24.01.2011
Drake, prince au pays du R’n’B
Nouvelle coqueluche en terres “mainstream”, Drake était à Forest ce dimanche. L’occasion de s’immerger dans une galaxie R’n’B très vivace en ce début d’année.
Ils sont partout et s’immiscent au creux de vos oreilles, que vous le vouliez ou non. Bande FM, salles d’attente, galeries commerciales, transports en commun, difficile de passer à côté des Kanye, Rihanna et autres vedettes "papier glacé" de la scène R’n’B internationale. Le premier sortait en décembre un très bon cinquième opus, venu court-circuiter les tops de fin d’année dans leur dernière ligne droite. La seconde, derrière qui plane bien sûr l’ombre de monsieur Jay-Z, continue elle d’enchaîner un succès discographique par an et remplit sans sourciller toutes les salles où elle pose ses hauts talons. Depuis l’avènement du clip, l’entame du règne cathodique de MTV et la mort annoncée du rock - certes, non vérifiée - ceux-là sont devenus les nouveaux rois du pétrole et toisent désormais l’industrie musicale avec un sourire aussi arrogant qu’amusé. Mais il est néanmoins de bon ton, au sein de l’intelligentsia des guitares, de tirer à boulets rouges sur ce "pseudo-genre musical", dont les protagonistes semblent davantage soucieux de l’efficacité du son plutôt que de l’harmonie des notes ou de la justesse des accords. (Crédit photo: Bertrand Vandeloise)
Car si elle ne fait pas dans le détail, avec ses méga-concerts, ses décors gargantuesques, ses explosions pyrotechniques, ses décolletés plongeants et ses booty rebondis, la planète R’n’B prend de la place et jongle avec les billets verts au nez et à la barbe de rockeurs penauds et "victimes de la crise du disque". Pourtant, sans presse et sans relais radiophoniques ou presque, Aubrey Drake Graham allait démontrer dimanche soir qu’à défaut de tribunes, la machine connaît peu de ratés.
C’était la première visite chez nous de la nouvelle star canadienne. Au pays de l’érable et de l’Oncle Sam, Drazy Drake et sa compatriote Nicki Minaj furent deux des grandes révélations de l’année 2010 écoulée. Musicales s’entend... Car le chouchou de ses dames avait eu l’occasion d’exposer son joli minois en tant qu’acteur à la télévision. Cent trente-huit épisodes durant, il campa le personnage de Jimmy Brooks dans "Degrassi: The Next Generation", suite des incontournables "Années collège" diffusées dans les années quatre-vingt. Mais en 2009, quand le casting de la série est renouvelé, Drake retombe sur ses pattes et relance ses envies mélomanes. Son premier EP, "So Far Gone", explose en téléchargement libre sur la toile avant d’être édité, en bonne et due forme, et de se transformer en disque d’or. Dans l’intervalle, le jeune artiste côtoie quelques grands et s’acoquine avec la clique Young Money et son gourou Lil’Wayne, autre producteur/rappeur surdoué qui transforme tout ce qu’il touche en platine. Le emcee de Toronto signe avec Universal Motown et, l’année suivante, son premier album studio nait de ces alliances. Quelques semaines à peine après la sortie de "Thank me Later", Drake pouvait déjà s’enorgueillir d’en avoir vendu plus de 400 000 exemplaires. Aujourd’hui, l’opus a dépassé la barre du million. Vous avez dit crise?
Le R’n’B est une grande famille. Certaines rivalités subsistent et l’on dénombre plus d’un égo démesuré dans les rangs. Mais ces duels ludiques tiennent davantage de l’esprit des battles hip hop que d’une véritable bataille rangée. Dans la course à la gloire et bien sûr aux dollars, l’entraide est un état d’esprit et l’art du featuring souvent de mise. Chacun y va donc de son petit couplet et les collaborations vont bon train. Ainsi pour chauffer le public d’un Forest Club remplit aux trois-quarts, toutes les forces vives et les hits du genre sont conviés. Et la foule - déchaînée à défaut d’être compacte - de se dandiner sur les rythmes de Lil’, Nicki, Jason Derulo, The-Dream et consorts. Ce public-là ne partira pas blasé au milieu d'un concert. Ce public-là a déboursé la modique somme de 44€ et compte bien en profiter. Ce public-là ne craint pas de se déhancher sur un beat syncopé. Puis c’est au tour de Drazy de débarquer dans les vapeurs et sous les cris de la gent féminine. Arborant un sourire "sensodyne", frimant derrière des verres fumés... Derrière lui, un violon, des guitares, une basse, un clavier, une batterie, des choristes, un dj. Si l'on n'entend pas toujours les cordes résonner, au moins, on ne s'est pas moqué de nous. Le bellâtre roulera ainsi des mécaniques durant une grosse heure, alternant gimmicks euphorisants ("Fancy"), instrumentations minimalistes ("Karaoke"), basses rutilantes ("Up All Night") et flow de séducteur ("Fireworks", avec de les couplets d'Alicia Keys et de vrais feux d'artifices en bonus). Terminant sa tournée à Bruxelles comme il l’avait entamée à domicile: sous les paillettes et les hourras d’un parterre satisfait. Il fait bon vivre au pays du R’n’B.
Nicolas Capart
13:36 Publié dans Concerts | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note








































































































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