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06.05.2011

Odd Future a de l'avenir

OFGWKTA19.jpgTyler the Creator et deux de ses lieutenants étaient à La Chocolaterie ce mercredi. L'occasion de sonder cette meute Odd Future qui fait tant fantasmer.

Appelez-les simplement Odd Future, OFWGKTA ou, si vous êtes à cheval sur les titres, Odd Future Wolf Gang Kill Them All... Qu'importe la formule, l'important est l'impact. Celui des rimes qui claquent, des phases qui glacent le sang, des artworks qui font peur et des balles de Desert Eagle qui traversent leurs inquiétants clips vidéos. Car, non, ces joyeux drilles encasquettés ne sont pas des tendres, ou du moins se plaisent à jouer les méchants. Sexe (homophobie, mysoginie), drogues, violence, fureur lyricale et esthétique inquiétante, Tyler et ses collègues s'appliquent à ériger le rap glauque et malsain au rang d'art. Depuis quelques mois, la petite dizaine de têtes que compte ce très jeune collectif inonde le web de ses facéties et de son hip hop sous perf' d'adrénaline. Annoncé le premier jour de Rock Werchter pour ouvrir sur la Main stage, Odd Future était representé par trois de ses membres pour un gig belge en avant-première, mercredi à La Chocolaterie molenbeekoise. (Photo: Tyler the Creator. Crédits: Caroline Lessire)

 


Avant de narrer ce concert en tous points bestial, il importe de faire les présentations. L'équipée Odd Future est originaire de Los Angeles. Une bande de kids – de 16 à 20 ans – arrogants et provocateurs qui aiment le skate, le hip hop et la défonce à la lumière du jour. Le gourou à la voix grave se nomme Tyler The Creator et est, à ce jour, le emcee le plus abouti dans les rangs. Déjà auteur d'un premier opus – "Bastard" – sorti en auto-production fin 2009, le grand gaillard aux bras tentaculaires sortira ce lundi son deuxième album chez XL – "Goblin" – et annonce d'ores-et-déjà un petit troisième – "Wolf" – pour 2012. Son timbre unique, son phrasé teigneux et sa signature sur la plupart des prod' de OFWGKTA en font un leader incontesté.

Second du capitaine Tyler et meilleur espoir de la bande, Earl Sweatshirt, du haut de ses 17 ans, est sans doute celui qui présente le plus de potentiel. Son flow blasé caractéristique et ses textes, plus trash encore que ceux de ses complices de vice, se retrouvent sur l'excellent "Earl", qui aurait mérité davantage qu'une sortie gratuite et confinée au web (un disque que nous avions plébiscité dans notre top albums 2010 en décembre dernier, ndlR.). Absent de la première tournée du groupe, la rumeur veut que le jeune rappeur ait été envoyé en pension par sa moman choquée par les propos tenus par son rejeton dans ses chansons. Le garnement résiderait donc en ce moment à la Coral Reef Academy de Samoa jusqu'à nouvel ordre (maternel). On ne peut néanmoins s'empêcher d'en douter, tant ces jeunes gens maîtrisent à la perfection le buzz dont ils sont l'objet.

Reste: MellowHype, duo composé du emcee Hodgy Beats (qui signe également "The Dena Tape" en solo) et du producteur Left Brain, présents au côté de Tyler sur scène et auteurs de deux albums plutôt bons quand on y fait le tri; Frank Ocean, romantique de la clique âgé de 23 ans, son r'n'b futuriste et son délectable et précieux "nostalgia,ULTRA"; le rappeur Domo Genesis et son fumeux "Rolling Papers"; Mike G et son album "Ali"; Matt Martians et Hal Williams, talentueux orfèvres du projet The Jet Age of Tomorrow, où apparaissent des noms d'invités récurrents comme Casey Veggies, Vince Staples ou Jasper Loc; sans oublier Syd tha Kyd, une dame ingé de son état, et les autres jeunes loups de la meute qui ne poussent pas la chansonnette comme Jasper Dolphin.

