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27.11.2010

Mesdames et Messieurs... les Rolling Stones

pict_273249.jpgLe film de la tournée américaine 1972 sort enfin au grand jour. Illumination: les Stones sont à leur apogée.

Aimer le rock, c’est savoir apprécier à leur juste valeur les baffes, les mandales bien ajustées. Vous aimez ça ? Alors, "Ladies and Gentlemen : The Rolling Stones" est fait pour vous. Ce film musical fut capté sur la tournée américaine des Stones, du 3 juin au 26 juillet 1972. Sorti en salles en 1974, il a disparu des écrans, même radar. Sauf que tout fan qui se respecte a, par-devers lui, une de ces copies VHS ou DVD pirate qui circulent sous le manteau. Pâles, ces copies le paraissent d’autant plus aujourd’hui, alors que le film sort en DVD et Blu-ray après avoir subi le traitement qu’il se doit, une remasterisation numérique tant pour l’image que pour le son.


Pourquoi ce film tient-il tant à cœur tous les fans du monde entier ? Incontestablement, à cette époque, les Stones sont à leur apogée. Après s’être longtemps appliqués à paraître noirs musicalement, en s’inspirant de tous les blues et rhythm’n’bluesmen imaginables, Jagger, Richards et leurs compères ont versé dans le pur esprit rock’n’roll en publiant "Honky Tonk Woman" (mai 1969). A la fois enraciné, provocateur et demandant, ce simple marque le tournant. Les trois albums qui suivent, "Let It Bleed", "Sticky Fingers" et "Exile on Main Street", doivent figurer dans toute discothèque qui se respecte.

La tournée américaine de 1972 n’est pas une simple formalité promotionnelle d’ "Exile" qui vient de paraître. Elle résume cette période faste, avec ses excès, péchés capitaux et parfums capiteux. Les Stones avaient laissé les Etats-Unis sur la débâcle d’Altamont où, le 6 décembre 1969, lors du concert, un jeune Noir de 18 ans, Meredith Hunter, est lardé à mort par le service d’ordre constitué de Hells Angels. En quatre mois, Woodstock est enterré. L’esprit pacifiste est balayé par la violence, celle-là qui émaillera toute cette tournée de 1972 où les coups plurent (mais pas à tout le monde ), bagarres, blessures, arrestations. Même Jagger et Richards finirent au trou le 18 juillet. Parano, Richards ne se séparait jamais de son Smith&Wesson.38 par crainte de représailles des Anges de l’Enfer.

Malgré tout, la plupart des concerts furent miraculeux. Qu’on en juge au programme. Deux extraits de "Sticky Fingers" font l’ouverture, "Brown Sugar" et "Bitch", avant le magnifique "Dead Flowers". Entre-temps, "Gimme Shelter" est passé par là, extrait de "Let It Bleed" tout comme "Love in Vain", la reprise de Robert Johnson (1937), "You Can’t Always Get What You Want" et "Midnight Rambler". L’album du moment, "Exile", s’offre la part du lion, avec "Happy", "Tumbling Dice", "Sweet Virginia", "All Down The Lines" et "Rip This Joint". Seul "Bye Bye Johnny", repris de Chuck Berry, est beaucoup plus ancien : il est paru en maxi 45 tours en 1964. "Juming Jack Flash" est aussi un simple, de 1968.

De "Beggar’s Banquet", le bouillant "Street Fighting Man" termine le film, mais pas le show : entre-temps, "Rocks Off" a été jugé indigne, Mick avouant chanter faux sur des accords tout aussi bancals. Soit, pouvait-on imaginer programme stonien plus alléchant ? Et quand on sait qu’il est joué par les meilleurs Stones, on comprend mieux pourquoi ces chansons, extraites de quatre concerts à Fort Worth et Houston, les 24 et 25 juin 1972, représentent le Graal stonien.

Certes, l’image date d’autant plus qu’elle a été tournée en format 16 mm, transférée ensuite en 35 mm pour les salles de projection. Les noirs ne sont jamais vraiment noirs, et la couleur rouge, dominante dans les éclairages, envahit aussi le paysage. Tout comme le petit Mick sur lequel la caméra, souvent en plan fixe, est bloquée. Ah! il faut le voir, yeux maquillés glam-rock, s’agiter dans ses combinaisons incrustées et flottantes achetées dans une mauvaise boutique de Los Angeles

Bill Wyman, Charlie Watts, où êtes-vous ? Heureusement qu’on vous entend, et que Keith Richards se présente souvent au micro, sinon, on ne le verrait guère. Par bonheur, la caméra marque un certain intérêt pour les deux meilleurs solistes du moment, le saxophoniste Bobby Keys, ex-Buddy Holly (suivez la piste qui mène à Richards), et surtout le guitariste Mick Taylor. Timide boutonneux de 23 ans, il usine avec une géniale application, alternant bottleneck en verre ("Love in Vain") et en métal ("All Down The Line"). Epoque, répertoire et distribution, tout concourt à faire de "Ladies and Gentlemen" le film stonien par excellence.

Dominique Simonet

1 DVD Eagle Rock, PiaS. Existe en version Deluxe 3 DVDs, affiche, foulard et petit bout de pellicule cinéma.

 

 

 

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