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27.05.2011

Waters, l’opéra-rock?

440.jpgRoger Waters convainc plus par ses textes que par sa musique.

Depuis une récente et très rémunératrice daube associant la caution d’un célèbre compositeur d’opéra avec de la variété franchouillarde (improprement) qualifiée pour l’occasion de rock, le terme opéra-rock prête quelque peu à confusion. On s’est pourtant longtemps entendu pour comprendre sous cette appellation une œuvre rock - généralement un album, souvent double, dans sa forme originale - présentant une unité de thème: au lieu d’être une collection de chansons disparates, l’opéra-rock se caractérise par une suite de morceaux évoquant une seule et même histoire. Mieux encore, l’opéra-rock peut, comme un véritable opéra, enchaîner tous ses morceaux d’un seul tenant, voire même présenter une diversité de personnages (même s’ils sont tous chantés par un seul et même chanteur).


Même s’il avait été précédé de diverses tentatives émanant d’artistes moins connus, "Tommy" des Who (1969) est considéré comme le premier grand exemple du genre, suivi notamment de "Arthur" des Kinks (1969), du "Ziggy Stardust" de Bowie (1972), de "Quadrophenia" des Who encore (1973) ou de "The Lamb lies down on Broadway" de Genesis (1974). Avec son histoire unique, avec son retour de thèmes récurrents, avec le côté égocentrique de la démarche de Waters (comparable à celles de Pete Townsend pour "Tommy" ou de Peter Gabriel pour "The Lamb") mais aussi avec l’apport de certains éléments extérieurs (notamment les visuels de Gerald Scarfe), "The Wall" n’usurpe pas son titre, mais que vaut Waters comme compositeur d’opéra?

"The Wall" n’est, loin s’en faut, pas le meilleur album de Pink Floyd. La plupart des morceaux pèchent par faiblesse des mélodies et peinent à s’élever au niveau d’inspiration des disques précédents. Hormis les bruitages, plus gênants qu’autre chose, il n’y a plus grand-chose d’expérimental et de novateur dans ce Pink Floyd-là. Et si "Another brick in the wall" a valu au groupe son premier numéro un de single, c’est au prix d’une mélodie d’une banalité à pleurer, du rythme disco imposé par le producteur Bob Ezrin et de la démagogie des chœurs d’enfants: "The Wall" est plus proche du Genesis d’"Abacab" que de celui de "The Lamb".

Le succès populaire sera néanmoins, on le sait, au rendez-vous, et Waters persistera même dans la voie de l’opéra tout court avec "Ça ira", composé en 1988 sur le thème de la Révolution française: l’initiative (et le livret) venait d’Etienne Roda-Gil (parolier, entre autre, de Julien Clerc!), avec comme idée de faire représenter l’ouvrage dans le cadre du bicentenaire de 1789. François Mitterrand, dont on sait qu’il ne goûtait que peu l’art lyrique même s’il fit construire l’Opéra Bastille, aurait, dit-on, beaucoup apprécié l’ouvrage, mais sans réussir à convaincre son ami Pierre Bergé de le mettre à l’affiche de l’Opéra de Paris. Il faudra attendre 2005 pour voir l’opéra (pas rock) de Waters finalement publié en disque, la création en concert ayant lieu à Rome la même année. Côté scénique, à part Poznan, Kiev et Manaus, les théâtres lyriques ne se sont pas pressés pour reconnaître le talent de compositeur de Waters: outre un livret trop narratif, l’œuvre est, il est vrai, plombée par une partition plus cinématographique que véritablement lyrique.

Nicolas Blanmont

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