30.04.2011
Il faut s’y faire, Alela Diane a changé
Un nouvel album sous le bras, la chanteuse est à l’AB dimanche. Même et autre.
On l’avait laissée folkeuse des eaux et forêts, la voix rugueuse d’écorchée vive aux allures de squaw qui ne se laisse pas marcher sur les tresses. Elle revient en petite dame country, rouge à lèvres écarlate, cheveux délicatement tournés: Alela Diane a changé. La pochette de son troisième album est claire à ce sujet, "un Polaroid avec quelque chose de frappant, d’inattendu, qui représente bien la nouvelle direction que prend la musique", dit la jeune femme de 28 ans maintenant, resplendissante et voilée de mystère comme sur l’image. Elle ne se présente plus sous son seul nom, mais sous celui d’Alela Diane and the Wild Divine. Son entourage s’est élargi, c’est donc plus une musique de groupe, arrangée et réalisée avec soin, peut-être trop en regard de ce qui faisait son charme de folkeuse. Une évolution qu’elle assume: "Auparavant, ma musique représentait ce que j’étais à l’époque, une fille innocente. Au fil du temps, mon son a évolué avec ma personnalité, qui s’est développée. Le propre d’un artiste est de ne pas se cantonner à son passé. Je pourrais bien sûr faire quelque chose de folky, mais ce ne serait honnête ni avec moi-même, ni avec autrui."
Il est vrai que, depuis quelques années, la belle a quitté son bled natal de Nevada City, en Californie, 3000 âmes à tout casser, pour Portland, dans l’Oregon. De rurale, sa vie est devenue urbaine, restau, café, lèche-vitrines. Outre d’un petit mari qui fait des breakfasts de première - "il vous cuit les œufs parfaitement de toutes les manières possibles" -, Alela Diane y bénéficie de suffisamment d’espace naturel "pour regarder grandir les choses". Et puis Portland est le genre de patelin où, "si vous prenez la voiture, vous êtes en vingt minutes dans les bois. En une heure et demie, vous êtes sur la côte ou dans les montagnes, raison pour laquelle je me sens bien là, car je reste connectée à tout cela".
A sa petite famille aussi. Elle doit être l’une des seules chanteuses du circuit à se présenter en studio comme sur scène avec son père, Tom Menig, et son mari, Tom Bevitori, à la guitare. En plus, ils portent le même prénom "Alors je les appelle Big Tom et Little Tom, ou Big T. et Little T. Sur la route, c’est ainsi que tout le monde les appelle." Apparemment, père et mari s’entendent à merveille, traînent et grillent leur sèche ensemble sur la véranda. "Ils sont faciles à vivre, commente la chanteuse , mon père a le don de s’adapter, il n’a jamais cherché à établir une figure paternelle d’aucune façon, il est juste tranquille. Parfois il me frustre ou me casse un peu les pieds avec ses questions. Parfois je le charrie aussi, mais je travaille là-dessus, car il ne mérite pas d’avoir une fille dure avec lui. Travailler avec eux, c’est tout ce que je sais, parce qu’ils ont toujours tourné avec moi."
Pour son nouveau groupe, signe de changement, Alela Diane a engagé bassiste et batteur. Deux noms étaient en lice, Gold Band et Wild Divine. Lancés en compétition sur Facebook, le second a gagné et cela convient bien à la chanteuse qui voit dans ce Divine la référence à quelque chose d’inconnu, "quelque chose que je ne puis comprendre. Lui accoler Wild complète la touche de mystère, d’inexplicable, une chose qui marche au feeling, voilà les Wild Divine".
De son enfance rurale, elle garde une grande méfiance pour la technologie et ses conséquences sur la vie de tout un chacun. Chez elle, pas de télé. Pourtant, elle constate aussi que cette technologie, qui paraît devenir folle, permet aussi de sauver la vie de proches. Selon elle, "il est important de constater combien toutes ces choses auxquelles nous sommes confrontés peuvent être difficiles, sombres, déroutantes. C’est de cela dont parle le disque, de l’équilibre entre lumière et ténèbres, entre bien et mal". La même question d’équilibre, personnel cette fois, s’est posée lorsque, pendant des années, la chanteuse s’est investie presque uniquement dans son boulot: "J’ai été moulue par les tournées, avoue-t-elle, et cela a fini par se voir à mon apparence, à ce que j’étais capable de donner sur scène. Pour en avoir trop fait, j’ai appris maintenant à mettre des barrières. L’équilibre entre prendre soin de soi et des autres n’est pas facile non plus. C’est toujours un combat intérieur "
Dominique Simonet
Alela Diane&Wild Divine, CD et vinyle LP chez Rough Trade, Konkurrent. En concert à l’Ancienne Belgique à Bruxelles le 1er mai, www.abconcerts.be
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