31.05.2011
Catherine Ringer, comme pas deux
Album “Ring n’ roll” sous le bras, l’ex-Rita Mitsouko déboule au Bota le 4 juin.
La Ringer est de retour. Catherine de son prénom. L’ex-madame Rita Mitsouko sort en ce printemps 2011 son premier album solo, "Ring n’ roll". Quatre ans après la disparition de sa moitié, Fred Chichin, emporté par un cancer fulgurant en novembre 2007. L’album est à l’image de cette artiste, qui a toujours fait se côtoyer la gaieté et la gravité - une marque de fabrique que ce décalage entre la forme et le fond. Cela commence avec un "Vive l’amour" primesautier avant un "Punk 103" déstructuré. A la toute fin, un ovni, "Mahler", où, sur la trame musicale de l’adagietto de la symphonie no 5 du compositeur autrichien, elle pose sa voix d’une façon tout à fait inattendue. Dernières paroles: "Et je suis deux". En rendant un vibrant hommage à l’homme de sa vie, elle laisse entendre que, même absent, Fred Chichin reste d’une manière ou d’une autre bien présent.
De Fred Chichin, elle en parle comme de son "coéquipier". Libre aux auditeurs de penser que "Vive l’amour" évoquerait leur relation. "Je n’appellerais pas Fred mon amoureux", tient-elle à préciser. Tout comme au travers des paroles de "Prends-moi", "Si un jour" ou "Rendez-vous", on pourrait aussi y voir quelque allusion à sa tendre moitié. Mais on fait fausse route. Comme le dit l’expression consacrée, toute ressemblance avec des personnages existants ou ayant existé ne serait que pure coïncidence. "On cherche dans mes mots tout ce qui concerne le côté people de l’affaire. C’est-à-dire comment est-ce qu’elle vit la mort de son coéquipier? On cherche cela dans mes textes. On le voit un peu partout." C’est peut-être cela aussi la force d’un texte : être universel tout en pouvant s’attacher au particulier?
C’est à la faveur du passage à Paris, en 2008, du guitariste Mark Plati, déjà partie prenante de l’ultime folle équipée Rita, que Mme Ringer reprend du poil de la bête. Elle le convie à venir travailler quelques morceaux avec elle. "A ce moment, on a composé ensemble six chansons. J’en ai gardé deux sur cet album, "Yalala" et "Zbar"." Toutes deux écrites en anglais. Pour des raisons spécifiques? "Il y a des chansons qui me viennent en anglais et d’autres en français. Pourquoi est-ce que j’écris dans une langue plutôt que dans une autre, je ne le sais pas moi-même, on est un peu bilingue en chanson et en musique. L’anglais est une langue internationale et c’est bien qu’on en ait une, et puis elle représente pas mal de musiques qu’on aime qui sont anglo-saxonnes." Ce n’est donc pas par hasard si Catherine Ringer a choisi d’aller à Los Angeles peaufiner les douze morceaux retenus. Elle aurait voulu Missy Elliott, c’est finalement RZA, du groupe de rap américain Wu-Tang Clan, qui va prendre en charge les arrangements finaux. "J’aimais son travail parce qu’il n’y a pas trop d’éléments dans le son. J’aime que les voix, les synthés, la batterie soient extrêmement présents, comme s’ils étaient dans le haut-parleur." Mais RZA, qui n’a pas l’habitude de travailler avec une chanteuse française, en fait trop. Catherine Ringer évoque "des arrangements qui ne partaient pas dans la bonne direction", même si, "sur le moment, c’était merveilleux à voir. J’ai laissé faire aussi. Ils jouaient plein de trucs."
De retour à Paris, Catherine Ringer réécoute ses morceaux et ne reconnaît plus ses chansons. "En cuisine, on ne peut pas enlever les épices, mais en son, oui, puisqu’on a des pistes différentes. C’était mon produit, en tant que productrice, j’ai tout retravaillé." Un sacré tempérament, la Ringer! Dont elle vous fait aussitôt la démonstration quand vous essayez de relever, sur cet album, quelques jolis riffs de guitares interprétés par un certain Raoul Chichin. "Je ne suis pas guitariste. C’est assez basique moi ce que je fais à la guitare. Des fois, je trouve des trucs et je me dis: "Ah ben ça, je demanderais bien à un bon guitariste de le jouer. Ah, mais y’en a justement un à côté de moi. Je lui demande donc s’il veut venir en tournée avec moi, parce qu’il a sa vie de musicien de son côté" (Raoul and the crazy dog, NdlR). Et c’est qui le guitariste dont elle parle, là? Son fils, tout simplement dont elle ne veut pas faire la publicité. Imparable. Quand on vous disait qu’il ne fallait pas mélanger vie privée et vie publique...
Marie-Anne Georges
"Ring n’ roll", un CD Because/Warner. Au Botanique, le samedi 4 juin à 20h. 02.218.37.32. www.botanique.be
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