dont le volet européen ne passera que par cinq capitales chanceuses du Vieux Continent: Berlin, Paris, Amsterdam, Londres et Bruxelles ce vendredi.
C'est un visage connu qui assure l'avant-propos. Derrière ses airs de nerd intello, Nate Donmoyer est à la fois batteur du groupe Passion Pit et tête pensante de Shuttle, son double électronique, qui venait il y a peu grossir les rangs de Ninja Tune. En vraie perte de vitesse depuis quelques années déjà, le label anglais envoie ce soir l'un de ses derniers remparts dans notre capitale. Une valeur sûre en la personne d'Amon Tobin, indomptable producteur brésilien dont la musique ne sent pas vraiment le sable chaud mais plutôt la pluie de météorites. Vers 21h, la foule impatiente est plongée dans l'obscurité et les rideaux s'ouvrent pour mettre fin au suspense...
On découvre enfin "la bête". Devant nous se dresse une imposante structure de plus de cinq mètres de large et d'au moins quatre de haut, faite de cubes multiples s'imbriquant de manière aléatoire. À l'instar de son collègue Dj Shadow "live from the Shadowsphere" il y a quelques années, notre hôte Amon Tobin a pris place au cœur de son joujou, niché dans l'une des cases centrales avec toutes ses machines. Les notes introductives déboulent alors et, avec elles, les premières images futuristes. Deux projecteurs surpuissants placés dans le fond de la salle se mettent en branle et diffusent sur ces cubes des images aussi spectaculaires qu'inquiétantes. Voie lactée, verre brisé, toile d'araignée, navettes d'acier... infinies semblent les possibilités. Dégâts potentiels: fracture nette de l'œil droit, décollement de la rétine ou paupières retournées. Mais on garde les mirettes grandes ouvertes.
Musicalement, Amon Tobin innove toujours, poursuivant la démarche initiée à l'époque du génial "Foley Room" (2007). Au diable le craquement des vinyles samplés ou les breaks empruntés au jazz, ici encore le Brésilien laisse libre cours à son imagination débordante. Mobilier grinçant, ampoules qui s'entrechoquent ou ressort bondissant sont autant de sources saugrenues dont se nourrissent les nouvelles compos de "ISAM". Parmi elles, on croit reconnaître les mélodies de quelques hits d'antan ("Esther", "Sordid", "Killer's Vanilla"), sans pour autant en être certain. Les décors sonores se superposent et oscillent entre grâce, puissance et chaos travaillé. En bout de course, Tobin s'offre même un quart d'heure brésilien, quelques scratches et quitte l'ambient pour faire danser la foule. Au terme d'1h30 de show, le cortex en émoi, nous tentons de retrouver l'équilibre. Et Amon, le prestidigitateur, regagne sa galaxie.
Nicolas Capart
17:06 Publié dans Concerts | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : isam, ancienne belgique, amon tobin, ninja tune
































































































Commentaires
C'est toujours aussi plaisant de lire vos articles, Monsieur Capart. A défaut d'affirmer comme Oxmo Puccino "qu'une voix comme la vôtre se réécoute", je me contenterai de dire que le style que vous avez est reconnaissable dès le titre et que vos remarques percutantes et pertinentes sont souvent plus qu'appréciables :)
Écrit par : Marie | 14.06.2011
Ce fut un remarquable tour, j'ai été ravi
Écrit par : kamagra | 20.11.2011
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