En bref, une belle brochette d'artistes, aussi énervés qu'inspirés, qui n'aiment pas trop les interviews mais semblent avoir une faim de coyote. Les gars ont d'ores-et-déjà décroché un contrat avec Sony Music pour lancer leur propre structure, Odd Future Records, et bénéficieront donc du réseau Red Distribution de la major pour leurs prochaines sorties. Voire pour quelques rééditions en bonne et due forme ("Earl" pleaaaase). Il faudra désormais compter avec les woooolf dans le "rap jeu". Si toutefois, les gamins de L.A. gèrent bien l'incendie allumé.

Danse avec les loups...

C'est le VK qui organisait mercredi l'événement musical de la semaine dans la capitale. Enfin, nous allions découvrir ceux dont tout le monde parle sur la planète musique depuis plus de six mois. Lieu du crime: l'ancienne chocolaterie de Molenbeek-St-Jean, aujourd'hui aménagée en espace culturel multiple dont l'une des salles, petite à souhait, gage de promiscuité, allait servir de théâtre à notre collision frontale avec Odd Future. Beaucoup d'appelés mais peu d'élus par conséquent pour assister à ce show duquel on ne savait qu'éspérer. À l'instar de la prestation bordélique de la bande chez Jimmy Fallon – celle-là même qui avait provoqué l'étincelle – , les vidéos de leur concert à Amsterdam quelques jours plus tôt auguraient d'une pagaille totale où l'on craignait de voir dissolues les compos détonantes dont regorgent les travaux du collectif. Mais il n'en fut rien.

Toujours dans les bons coups, c'est une fois de plus l'ami Lefto qui chauffe les platines pour l'apéritif. Progressivement, le public s'agglutine face à cette scène d'à peine 10cm de haut et prend, étroitesse de l'endroit oblige, de fausses allures de foule. Du son hip hop old school qu'affectionne le dj bruxellois, on passe progressivement à des sons mutants oscillants entre r'n'b et rythmes électroniques jusqu'à "Drop"... Une track explosive issue de "Radical" (la meilleure des trois mixtapes collectives estampillées OFWGKTA) et sur laquelle le regretté Earl reprend un instru produit par Polow Da Don pour Rich Boy, que le jeune emcee ridiculise au passage – "I know everyone has their own fucking version of this / But no one did it justice". Puis les premières notes de "Sandwitches" émanent des speakers et les loups entrent en piste.

Folie instantanée. Dès les premières syllabes vociférées par Tyler au micro, toute la salle s'embrase. Ça hurle, ça pousse, les bières volent en tous sens, quelques coups de coude maladroits se perdent et tout le monde semble adorer ça. Le Creator et les deux MellowHype ne sont pas en reste au rayon enthousiasme et gratifient l'audience de quelques sauts roulés-boulés des plus impressionnants (voir galerie photos). Puis résonne "French" comme une salve de balles qui affolent un peu plus ce public déjà en délire. De mémoire de festivaliers/mélomanes, nous n'avions pas assisté à un carnage aussi réjouissant depuis belle lurette. Tyler ne s'y trompe d'ailleurs pas et se confie à la demi-heure de jeu: "Pour être honnête, quand on m'a dit qu'on jouerait en Belgique, je m'attendais à ce que ce soit nul. Mais, même si le fait que la salle soit si petite joue également, vous êtes de vrais dingues les gars!".

On approche déjà de la fin de ce show court mais intense et l'ombre d'Earl plane tant et plus au-dessus de la scène. Présent à l'origine sur la plupart des morceaux, il rappe en duo avec Tyler sur le piano du génial "Orange Juice" (relecture du "Lemonade" de Gucci Mane, également présente sur la compilation "Radical"), que ses copains envoient comme un hommage en osant à peine chahuter ses couplets. Avant de balancer quelques "Free Earl" à gorges déployées. Plus tard, "Yonkers" et sa mélodie inquiétante (voir vidéo ci-dessous) font office de douche froide à l'effet décuplé en live. Enfin, au terme d'un ultime assaut, le trio quitte les planches et nous laisse cois. Ce n'était donc pas qu'un buzz bien orchestré. Odd Future c'est le punk-rock du b-boy. L'alternative ghetto du pogo. Sauf accident, ceux-là risquent bien de devenir le futur du hip hop. Pied au plancher. Wooooooooooolf!!!

Nicolas Capart

LE CONCERT EN IMAGES

VIDEO: "Yonkers" live@La Chocolaterie, Bruxelles, 4/04/2011

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