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30.05.2011

Rétro jusqu’au bout des doigts

kitty-et-daisy.jpgLe jeune trio “Kitty, Daisy & Lewis” voue un culte aux fifties, rock’n’roll et vinyles. Confirmation avec l’album “Smoking in heaven”.

Banane bien gominée pour lui, coiffure pompadour pour elles, et seyants costumes à l’avenant: fifties, sinon sixties. Les Londoniens Kitty, Daisy et Lewis Durham sont frère et sœurs. Auteurs, compositeurs, interprètes et multi-instrumentistes (piano, guitare, lap steel, banjo, harmonica, trombone et on en passe). Ils ont vingt ans en moyenne, et déjà trois albums - dont un de reprises - à leur actif. Bien ancrés dans le rock’n’roll, le rockabilly, le swing et d’autres genres en vogue au milieu du XXe siècle. Lewis collectionne les 78 tours et grave lui-même ses vinyles. Papa et maman Durham accompagnent leur progéniture en tournée : lui comme guitariste, elle comme bassiste. Mais le plus beau de cette histoire, c’est qu’elle se passe au XXIe siècle. Kitty, Daisy et Lewis sont nés au tournant des années 1980 et 90. Leurs premières grandes scènes, ils les ont foulées en ouverture de... Coldplay, Mika ou Razorlights. L’été dernier, ils se sont produits au festival Pukkelpop. Exotique, isn’t it?


Ils sont là, attablés, au café de l’AB. Bon, à la ville, le look n’est pas aussi vintage que sur papier glacé, et le trio s’avère moyennement causant au terme d’une longue journée de promo. Au moins a-t-il eu le temps de faire un saut dans les magasins de vinyles du quartier, où il a fait des trouvailles jazz, si l’on en croit les disques de Bill Doggett et Art Hodes que Lewis est occupé à ausculter. Sur la pochette de leur second album qui paraît ce 30 mai, Kitty, Daisy et Lewis, serrés autour d’une table noire de paquets de clopes, bouteilles d’alcool, chips et autres restes de nourriture, toisent le mélomane en lui lançant des volutes de fumée. Le titre: "Smoking in heaven". Bienvenue chez les Durham.

Kitty-Daisy-Lewis-roof-2.jpgGraeme, leur père, est cofondateur des studios de masterisation The Exchange à Londres. Surtout, "il nous chantait et jouait des morceaux à la guitare, des chansons folk traditionnelles notamment; la maison était pleine d’instruments qu’on attrapait pour l’accompagner, pour s’amuser , racontent ses trois enfants . On a eu des cours de piano, précisent-ils , mais on a vite abandonné. Le prof nous montrait comment lire la musique; nous, ce qu’on voulait apprendre, c’est les riffs de rock’n’roll." Leur mère, Ingrid Weiss, fut un temps batteuse des Raincoats, groupe post-punk féminin des années 70-80. "On ne l’a jamais vue jouer de la batterie" note sa progéniture qui, par contre, se souvient de ses disques des Kinks, T.Rex et Velvet Underground. La discothèque familiale était bien fournie et éclectique (rock’n’roll, pop, blues, jazz, musiques jamaïquaines, samba des années 60), avec un penchant pour l’Amérique, portée par des figures telles Elvis et Johnny Cash. "Nos parents nous ont, plus que la moyenne, ouvert une grande variété de terrains musicaux. Après, nous avons fait nos découvertes, notre propre univers, plus ancré dans les musiques noires", prolonge Lewis, dont les idoles sont à chercher parmi les vieilles légendes du blues, Muddy Waters et Howlin’Wolf en tête.

Encore ado, la fratrie Durham décide de passer à l’action, sur scène d’abord et, dès 2007, sur disque, avec un album de reprises intitulé "A-Z of Kitty, Daisy & Lewis: The Roots Of Rock’n’Roll". En 2008 paraît son premier album éponyme, qui inclut quelques compositions propres. En 2011, le trio s’émancipe de ses sources d’inspiration musicales - tout en restant dans leur esprit (années 50 surtout) - en sortant un album 100 % signé Durham, "Smoking in heaven". Kitty, Daisy et Lewis sont désormais majeurs, mais cela ne les empêche pas de continuer à tourner avec leurs parents. Pourquoi pas eux, d’ailleurs? "C’étaient juste les musiciens qu’il nous fallait ! On jouait ensemble depuis longtemps, et ils nous comprenaient, et comprenaient notre façon de faire du rock". Et bien oui, pourquoi pas: "On sort de temps en temps ensemble, on va au pub ensemble" confie la cadette. Au fait, est-ce un avantage ou un inconvénient d’être frère et sœurs? "On se dispute, comme dans toutes les familles, mais en tant que groupe, on travaille très bien ensemble. On sait qu’on va toujours rester ensemble, parce qu’on est une famille; on n’a pas peur de tenter des choses. Quoi qu’il arrive, on fera toujours de la musique ensemble à la maison."

L’album, du genre sautillant, voyage entre différents genres. Deux pièces cousues de ska bien balancé par exemple, "Tomorrow" et "I’m so sorry" où Kitty, Daisy & Lewis s’entourent de légendes jamaïcaines du genre: le trompettiste Eddie "Tan Tan" Thornton et (sur "Tomorrow") le tromboniste Rico Rodriguez. "Baby don’t you know", lui, penche vers le R&B - à l’ancienne, faut-il le dire. Ailleurs, c’est plus jazz, ou blues. Ou rock’n’roll à faire se damner papy et mamy au thé dansant, mais aussi tout festivalier rock prêt à se remuer le popotin et donner du "(oh) baby" - il y en a sur quasi chaque morceau. L’album compte encore trois longs instrumentaux, sortis de jam sessions familiales. "En deux mois, l’album était fait", note Lewis. "Pour obtenir de la bonne musique, mieux vaut ne pas trop jouer les morceaux avant de les enregistrer".

Côté son, on ne sera pas étonné d’apprendre que chez Kitty et Cie, tout est réalisé à l’ancienne; le digital est banni. L’album a été produit et enregistré dans le studio vintage créé par Lewis à la maison, à l’aide de micros à rubans, bandes magnétiques et autres équipements d’un autre siècle. Au fait, on imagine mal la demeure familiale - vieille maison victorienne - meublée en style contemporain dernier cri. "Maman a toujours aimé les trucs vintage, acquiesce le trio. On collectionne les choses anciennes, pas seulement des années 50 d’ailleurs. Et pas uniquement parce qu’elles sont vieilles, mais parce qu’auparavant, les choses étaient de bien meilleure qualité. Même chose avec les vieilles maisons." Dans le grenier, Ingrid Weiss, couturière à ses heures, conserve d’anciens patrons et robes des années 40 à 60, racontent ses filles.

Sur scène, Kitty, Daisy & Lewis sont réputés pour leur enthousiasme communicatif. Le regard ailleurs mais les pieds ancrés dans leur époque et leur pays natal. "Les Etats-Unis? J’aimerais y voyager, mais pas y vivre, c’est trop bizarre" confie Lewis. "C’est plus excitant d’être un Anglais découvrant des trucs américains; et de découvrir aujourd’hui la musique des années 50", prolonge Daisy.

Sophie Lebrun

Kitty, Daisy & Lewis, "Smoking in heaven", Sunday Best/Pias.

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