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24.04.2011

Jamie Woon, charmeur de BPM

Photo 1 credit Phil Sharp.jpgRévélé sur le tard, le Britannique sort "MirrorWritting" cette semaine. Un premier opus qu'il présentera à l'AB le 4 mai prochain.

La reconnaissance, pour certains artistes, avance à la manière d’un diesel qui monte progressivement dans les tours. D’aucuns ne l’attendent plus, ou du moins ne s’y attendent pas. L’Anglais Jamie Woon est de ceux-là. Musicalement, ce dernier est actif depuis 2007 et la sortie de son premier EP en indé. "Le timing a un peu de retard mais c’est vrai qu’il semble plus pertinent aujourd’hui. Quand est sorti "Wayfaring Stranger" , je n’ai pas senti d’engouement particulier ni de potentiel contrat pour un LP. De toute façon, je craignais qu’on tente de me mettre dans une boîte, qu’on fasse de moi un artiste que je ne suis pas ou qu’on me colle des collaborateurs dont je ne voudrais pas. Je préférais risquer d’attendre, pour faire les choses selon mes termes. D’autant que je doutais que ma musique plaise au nombre..."


C’est dans un terreau métissé et plutôt musical que grandit le jeune Jamie depuis l’ouverture de ses yeux et oreilles en mars 1983. Son père est ce qu’on appelle un Sino-Malaisien, et donc héritier chinois de descendants installés dans l’Empire du Milieu dès le XVe siècle. Sa mère, elle, est une chanteuse folk originaire d’Ecosse qui partagea la scène avec Mae McKenna, autre artiste réputée chez les aficionados de rythmiques celtiques - "Ma mère est, à bien des niveaux, une source d’inspiration pour moi. Sur "Night Air", on peut d’ailleurs entendre sa voix parmi les chœurs."

D’un calme presque distingué - flegme serait un doux euphémisme - et d’une politesse plus que britannique, Jamie Woon poursuit l’entretien mais demeure avare en paroles, cherche encore une position assise confortable, apparaît toujours timide et humble. Une réserve qu’on devine héritée de son éducation traditionnelle et d’un parcours scolaire plutôt strict, qui l’emmènera de l’école primaire du Sacré-Cœur de New Maden au Wimbledon College, en passant par la St-Catherine’s Middle School de Raynes Park. Imaginez donc sa surprise quand, fin de l’année dernière, la sacro-sainte BBC - et son gourou Gilles Peterson - inscrivait le nom du chanteur en quatrième position de son "Sound of 2011 Poll", pronostic annuel de la chaîne et pari sur l’avenir d’artistes en devenir, jusque-là simple auteur de bruissements. "C’est un honneur et ce fut une surprise, clairement. Ce genre de distinction, ça porte (...) Ce disque est un projet de longue date. Depuis quelques années, je compilais les morceaux, très progressivement, mais, jusqu’à aujourd’hui, je ne disposais pas d’assez de matière pour remplir un album. J’ai profité de ce regain d’attention récent sur moi. Je me plaisais beaucoup à enchaîner les lives, même si je savais qu’il faudrait me poser pour mettre tout ça sur disque."

Mais à force, ses mains crispées sur les genoux se déserrent un rien. "Ces six derniers mois, j’ai aligné une quinzaine de dates tout seul en Angleterre, aux Pays-Bas aussi. Cela m’a donné l’occasion d’expérimenter, toute cette pratique m’a permis de plonger mon esprit dans la production. Et, ainsi, de peaufiner les morceaux qui composent ce premier opus." Sur "Mirrorwriting" s’expose la patte de monsieur Woon, certes faite d’oscillations digitales mais tout autant teintée de groove et de nu-soul surplombée par un chant délicat (voir la version al fresco de "Lady Luck" ci-dessous). Des caractéristiques qui le rapproche davantage de Justin Timberlake que d’artistes dubstep dont on voudrait charger le Britannique de la succession, comme le sont d’ailleurs ses compatriotes et collègues James Blake ou - dans une forme plus instrumentale - Mount Kimbie. "Mon éclectisme n’est pas une formule. Ma musique se nourrit vraiment de toutes ces influences et je ne me pose aucune barrière. C’est à ce remix de Burial (celui de "Wayfaring Stranger" fin 2009, NdlR) que je dois, pour partie, mon retour au devant de la scène. C’est aussi de ce fait que, par affiliation, on m’a collé une étiquette post-dubstep. Une musique que j’ai vu éclore à Londres, dont les ambiances m’ont tout de suite séduit et qui doit forcément m’avoir inspiré. Mais je pense effectivement être davantage un artiste R’n’B."

Dans la foulée de cette relecture de Burial, est sorti le single "Night Air" et son atmosphère froide et électronique a, elle aussi, joué de cette catégorisation. Mais au fil des compositions, on découvre aujourd’hui un grain de voix classieux et un artiste plus complet, qui varie les atmosphères avec élégance et maîtrise sa technique (écouter pour s’en convaincre les boucles samplées et le beatbox de l’excellent "Spirit").

Seul hic: une formule live solo encore légèrement approximative. Ce soir de mars-là, à Gand, nous étions restés sur une note positive mais pas impressionnés. "J’avais l’habitude de jouer avec des musiciens avant ce retour, mais je me retrouve seul sur les planches pour l’instant. Ce qui s’explique par le fait que je joue souvent dans des clubs. Ça changera peut-être pour la scène, il faudra des renforts." Car nous n’en sommes encore qu’au début du marathon de Jamie Woon.

Nicolas Capart

Un disque, Jamie Woon "Mirrowriting" (Polydor/Universal Music), sorti le 18 avril 2011. En concert à l’Ancienne Belgique le mercredi 4 mai.

 

Commentaires

Merci pour information très interessant... Bonne journée!!

Écrit par : generico | 27.04.2011

très interessant

Écrit par : Generico | 29.07.2011

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